Quand l'actualité se cherche un sujet dominant, les quotidiens s'autorisent à choisir chacun le sien. Les « Une » de vos journaux ce matin explorent des horizons différents. Voyez plutôt : Le Figaro s'inquiète des périodes de canicule répétées et titre : « Sécheresse: la France atteint la côte d'alerte ». Libération nous emmène en Ukraine pour remonter le fil de la cyberattaque qui a massivement frappé les réseaux du pays en juin et se demande : « Qui veut débrancher l'Ukraine ? » La Croix nous embarque dans les coulisses de l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, du guichet au tarmac et cela donne : « 24 heures à l'aéroport de Roissy ». Les Echos, fidèles à leurs préoccupations économiques, s'interrogent sur les bienfaits futurs de la politique gouvernementale en matière d'emploi : « Création d'emploi, les mirages de la loi travail » titre le journal. Quant à L'Humanité, il s'intéresse au sort inquiétant du Venezuela et examine la dernière carte de Maduro pour sortir de la crise. Vous voyez que les centres d'intérêt sont nombreux et changeants.
Pénicaud dans le yaourt
A cette diversité des Unes on peut opposer la préoccupation dominante des éditorialistes. Et eux se passionnent avant tout pour ce qui est en train de se confirmer comme « l'Affaire Pénicaud ». La ministre du Travail, Muriel Pénicaud a été chahutée hier au Parlement après les révélations du journal L'Humanité sur la plus-value d'un million d'euros réalisée en Bourse alors qu'elle dirigeait il y quelques années les relations humaines dans le groupe Danone, bien connu des amateurs de produits laitiers.
Ce qui fait dire à l'AFP que Mme Pénicaud est dans le yaourt. Et les éditorialistes font leurs choux gras de cette nouvelle polémique. Le Courrier Picard tire la première salve : « Déjà mise en cause dans l'affaire Business France, Muriel Pénicaud se retrouve de nouveau sur la sellette. (...) Et d'autres auraient été - où ont été - exfiltrés pour moins que cela, tels François Bayrou ou Richard Ferrand. Mais le rôle clé de Muriel Pénicaud dans la remise en cause du Code du travail rend impensable une telle " exfiltration ". » Sud-Ouest gratte ou cela fait mal : « Une fois de plus, les dirigeants d'une grande entreprise se sont enrichis rapidement après avoir supprimé des emplois. Ils n'ont pas directement gagné de l'argent pour avoir licencié des salariés ; ils en ont gagné parce que ces suppressions d'emplois ont rassuré les marchés sur la viabilité de l'entreprise et donc soutenu le cours des actions que les dirigeants de Danone avaient achetées à bas prix après la crise de 2008. Ce n'est pas moral, mais ce n'est pas illégal. »
LREM face à FI
« Dans un gouvernement qui prône l'engagement désintéressé de ses membres au service du pays, la révélation fait mauvais effet, nous dit La Nouvelle République du Centre ouest, d'autant qu'à titre personnel, Mme Pénicaud que leste déjà le boulet de la French tech de Las Vegas en janvier dernier, n'avait " nul besoin " comme dirait le président Macron de cette plus-value d'ennuis judiciaires. » Le gouvernement non plus d'ailleurs, freiné au Parlement par une majorité de grands débutants. Cette nouvelle assemblée nationale justement, Libération l'ausculte de très près : « Ces premières semaines à l'Assemblée en disent aussi long sur l'état de décrépitude dans les rangs Les Républicains divisés, et plus encore sur les bancs socialistes. Peu mobilisés et largement inaudibles, force est de constater qu'ils poussent beaucoup de cris d'orfraie mais qu'ils proposent peu. Trop peu. Laissant de fait La République en marche face à la seule France insoumise, l'une comme l'autre ravies de ce pas de deux. »
Le Maine Libre fait preuve de davantage d'indulgence pour la jeune assemblée : « Afin d'en finir notamment avec les vieilles pratiques, les électeurs ont ainsi envoyé plusieurs anciens en retraite anticipée. Et ils seront certainement plus indulgents envers des députés qui apprennent, quitte à être maladroits, plutôt qu'envers ceux qui ont construit toute une carrière en usant si souvent du clientélisme. »
Humilité politique
Si les chicaneries politiques franco-françaises nous ennuient, nous pouvons nous féliciter de ne pas connaitre le sort des Vénézuéliens pris à la gorge dans une crise dont on ne voit pas l'issue. Mais pour Le Figaro l'occasion est belle de s'en prendre au meilleur défenseur en France du régime de Nicolas Maduro : « Celui qui souhaiterait entendre l'amorce d'une critique de la bouche de Jean-Luc Mélenchon devra se lever de bonne heure et ne pas ménager sa peine. Ce parangon de démocratie qui puise dans le Venezuela de Nicolas Maduro une source d'inspiration n'a pas eu un mot pour les 108 Vénézuéliens morts depuis le début des troubles, en avril dernier. Décidément, le socialisme tropical monte à la tête et, en conséquence, devrait être consommé avec modération. » Voilà pour le conseil du jour en faveur de l'humilité en politique.
Ce qui nous amène à notre président dont Le Midi Libre dresse un portrait très people : « Emmanuel Macron peaufine son image en plein été. Le Président jupitérien tente de redorer sa cote de popularité en recevant des vedettes à l'Élysée. À quelques jours d'intervalle, Bono, le chanteur de U2, et Rihanna ont gravi les marches du palais pour sensibiliser le chef de l'État à l'éducation dans les pays sous-développés. En devenant l'ami du show-biz, Emmanuel Macron soigne dans le même temps sa notoriété à travers le monde. Le voilà devenu l'anti-Trump, le Kennedy français. Un côté glamour que vont adorer les vacanciers sur les plages. »
Chassé-croisé
Les vacanciers, parlons-en. Ils partent ou ils reviennent, ce qui provoque le fameux chassé-croisé sur la route des vacances, dont Le Parisien fait sa Une. Et si comme dit son éditorialiste « le besoin de vacances se mesure à la longueur des embouteillages », il suffit de voir les longues files de voitures à la sortie des villes pour comprendre que les Français ont vraiment besoin de vacances. Alors bonne route, à ceux qui partent... et à ceux qui reviennent.