Le chef de l’État français est attendu, ce jeudi, pour une visite de deux jours à Saint-Pétersbourg, à l’invitation de Poutine.
« Que peut-on espérer de ce face-à-face russe entre deux “mâles blancs”, s’interroge Le Figaro, dont l’un affectionne le rapport de force quand l’autre préfère la séduction ? L’idée générale est de maintenir le lien, répond le journal, dans un contexte glacé que l’affaire Skripal n’a pas réchauffé. Une nécessité d’autant plus forte que Poutine s’est imposé au centre du grand jeu moyen-oriental. Deux dossiers   en partie liés   seront au cœur des discussions, pointe Le Figaro. Le conflit syrien et le nucléaire iranien. Sur le premier volet, les discussions seront ardues, quelques semaines après des frappes françaises peu goûtées à Moscou. Sur le deuxième, les deux hommes sont plutôt en phase. Ils veulent sauver l’accord. Deux défenseurs du multilatéralisme contre l’unilatéraliste Trump… »
« Poutine accueillera-t-il Macron avec des fleurs, comme il l’a fait pour Angela Merkel ?, se demande Sud-Ouest. Ou bien lui fera-t-il, à domicile, “le coup de Versailles”, en écrasant son invité de toute la grandeur de l’histoire russe au palais des tsars à Saint-Pétersbourg ? La visite qu’entreprend Emmanuel Macron en Russie n’aura pas le même impact que celle de Washington. Mais elle vient à point nommé, estime Sud-Ouest, pour faire oublier les rebuffades que le président français a essuyées de la part de Donald Trump et lui permettre de renouer avec la grande politique gaullienne d’équilibre entre l’Est et l’Ouest, sans perdre le fil de l’unité européenne. »
En tout cas, relève Ouest France, « ce sont des dossiers rudes et complexes qui seront, cet après-midi, au menu du tête-à-tête entre les deux hommes. Ukraine, Iran, Syrie. Trois terrains de jeu où la Russie est devenue plus qu’incontournable. Car ces trois dossiers ont été, depuis cinq ans, autant de leviers pour Moscou dans sa stratégie de long terme, explicitée dès 2007 par Vladimir Poutine. Avec un objectif très clair : restaurer la puissance russe (ou parfois son apparence), la rehausser au rang qu’elle considère être le sien, d’égal à égal avec les États-Unis et la Chine. »
SNCF : un vote qui pèse dans quel sens ?
A la Une en France, le vote massif des cheminots contre la réforme de la SNCF…
« Une participation de 61 %. Et, à l’arrivée, un raz-de-marée attendu, relève Libération. Parmi les cheminots qui se sont exprimés lors de cette “vot’action”, près de 95 % rejettent en bloc le projet de l’exécutif. (…) Les cheminots arrivent donc renforcés vendredi à Matignon. Mais, prévient le journal, l’union syndicale pourrait se fragiliser. » Toujours est-il, poursuit Libération, « qu’officiellement le gouvernement comme la direction de la SNCF n’accorde pas une once de crédit à ce vote considéré comme dénué de valeur juridique. Pour autant, les résultats vont bien peser, en matière de rapport de forces, sur les discussions déjà difficiles entre le ministère des Transports et les organisations syndicales. »
L’Humanité exulte : « forts de plus de 21 jours de grève, les syndicalistes en ont appelé au peuple des cheminots. Le résultat est sans appel. Le mouvement de grève a l’assentiment des salariés (…). L’unité d’action des syndicats s’en trouve cimentée. Le gouvernement ne peut ignorer qu’il n’en a pas fini. »
Le Midi Libre n’est pas d’accord : « le vote interne à la SNCF, qui débouche sur un score à la Kim Jong-un, ringardise encore plus ses géniteurs. Comment imaginer qu’un autre chiffre pouvait sortir des urnes ? Le ridicule s’empare désormais des leaders syndicaux. »
En effet, complètent Les Dernières Nouvelles d’Alsace, « la splendide victoire syndicale qu’aurait dû constituer ce vote est amère. Son résultat marque plus encore le fossé qui se creuse entre les cheminots réfractaires et le pays. Pire, un score stalinien de 95 % incite les syndicats les plus durs à une radicalité totalement à contretemps. Ce vote laisse aux seuls syndicats conciliants l’option de sortir du mouvement, en s’attelant à la locomotive du gouvernement. Les grévistes farouches n’en seraient que plus isolés. Leur ticket groupé pour la lutte, concluent Les DNA, mène peut-être à une voie de garage. »
Niamey « cernée par les crises »
A lire aussi cette double page sur le Niger : c’est dans Libération…
Un reportage sur Niamey, la capitale, « cernée par les crises. Exode de migrants, conflits ethniques exacerbés par une guerre contre le jihad et une montée de l’islam politique… Dans la ville, devenue réceptacle des problèmes actuels du Sahel, la tension est omniprésente. (…) C’est au Mali, pays gangrené depuis plusieurs années par les mouvements djihadistes, et désormais aussi au Burkina Faso voisin, que se joue l’essentiel de cette guerre asymétrique, constate encore l’envoyée spéciale de Libération. Mais c’est bien au Niger que s’implantent de plus en plus les bases arrière étrangères engagées dans cette bataille du Sahel. Pourtant le Niger n’a jamais connu de mouvement djihadiste autochtone. Son point faible, ce sont justement ses frontières. Et notamment celles avec le Mali et le Burkina Faso, dans ce petit triangle où se trouve aussi Niamey. »
Philip Roth : « Je ne conseille à personne de devenir écrivain »
Enfin, la disparition de l’écrivain américain Philip Roth : l’hommage est unanime ce matin dans les journaux…
« Philip Roth, l’enfant terrible », titre Le Figaro. « Ses héros étaient tourmentés et son champ d’investigation favori était la libido masculine. Aussi l’a-t-on accusé des plus graves torts. Pourtant, l’écrivain a su éclairer l’Amérique d’une lumière crue au travers de dizaines de romans inoubliables. »
« Que faut-il inscrire sur la pierre tombale de Philip Roth ?, s’interroge Nice Matin. Grand romancier, séducteur patenté, bien qu’un peu misogyne, mauvaise conscience de l’oncle Sam, libéral, libertin, libertaire ? Ce serait infiniment réducteur pour un écrivain culte à qui l’on a souvent brûlé des cierges quand d’autres rêvaient de le cramer par le petit bout. »
Et puis Libération consacre pas moins de 8 pages à la disparition de l’écrivain américain et résume ainsi son propos dans son éditorial : « provocateur, obsédé sexuel, sentimental ou cruel, sans pitié   dans ses descriptions   pour les dégradations infligées par la vieillesse et la maladie, ricaneur ou soudain infiniment respectueux envers telle ou telle relation filiale : on ne va pas aligner les thèmes de Philip Roth. La lecture de Roth est une conversation infinie. On l’interrompt, on la reprend où on l’avait laissée, on n’en aura jamais fini. En faisant corps avec ses phrases, Philip Roth avait atteint un naturel irrésistible. »
Libération qui cite de larges extraits d’interviews que l’écrivain avait accordées au journal, notamment celui-ci : « Cela fait trente-cinq ans que je suis assis sur une chaise, en face d’une feuille de papier et que j’écris. Sept jours par semaine. Démarrer un nouveau livre est un cauchemar. Si c’était à refaire, dans une autre vie, je serais ravi de ne pas être écrivain. Je ne conseille à personne de devenir écrivain. »