« Au vu de la faible mobilisation de samedi, force est de constater que le mouvement des gilets jaunes marque le pas, pointe Libération, à défaut d’être complètement terminé. Lassitude ? Résignation ? Les annonces du président de la République en faveur des plus modestes ont momentanément apaisé la colère et permis de restaurer les conditions d’un dialogue qui n’a désormais d’autre alternative que d’être constructif. »
« En une impressionnante catharsis collective, dans la violence et le désordre, la France a mis au jour les maux qui la hante, relève Le Figaro : taxes écrasantes, normes absurdes, rivalités sociologiques, concurrence géographique, tourments identitaires, déclassement économique, insécurité culturelle, rage populaire, morgue élitaire… La grande erreur serait de reprendre, comme hier, les affaires courantes. [...] Si l’on veut que ce soit le moment d’une véritable conversation civique, il faut mettre toutes les inquiétudes de la classe moyenne au cœur d’un débat digne et sans tabou. Sinon les colères l’emporteront, qu’elles soient jaune, rouge ou bleu marine. »
Finalement, estime La Montagne, « cette crise a révélé l’urgence de changer notre logiciel démocratique, celui de la verticalité, de la haute administration que Bourdieu appelait “la noblesse d’État”. [...] Au-delà des mesures conjoncturelles, deux revendications très profondes demeurent : une autre pratique de la démocratie et davantage d’égalités et de régulations du capitalisme. Deux dossiers qui placent le retour à la paix sociale sous conditions. »
« Fini la verticalité et la suffisance, renchérit Le Républicain Lorrain, voici l’heure de l’horizontalité et de la participation. Reste à transformer l’acte de contrition en actions concrètes. »
Au travail !
Alors justement, concrètement, avance Nice Matin, « après avoir franchi l’étape de l’organisation, il faudra que les Gilets jaunes choisissent les thèmes essentiels de leurs luttes. Pouvoir d’achat ? Sûrement. Justice fiscale et sociale ? Sans doute. Mais aller plus loin ? Demander un référendum d’initiative citoyenne, dont il faudrait définir les modalités, réclamer des élections à la représentation proportionnelle, envisager même une autre République, la sixième du nom ? Cela risquerait bien, prévient le quotidien azuréen, de se transformer en un gigantesque débat fourre-tout, dans lequel tout le monde oublierait bien vite les causes immédiates du réel malaise social exprimé par les gilets jaunes. »
En tout cas, au travail !, s’exclame La Presse de la Manche : « les crises, en tant que telles, ne servent à rien si l’on ne passe pas des barricades, ou des ronds-points, à des discussions sérieuses et à des propositions qui peuvent paraître audacieuses dans un premier temps, et que l’on trouve évidentes ensuite. [...] Ouvrons les dossiers. Étudions les conséquences de chaque suggestion pour y apporter les garanties suffisantes et nécessaires à l’amélioration des conditions de vie et à la progression des revenus. Veillons à ce qu’aucun travailleur ne gagne moins qu’une personne qui ne travaille pas. Il n’est pas convenable d’offrir des emplois qui soient, au final, moins rémunérateurs que l’assistanat des parkings sociaux. Le respect des citoyens passe aussi par le respect du monde du travail. »
Le spectre du populisme
Enfin, sur le plan politique, relève L’Eclair des Pyrénées, « le mouvement des gilets jaunes aura laissé beaucoup de monde sur le carreau. Laurent Wauquiez, qui n’a brillé que par son absence et sa démagogie. Jean-Luc Mélenchon, qui, croyant avoir affaire à l’insurrection dont il rêve, s’est trompé et de moment et d’analyse. Les gilets jaunes n’ont aucune envie de se soumettre à des Insoumis dont tout les sépare. La seule gagnante, estime le quotidien béarnais, c’est Marine Le Pen, qui est d’ailleurs assez habilement passée du registre du soutien à celui de la raison. Les choses sont donc claires. Ou Emmanuel Macron réussit une sorte de révolution politique, démocratique et sociale et regagne la confiance des Français, peut-être en élargissant encore sa majorité, ou bien, comme l’Amérique de Trump ou l’Italie de Salvini, la France se jettera, pour son malheur, dans les bras du populisme. »
100 euros de plus jusqu’à 1 560 euros net de revenus.
Ce matin, dans Les Echos, le Premier ministre Edouard Philippe, détaille et précise les mesures prises par le gouvernement, notamment la hausse du SMIC, le salaire minimum : « l’engagement du président passera par une hausse massive de la prime d’activité. Cela permet d’aller vite, estime le chef du gouvernement : dès le 5 février, la prime sera versée pour compléter le salaire de janvier et atteindre ainsi la hausse de 100 euros. Elle permet de tenir compte des éléments de justice sociale, et notamment de l’ensemble des revenus du foyer.  [...] Nous allons élargir le nombre de foyers éligibles, précise encore Edouard Philippe, qui passera de 3,8 millions à 5 millions. Car cette réforme va bien au-delà des personnes qui sont juste au SMIC : tous les salariés célibataires sans enfant auront 100 euros de plus jusqu’à 1 560 euros net de revenus. »
Une écologie par les pieds…
A la Une également, la COP 24 qui se termine sur un accord a minima…
C’est ce que constate, entre autres, La Croix. « Triste fin d’année pour la planète, soupire le quotidien catholique. À Katowice, la COP24 se termine sur un accord en demi-teinte, incapable d’accroître l’effort, pourtant nécessaire, pour freiner le réchauffement climatique. [...] À chaque fois, ce sont les plus fragiles qui trinquent, qu’il s’agisse du pêcheur des îles Fidji menacé par la montée des eaux, ou bien des enfants dont les poumons s’encrassent à grande vitesse de particules fines. » En fait, avance La Croix, « c’est sans doute sur le terrain, grâce à l’action de militants, d’associations, et de simples citoyens que les choses pourront réellement bouger. Une écologie “par les pieds”, mais qui doit, à un moment, pouvoir influer sur “la tête”, et peser sur les choix des dirigeants. C’est tout l’enjeu des nouveaux outils de démocratie à mettre en place, face aux défis complexes posés par les risques environnementaux. Au niveau du pays comme de la planète. »
« La COP24 s’est refermée sur un bilan comme souvent fort nébuleux, renchérit L’Union, renvoyant l’image de spécialistes qui phosphorent sans parvenir à annoncer des mesures claires et significatives. […] Et pendant que les grandes puissances peinent à trouver un accord sur le climat, les citoyens bougent, prennent des initiatives et font avancer la prise de conscience collective. »
C’est vrai, pointe Mohamed Adow, de l’ONG Christian Aid, interrogé par Libération : « les histoires les plus porteuses d’espoir sur le dérèglement du climat, ces deux dernières semaines, viennent de l’extérieur de la COP. Des enfants se sont mis en grève d’école pour leur avenir, des mouvements citoyens se mobilisent, et même la plus grosse entreprise mondiale de transport maritime, Maersk, a annoncé qu’elle visait la neutralité carbone d’ici à 2050. La transition mondiale est en cours et ne peut être arrêtée. »