A lire la plupart des journaux français encore ce matin, si le scrutin de dimanche était un titre d’un film, ce pourrait être « une pure formalité », tant le suspense, d’ordinaire si prisé par la presse (car il fait vendre), est cette fois-ci étouffé dans l’œuf.
Macron favori ? Pour Le Figaro, le candidat d’En marche ! est même « archifavori ». Carrément. Selon ce quotidien, « les chances de Marine Le Pen pour dimanche étaient déjà minces. Elles le sont encore davantage », prédit ce quotidien conservateur.
Le journal Les Echos, lui, va même plus loin, en se demandant sans attendre « qui » Emmanuel macron, pardon, le président Macron, va bien pouvoir « nommer comme Premier ministre ? ». Et le quotidien économique français de lancer des noms : « Ferrand, Collomb ou Le Drian », mais aussi une étiquette, « un LR », ce qui permettrait de « mener jusqu'à terme le big-bang politique » ! Pour Les Echos, c’est simple, « jamais mystère n'a été aussi épais ».
A l’avant-veille du scrutin, le « mystère » se limiterait donc déjà à l’identité du futur Premier ministre ? Le journal Libération est plus prudent, en estimant « difficile de mesurer avant dimanche si les électeurs tentés par le vote frontiste et les indécis auront été convaincus par la prestation de la candidate d'extrême droite ».
Macron : le malaimé
Macron favori de la presse, donc, mais pas forcément avec enthousiasme. Le candidat d’En marche ! est favori « sans susciter d’adhésion », souligne La Croix, c’est un « favori mal aimé [qui] bénéficie certes d’un large spectre de soutiens politiques, jusqu’à Barack Obama […] Mais rien n’y fait, l’ancien ministre de l’économie laisse beaucoup de Français sceptiques ». Raison pour laquelle le quotidien catholique met en garde. « En 2016, deux scrutins historiques ont, de très peu, déjoué les pronostics, rappelle La Croix, le référendum britannique sur l’Union européenne et l’élection présidentielle américaine. Nombreux furent les électeurs de ces pays à regretter ensuite de ne pas avoir voté. Il est donc imprudent de s’abstenir dimanche en se disant que le résultat est acquis d’avance », préconise le quotidien catholique.
Macron aimé mais malaimé ? Dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde, le réalisateur François Ruffin, qui a battu le pavé dans la région d’origine d’Emmanuel Macron, prévient ce dernier d’une formule martelée à onze reprises : « Vous êtes haï », avant de conclure d’une autre formule qui en dit long : « à bon entendeur ».
Macron : le préféré
Alors oui, Macron favori, de la presse française. En tout cas, elle vote pour lui. Comme le journal Le Monde. Dans un éditorial « de Une » tout au long duquel il développe la thèse selon laquelle « l’irruption » du Front national « au cœur de la démocratie française » est « le plus grand de tous les dangers », le quotidien du soir estime que Marine Le Pen a « montré son vrai visage. Elle se disait la candidate de la " France apaisée ". Elle est apparue comme l'héritière d'une pratique politique qui a toujours reposé sur le dénigrement et la menace. Face à cette imposture, le premier des risques serait l'indifférence », prévient Le Monde, qui enjoint ses lecteurs de « voter ce dimanche en faveur d’Emmanuel Macron ».
Comme La Dépêche du Midi, qui s’adresse ce matin à ses lecteurs comme à des conscrits l’adjudant : « Le choix est simple. Il a rarement été aussi simple. Il faut voter. Pour Emmanuel Macron. Contre Marine Le Pen. Sans hésitation. Sans le moindre doute ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Présidentielle 2017 : l’ultime montage
Et puis, une fois encore, les journaux français reviennent longuement sur le débat de mercredi soir. Et notamment sur l’affaire du présumé compte bancaire « aux Bahamas ». Libération publie les fac-simile de documents « censés appuyer l’accusation de compte offshore » dont un est prétendument signé par Emmanuel Macron et qui a été posté sur un forum américain mercredi à 19 heures, soit deux heures avant le début du débat Le Pen-Macron, ainsi que celui de la déclaration de patrimoine déposée par le candidat d’En marche ! à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Clairement, les deux signatures sont différentes. Et ce « document » censé démontrer l’ouverture d’une société offshore au nom d’Emmanuel Macron « ne prouve rien en tant que tel », souligne Libé.
Qui, pour l’occasion, s’est même offert les services d’une start-up française spécialisée dans la veille du Web social afin d’observer les sites et comptes (Facebook, Twitter, Instagram, YouTube) de Russia Today et Sputnick, deux médias (russes proches) du Kremlin depuis le 23 avril, date du premier tour de l’élection présidentielle. Pour Libération, pas de doute, ces deux media ont mis en place une « stratégie d’influence manifeste » en faveur de Marine Le Pen. « Parfois trompeurs, les contenus publiés par ces médias russes sont souvent biaisés et partiaux, remarque Libé. Quand il est question d’Emmanuel Macron, ils sont la plupart du temps négatifs », exemples à l’appui de ce que ce quotidien appelle « une propagande venue de Russie ».

Présidentielle 2017 : campagne dernière
La campagne s’achève ce soir. Et à l’évidence, certains ont hâte de tourner la page. « Il est temps que ça se termine, soupire Le Journal de la Haute-Marne. La campagne pour la présidentielle aura été d'une médiocrité affligeante ».
Comme le soupire Sud-Ouest, « si l'on devait se convaincre qu'il est temps d'en finir avec cette interminable séquence électorale, le débat de mercredi soir nous l'aurait rappelé, encore qu'il soit difficile d'appeler " débat " ce pugilat sans fin, pénible et nauséeux qui nous a été infligé ».
Oui, la campagne présidentielle 2017 s'achève, et la France est aujourd’hui un pays qui n’a « jamais été aussi divisé depuis la première élection au suffrage universel, en 1965 », déplore Le Républicain Lorrain.
« Ouf, c'est fini !, souffle L'Alsace. Au vu de son déroulement, difficile de ne pas se réjouir de la fin d'une campagne présidentielle qui a été éprouvante pour les candidats, mais aussi pour les Français […] Vivement dimanche ! » (Tiens ! un autre titre de film).
Le scenario en tout cas, n’est pas non plus du goût du quotidien L’Opinion, ce fut « la pire des campagnes ». Ce fut la « crazydentielle », formule même ce journal – traduction, la présidentielle folle, dingue, allumée, enfin, vous voyez… La bataille de l’élection présidentielle de 2017 ? Elle aura été, estime L’Opinion, « en dessous de tout ».