Il avait déjà été donné pour mort à plusieurs reprises, cette fois, il semble que ce soit le coup de grâce. « La fin du Parti socialiste », titre Le Parisien en première page avec la célèbre rose, emblème du PS, détachée de la main qui la tenait. « Déchirée entre des lignes antagonistes, asphyxiée par la tentation Macron que Valls souhaite rejoindre, la maison socialiste se fissure. » « Il y a un travail considérable, tout est à reconstruire, affirme Pierre Moscovici, cité par Le Parisien. Je ne sais pas si le PS est mort. En tout cas, il doit ressusciter. »
« Macron dynamite le Parti socialiste », s’exclame pour sa part Le Figaro. « La maison socialiste prend l’eau de toute part. La victoire d’Emmanuel Macron et la percée de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ont placé le parti dans une situation intenable. » Commentaire du quotidien d’opposition : « Malade depuis longtemps, le Parti socialiste lutte aujourd’hui pour sa survie. Il est même "mort", si l’on en croit Manuel Valls. Le PS, fondé par François Mitterrand en 1971, ressemble de plus en plus à un bateau ivre, sans feuille de route ni capitaine. À l’issue du scrutin des 11 et 18 juin, il ne devrait plus être que l’ombre de lui-même. »
La droite aussi dans la tourmente ?
A droite, la situation est délicate également. L’Est républicain prévient : « Il suffirait à notre nouveau jeune président de choisir un chef de gouvernement au sein des Républicains pour que la droite vole à son tour en éclats. » D’ores et déjà, « Bruno Le Maire s’est dit prêt à travailler avec Emmanuel Macron », pointe Le Monde. « Certains y verront de l’audace, d’autres de l’impatience, voire de l’opportunisme. »
« Depuis son échec cuisant à la primaire de la droite, où il n’a totalisé que 2,4 %, Bruno Le Maire est toujours le premier à faire mouvement au sein de son camp. Le soir du premier tour de la primaire, il s’était précipité pour rallier François Fillon dans l’espoir d’obtenir le Quai d’Orsay. (…) Après le premier tour de la présidentielle, il fut encore le premier poids lourd de LR à briser un tabou, en se disant disposé à "travailler avec Emmanuel Macron" s’il n’y avait pas de majorité claire au Parlement. »
Non, malgré certains ralliements, la droite garde le cap, estime Le Figaro. « La droite qui tente la synthèse par le projet. Pour ressouder les rangs, le programme des législatives concilie les propositions de Fillon, Sarkozy et Juppé », se félicite le quotidien d’opposition. Qui plus est, relèvent Les Echos, « Les Républicains ne sont pas si faciles à fracturer ; la droite juppéiste n’est pas si facile à prendre ; un Premier ministre LR n’est pas assuré. »
« Emmanuel Macron et la droite modérée sont entrés dans un sérieux bras de fer, constate le quotidien économique. Tout en refusant l’idée d’une "opposition frontale et systématique" au nouveau président, Alain Juppé a semblé écarter hier toute alliance immédiate avec Emmanuel Macron. Se rapprocher "avant" les législatives, comme l’espéraient les macronistes ? Non, se rapprocher éventuellement "après", répond le maire de Bordeaux, à l’instar d’ailleurs de Jean-Pierre Raffarin. Rien n’est possible "avant" sans un accord de gouvernement, expliquent-ils en faisant monter les enchères. »
Recomposition ?
La Charente libre n’est pas d’accord. Pour le quotidien charentais, on assiste à une « recomposition à marche forcée », autant à droite qu’à gauche. En effet, écrit-il, « multipliant les réunions, PS et LR tentent de marginaliser les ralliements individuels dans un éventail de stratégies pariant toutes sur l’impossibilité d’une majorité présidentielle sans leur soutien. Et dans un parallélisme significatif, droite et gauche de gouvernement ont entrepris des révisions drastiques des programmes de leurs candidats Fillon et Hamon pour les rendre de fait davantage compatibles avec le projet Macron. Ces grandes manœuvres de LR et du PS, conclut le quotidien charentais, confirment que l’un et l’autre ont pratiquement renoncé à leur rêve de gagner les législatives et d’imposer une cohabitation musclée au nouveau président Macron. »
En tout cas, pour Le Midi libre, « le salut du PS et de la droite républicaine passera forcément par une remise en cause. Profonde. Totale. Par leur capacité à en finir avec les vieilles pratiques. À se réinventer idéologiquement. À défaut, ils finiront tôt ou tard par se fracasser contre les récifs de la Macronésie. En attendant, un seul mot d’ordre : serrez les rangs et branle-bas de combat. »
« Normal que les barques tanguent, de Manuel Valls à Bruno Le Maire, soulignent Les Dernières nouvelles d’Alsace. Le carriérisme n’explique pas tout. Le désir de garder un mandat est réel, mais il y a sans doute aussi le pressentiment qu’un train historique est peut-être en train de s’ébranler et qu’il faut y monter pour ne pas rester comme une vache dans son petit préc arré. A un mois des législatives, rien ne dit que Macron réussira. Il a des adversaires et probablement des ennemis. Mais pour l’instant, constate encore le quotidien alsacien, il jouit de l’auréole d’un Bonaparte sur le pont d’Arcole. Cela faisait longtemps que la politique n’avait pas versé dans le romantisme. »
Hollande : « Trop rationnel… »
Enfin, Libération nous propose un numéro spécial sur « les coulisses d’un départ », celui de François Hollande. « Pendant une semaine, Libération a suivi le président sortant, du palais de l’Elysée à Tulle en passant par le Bataclan ou Montauban. En roue libre, au contact des gens ou devisant sur sa vie d’après, l’homme du Bourget a suivi, pensif et fataliste, constate le journal, la victoire d’Emmanuel Macron. »
Commentaire de Libération : « Trop rationnel… Ce président affable, drôle, chaleureux en privé, mystérieux aussi, s’en est trop remis au froid raisonnement. Son discours du Bourget avait soulevé l’espoir : une gauche humaniste et réaliste allait gouverner, faisant progresser la France et briller la gauche au soleil de l’avenir. La logique macro-économique acceptée douche l’enthousiasme. Cinq ans plus tard, constate encore Libération, la gauche sort fracturée, le PS est jivarisé, et le président, aux tréfonds de l’impopularité, n’a pas pu se représenter : difficile de crier victoire. »