En cette veille de 1er-Mai, les organisations syndicales et certains partis de gauche vont tenter le tout pour le tout. C’est ce que constate La Charente libre : « Au défilé syndical de demain mardi, à la reprise de la grève SNCF jeudi et vendredi, succédera samedi "la fête à Macron", journée de protestation tous azimuts de La France insoumise. Les stratégies de "convergence des luttes" chères à Philippe Martinez et à Jean-Luc Mélenchon tenteront de se rejoindre sur une hypothétique plateforme. » Mais pour l’instant, relève le quotidien charentais, « elles restent désespérément parallèles. L’agitation ne déborde pas au-delà des facs et des ZAD. Vu de l’Élysée et de Matignon, il semblerait que le plan se déroule comme prévu… »
En effet, les syndicats n’ont jamais été autant fragilisés… « A la SNCF, constate Libération, la mobilisation massive annoncée contre le "nouveau pacte ferroviaire" semble s’effilocher, et le 1er-Mai syndical devrait se dérouler de façon désunie puisque seul Solidaires, union syndicale à la force de frappe limitée, défilera au côté de la CGT sur le thème de la "convergence des luttes". La gestion très centralisée des affaires du pays, avec des ministres exécutants voire inexistants, et des corps intermédiaires méprisés si ce n’est niés, semble pour l’instant approuvée par une fragile majorité de Français. Mais (attention) pour combien de temps ?, prévient Libération. On voit bien que ce peuple de gauche qui s’était montré ouvert au "en même temps" macronien, qui envisageait à la fois réformes économiques et solidarité sociale, ce peuple-là commence à douter sérieusement au vu du sort réservé aux plus précaires ou aux laissés-pour-compte, tels les migrants fragilisés par le projet de loi asile et immigration. »
En effet, insiste Le Journal de la Haute-Marne, pour le gouvernement, « même plus besoin de diviser pour mieux, non pas régner, mais faire passer les réformes. Pour autant, les foyers de contestation sont bien réels, prévient également le quotidien champenois. Syndicats unis ou pas, l’erreur serait d’ignorer les colères, même diffuses. »
2018 ne sera pas 1995 ?
Non, rétorque Le Figaro, les Français ont choisi. « La grève à la SNCF est de moins en moins populaire auprès de l’opinion publique, les universités sont évacuées une à une (à la grande satisfaction des vrais étudiants). En vérité, poursuit le journal, les syndicats subissent eux aussi la révolte des représentés envers leurs représentants. Acteurs incontournables de la démocratie sociale, ils sont pourtant contournés par la très grande majorité de nos concitoyens qui, hors la fonction publique, sont très peu syndiqués. Les barricadiers de mai 2018 ne sont pas la voix du peuple, s’exclame encore Le Figaro. Emmanuel Macron ne les ménage pas et ferme l’oreille aux revendications des rentiers de la manifestation. C’est heureux, estime le quotidien de droite, d’autant que leurs slogans couvrent les réelles inquiétudes de la France silencieuse. »
En effet, renchérit L’Opinion, « recul du soutien populaire, fissure du front syndical, érosion du taux de grévistes, résistance de l’exécutif, vote du pacte ferroviaire par les députés… Au sixième round de mobilisation des cheminots de la SNCF, il devient patent que 2018 ne sera pas 1995 : pas de grève par procuration, pas de convergence des luttes, pas de retournement des sondages en faveur du statu quo. Sans présager de la suite, le gouvernement paraît en passe de gagner la bataille de l’opinion, estime le quotidien libéral, un mois après le début des hostilités. »
Le dégel des deux Corées
A la Une également, le réchauffement entre les deux Corées. Rencontre cordiale entre les deux dirigeants en fin de semaine dernière, annonce par la Corée du Nord de la fermeture de son site d’essais nucléaires dès le mois de mai, remise des pendules nord-coréennes à la même heure que la Corée du Sud…
« Pourquoi le dictateur nord-coréen se montre-t-il soudain si avenant, si arrangeant ?, s’interroge La Croix. Certains se demandent si ce n’est pas parce qu’un séisme aurait rendu inutilisable son site d’essais nucléaires. D’autres spéculent sur un double jeu, la Corée du Nord renonçant à développer davantage son arsenal atomique mais pour mieux préserver l’existant. Autre hypothèse, avance La Croix : les menaces intraitables de l’imprévisible ­Donald Trump auraient conduit Kim Jong-un à faire montre de prudence, au moins de manière tactique. Bref, tout cela ne serait qu’une mise en scène à caractère forcément provisoire. Peut-être. Mais, dans l’immédiat, pourquoi ne pas saisir cette chance ?, s’exclame La Croix. C’est, selon toute apparence, le raisonnement du président sud-coréen Moon Jae-in. Une occasion se présente de débloquer la situation. Il faut tout faire pour déclencher une dynamique vertueuse, mettre en mouvement un engrenage de paix et non de guerre. Cela peut échouer, comme on l’a vu entre Israéliens et Palestiniens. Cela peut réussir, comme entre les deux Allemagnes. Ce serait une faute, conclut le quotidien catholique, de ne pas essayer. »
En fait, estime Le Courrier picard, « Kim Jong-un n’a plus le choix, mû par la nécessité d’un pays exsangue. S’il réussit ce que deux peuples espèrent plus que tout : un avenir commun ; la présence des près de 30 000 militaires américains au Sud n’aura plus aucun sens. Et ça, ça énerve l’Amérique du Nord. En ne choisissant plus, ni la Chine, ni les États-Unis, les dirigeants des Corées sont dans la voie d’une union qui prendra la force qu’ils lui donneront. La leçon est magistrale. »
Tuée par un voisin récidiviste…
Enfin, retour en France, avec ce drame dans le Nord : l’assassinat d’une jeune fille de 13 ans. « Angélique, 13 ans, tuée par un voisin », titre Le Parisien. « La jeune fille avait disparu mercredi en bas de chez elle. Un ancien voisin, toujours habitant du quartier, a avoué son meurtre samedi soir. Il avait été condamné il y a 22 ans pour un viol sur une adolescente du même âge. »
Et cela pose à nouveau le problème de la récidive, pointe Le Parisien. « Dans ce cas précis, tout laissait penser que le tueur (marié et père de deux enfants) avait réussi à s’amender. Quelque chose, forcément, a échappé aux policiers, magistrats et psychiatres qui ont travaillé sur son cas. Même si cela ne rendra pas Angélique à sa famille, même s’il n’existe pas de solution miracle face à la récidive, il faudra prendre le temps d’analyser en détail cette épouvantable affaire. Pour comprendre, apprendre, éviter de nouveaux drames. »