« Et maintenant… le troisième tour », s’exclame Le Parisien. « Cap sur les législatives ! La fête du Louvre est passée, les esprits sont dégrisés… Emmanuel Macron sait que, désormais, le plus dur commence. Car le nouveau président doit impérativement s’assurer d’une majorité. Le pire, pour lui qui veut 'révolutionner' le pays — mais une révolution tranquille, sans casser la vaisselle — serait de se retrouver, comme François Hollande, contrecarré par une Assemblée frondeuse. »
Alors comment se présentent ces législatives ? Eh bien, ça va peut-être faire encore mal…
« Un grand coup dans les partis », lance Libération en première page. « Eliminés dès le premier tour de la présidentielle, le PS et LR aimeraient se refaire aux législatives. » Et le journal de s’interroger : « la dynamique Macron aura-t-elle définitivement raison des organisations politiques traditionnelles ? »
En effet, pointe Libération, « alors qu’elles viennent habituellement consolider le résultat de mai, les élections de juin, organisées depuis 2002 dans la foulée de la présidentielle, apparaissent plus imprévisibles - et donc cruciales - que jamais. Les électeurs confirmeront-ils le choix qu’ils ont fait dimanche et confieront-ils tous les pouvoirs à un président qui a explosé façon puzzle le clivage droite-gauche ? Ou bien choisiront-ils de rentrer à la maison pour redonner un peu d’air aux partis traditionnels ? »
Recomposition ?
En tout cas, analyse Libération, « si Emmanuel Macron réussit son pari, il se retrouvera à la tête d’une majorité centriste, européenne et sociale-libérale, face à une droite nationaliste anti-européenne et à une gauche radicale qui l’est presque autant. Droite et gauche classiques se retrouveront au balcon de l’histoire politique, laissant le champ libre à l’affrontement entre ceux qui acceptent la mondialisation et ceux qui la récusent, en tout cas sous sa forme actuelle. (…) Dans un paysage politique en pleine décomposition, ce mouvement est peut-être inéluctable. Reste à savoir s’il est souhaitable. »
Pour L’Humanité, la gauche, la vraie, doit et va se faire entendre… « Le monarque de 39 ans, élu par défaut et à peine soutenu, sur le plan programmatique, par 20 % de son électorat, est bien plus faible qu’il n’y paraît, estime le quotidien communiste. D’où sa volonté de mener une guerre éclair. C’est la raison pour laquelle les législatives vont se transformer en mère de toutes les batailles politiques. Alors, autant le dire, prévient L’Huma : l’espérance d’une nouvelle gauche née le 23 avril ne saurait être dévorée par des contingences d’appareils ou des divisions inconséquentes. »
Non, rétorque Le Figaro, si le président Macron veut aller vite, il a bien raison. « Emmanuel Macron est bien placé pour savoir que lorsqu’un quinquennat commence mal, il s’achève médiocrement. Il a vu le phénomène de l’intérieur et a tenté, en vain, de rectifier le tir. D’où la volonté, chez le président élu, pointe le quotidien d’opposition, de prendre les choses en main aussi rapidement que possible. Volonté louable. Surtout lorsqu’elle s’applique à la réforme du Code du travail, qu’il souhaite engager dès juillet. La véritable marche à suivre, c’est donc d’agir vite. Mais avec qui ?, s’interroge Le Figaro. Voilà la question clé des semaines qui nous séparent des législatives. »
Qui ?
En effet, qui ? Qui d’abord pour occuper le poste de Premier ministre ? De nombreux noms circulent dans la presse ce matin… D’après Le Figaro, « Emmanuel Macron assure avoir choisi le nom de son futur chef de gouvernement. L’intéressé n’est pas au courant ; les très proches du président élu non plus. L’annonce ne sera faite qu’après la passation de pouvoir avec François Hollande fixée au 14 mai. »
Le Premier ministre d’Emmanuel pourrait venir de la droite… On parle de Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand, ou encore d’Edouard Philippe, ce juppéiste de 46 ans, maire du Havre. Mais on peut citer aussi des proches de Macron, comme Jean-Paul Delevoye, Richard Ferrand ou encore François Bayrou ou Jean-Yves Le Drian… Sans oublier les femmes : avec deux noms qui reviennent. L’ex-ministre de Jacques Chirac, Anne-Marie Idrac et l’eurodéputée centriste Sylvie Goulard.
On en devrait en savoir plus donc dimanche.
Pour ce qui est des législatives, « si seuls 14 candidats macronistes ont été officiellement investis, l’annonce des 577 candidats de +La République en marche+ (dont 90 aux couleurs du Modem) est imminente, croit savoir Libération. La liste complète doit être dévoilée d’ici jeudi midi. »
Et Libération de citer quelques noms : Richard Ferrand : s’il n’entre pas directement dans le premier gouvernement Macron, le député PS devrait se représenter sous ses nouvelles couleurs dans la 6e circonscription du Finistère. Christophe Castaner, le porte-parole de Macron, devrait se représenter dans les Alpes Maritimes. Il était lui aussi député PS. Benjamin Griveaux, l’autre porte-parole, devrait se présenter pour la première fois dans le XIVe à Paris. Libération cite également la transfuge LR, Aurore Bergé, ou encore l’ancien magistrat Eric Halphen…
Une majorité claire ?
Alors, comme le souligne La Croix en Une, « tout commence (pour Emmanuel Macron) : depuis l’Élysée, il lui faudra déconstruire sa caricature de jeune homme pressé. Et gagner en épaisseur politique face aux défis qui l’attendent. Des législatives incertaines, dès le mois prochain, vont constituer un puissant aiguillon. Il s’agira de proposer une ligne claire aux Français. L’esquive ne sera pas possible si le nouveau président veut obtenir la majorité parlementaire indispensable pour bien gouverner. En s’évitant une cohabitation qui briserait son élan. »
Pour l’instant, c’est l’inconnu… « Selon les sondages, remarque Ouest France, six Français sur dix ne souhaitent pas donner de majorité à Emmanuel Macron. C’est énorme. Mais seraient-ils plus nombreux à vouloir en donner une Marine Le Pen, à Laurent Wauquiez ou à Jean-Luc Mélenchon ? Il appartiendra aux vingt millions d’électeurs d’Emmanuel Macron, conclut Ouest France, de dire s’ils préfèrent une cohabitation stérile à une cogestion fertile, une majorité cohérente à un Parlement ingouvernable. »
Et puis quand bien même, lance Sud-Ouest : « au bout du compte, Emmanuel Macron n’aura peut-être pas de majorité absolue à l’Assemblée, mais - on l’a oublié- De Gaulle n’en eut pas non plus en octobre 1958. Créée de toutes pièces, l’UNR gaulliste dut composer avec d’autres partis, comme devra peut-être le faire En Marche. Macron n’est pas De Gaulle, mais des 'godillots' d’hier aux 'marcheurs' d’aujourd'hui, il n’y a qu’un pas, s’exclame Sud-Ouest. L’Histoire, parfois, se répète et c’est heureux, si cela doit permettre d’ouvrir une nouvelle page et remettre la France sur les rails. »