Décoiffant, audacieux, ambitieux, enthousiasmant, visionnaire, révolutionnaire… Les journaux rivalisent d’adjectifs élogieux ce mercredi matin pour qualifier le projet du président français pour refonder l’Europe.
Un plan en 10 points, relève Le Figaro. Citons-en quelques-uns : « encore plus de convergences avec l’Allemagne ; un budget pour une zone euro renforcée ; plus de convergence fiscale et sociale ; un pas de plus vers l’Europe de la défense ; une taxe sur les transactions financières pour l’aide au développement ; une réforme de la PAC ; une taxation plus équitable des géants du numérique. »
Commentaire du Figaro : « le mot 'fédéralisme' ne figure pas dans son discours. Mais les citations de Jean Monnet et de Robert Schuman - les 'pères de l’Europe' - et le cap de l’impressionnant catalogue de propositions, fiscales, institutionnelles, culturelles ou militaires, le disent assez : c’est d’une Europe intégrée, disposant de tous les attributs de la souveraineté, que rêve le président français. Cette audace est en soi un tournant. Car, depuis un quart de siècle, toute fierté européenne était bannie des discours politiques. (…) Le pari est risqué, poursuit Le Figaro, car un discours ne suffira pas ni à convaincre tous les pays européens ni à retourner l'opinion française. Mais le 'paquet Macron' a le mérite de remettre la question européenne sur la table. Il sera critiqué ; et pas uniquement par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Mais, au moins, le débat redevient possible. »
Libération applaudit : « le président a tenu hier le langage du bon sens et de l’audace pour l’Europe. Sans une relance rapide, l’Union risque de succomber sous les coups du nationalisme populiste ; sans projet d’envergure, les peuples s’en détourneront chaque jour un peu plus. Il a donc cent fois raison de montrer l’horizon, même si tant de gouvernements européens pataugent dans le marais du quotidien. Une Europe de la défense, de l’immigration, de la lutte antiterroriste, et surtout une Europe plus sociale et plus volontaire, qui protège mieux : il n’y a pas d’autre planche de salut pour ce continent déboussolé ».
« Ne jouons pas sur les mots, renchérissent Les Dernières Nouvelles d’Alsace : c’est bien un discours révolutionnaire qu’a signé Emmanuel Macron. Un plaidoyer qui va droit au cœur si l’on croit en l’Europe. (…) Le moins qu'on puisse dire est que le président Macron a violemment secoué le cocotier en détaillant de véritables propositions. En faisant surtout, à la grande surprise de nos partenaires, fortement réentendre la voix de la France, muette depuis des lustres !  »
Mais qui va suivre ?
« Incontestablement, l’exercice est réussi, insiste Sud-Ouest. La France, dont l’atonie dans le débat continental confine au silence assourdissant depuis le +non+ de 2005 au projet de Constitution européenne, a retrouvé sa voix. Elle vient de mettre sur la table commune une pile de propositions. Ses partenaires vont-ils s'en emparer ? C’est toute la question. »
En effet, complète La Voix du Nord, « Berlin montre quelques réticences. L’exécutif mise cependant sur l’audace d’une chancelière, qui ne se représentera pas devant les électeurs. Après avoir déclamé des principes et mis des outils sur la table, Macron devra plonger les mains dans le cambouis pour convaincre ses partenaires. »
C’est vrai, « dans les mois qui viennent, relève Le Journal de la Haute-Marne, nos partenaires vont devoir se positionner par rapport à tel ou tel point du plan présenté hier à la Sorbonne. Le verdict viendra plus tard : de toutes ces propositions, combien seront infusées dans l’Union européenne ? »
Certes, « le cap est fixé, pointe aussi L’Alsace. Pour autant, il ne sera pas simple à atteindre. L’ambition est nécessaire pour qui veut bâtir. La réalité du terrain n’en demeure pas moins essentielle. Or, avant d’envisager d’approfondir la construction européenne avec les pays qui le souhaitent, encore faut-il consolider les bases. Ce n’est pas gagné, comme en témoignent les difficiles négociations sur la révision de la réglementation sur le travail détaché. »
Enfin, La Charente ne se fait guère d’illusions… « Sans vouloir offenser ce cher Emmanuel, la chancelière allemande pourrait mettre sous le coude l’invitation faite à signer en janvier prochain un nouveau traité de l’Elysée. L’Irlande et la Pologne sont-elles prêtes à se couper un bras pour collaborer à l’harmonie fiscale et sociale dont le président français se fait le chantre ? On n’y croit pas une seconde. »
Budget 2018 : avantage aux plus riches…
A la Une également, le projet de loi de finances 2018 présenté ce matin en conseil des ministres…
Autant Libération est élogieux sur le discours européen de Macron, autant il est critique sur ce projet de budget, dont « la mesure phare est la réforme de l’ISF qui allège de 5 milliards les impôts des plus aisés. »
« 5 milliards pour les riches, pour quoi faire ? », s’interroge Libé. « Le pari est que cet argent sera dirigé vers des placements productifs, donc vers les entreprises, et non sur des comptes épargne qui rapportent très peu, défend-on dans l’entourage du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. »
Et Libération d’afficher son désaccord : « la quasi-suppression de l’ISF - la droite l’a rêvée, Macron l’a faite - doit favoriser l’investissement, grâce à un miraculeux ruissellement des poches bien remplies vers les emplois trop rares. Aux Etats-Unis, cette politique a peut-être aidé la croissance. Mais elle a surtout fait stagner le revenu des plus défavorisés et des classes moyennes tandis que celui des plus riches s’envolait vers des hauteurs vertigineuses. Macron veut une Europe volontaire et plus sociale, fort bien. Il veut aussi une France plus volontaire et plus libérale. Contradiction. »
Quels sont les gagnants et les perdants de ce budget 2018 ?, s’interroge Le Parisien. Il y a « tous ceux qui bénéficieront de la suppression de la taxe d’habitation devant toucher 80 % des ménages, du coup de pouce sur le revenu des salariés et les trois quarts des indépendants par le biais de la suppression des cotisations maladie et chômage… » Mais « les plus grands gagnants sont en effet les plus riches, pointe Le Parisien, les 10% des ménages les plus aisés, dont la plupart vont sortir du dispositif de l’impôt sur la fortune. »