Ce week-end, l’opposition a vertement critiqué le gouvernement en dénonçant les trop faibles moyens mis en œuvre selon elle par l’exécutif pour prévenir Irma et prendre en charge les victimes. Polémique qui se poursuit dans les journaux ce lundi 11 septembre.
Le Figaro s’interroge : « Avec le passage d'Irma, le pire des scénarios était prévisible. A-t-il été mesuré dans sa juste proportion ? En entendant dimanche le ministre de l’Intérieur égrener tous les moyens en hommes et en matériels envoyés là-bas ces prochaines heures, on se demandait pourquoi tout ce dispositif n’avait pas été mis en place avant la catastrophe. Dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, pointe Le Figaro, les Pays-Bas avaient pré-positionné des forces militaires : les pillages furent limités. En Floride, nombre d’habitants furent évacués en amont et toutes les précautions furent prises. Paris n’aurait-il pas pu en faire autant en début de semaine dernière ?, s’interroge encore le journal (…) Des explications sont nécessaires, conclut Le Figaro. Elles doivent être données pour éviter d’inutiles polémiques. Il faut tirer les leçons de ce dramatique épisode. »
L’Union s’interroge également : « N’aurait-il pas été judicieux de positionner sur l’île quelques renforts militaires pour assurer la sécurité ? Ainsi que des réserves de vivres en quantités suffisantes ? Mais peut-être n’avons-nous plus les moyens d’assurer la protection de nos bases caraïbes, s’exclame le quotidien champenois. Dans ce cas, la France serait bien inspirée de la mettre en veilleuse plutôt que de faire croire au monde entier qu’elle est une grande puissance militaire capable d’intervenir un peu partout pour sauver les peuples. »
Le Républicain lorrain ne mâche pas non plus ses mots : « Force est de constater qu’il a fallu "un certain temps" pour que la machine publique se mette en marche et achemine enfin des secours et des renforts dignes de l’ampleur de la catastrophe. Retard à l’allumage et prise de conscience laborieuse viennent ternir l’image du pouvoir à l’heure où celui-ci doit affronter un mécontentement grandissant. Les lésés et les déçus attendaient mieux d’une équipe fière d’avoir balayé "l’ancien monde". »
Cour de récréation ?
Mais non, cette polémique n’a pas lieu d’être, rétorquent d’autres journaux… A l’instar du Journal de la Haute-Marne : « Autant, on peut légitimement s’interroger sur la part de l’humain dans un réchauffement climatique qui amplifie, sans doute, la violence des phénomènes naturels, autant il serait très malvenu de soupçonner un gouvernement, quel qu’il soit, d’avoir pour le moins manqué de sens des responsabilités à l’approche d’Irma. Ce sens des responsabilités imposait que tout soit fait pour informer et prévenir les populations. Ce fut le cas. Mais aussi - puisque ce qui est reproché est de n’avoir pas déployé sur place assez de moyens - de ne pas mettre en danger de manière inconsidérée les secours dépêchés, forces de l'ordre ou sauveteurs. »
« C’est un grand classique de la vie politique française, s’exclame La République des Pyrénées, quand on ne sait pas trop quoi dire, on s’en prend à l’Etat, ou du moins à ceux qui en tiennent les rênes. Si commission parlementaire il devait y avoir, ne serait-ce pas plutôt l’occasion de s’interroger sur le statut fiscal de ces îles, peut-être en rapport avec une moindre couverture des services publics et leur richesse économique basée sur le tourisme, alors qu’il est désormais acquis que les dérèglements climatiques ne touchent plus seulement que les îles "pauvres" ? »
Enfin, pour L’Alsace, « la communauté nationale n’a, pour l’heure, rien à gagner à se perdre dans des accusations dignes d’une cour de récréation. Qui peut prétendre pouvoir anticiper les événements exceptionnels, à l’heure où les budgets sont de plus en plus restreints ? Emmanuel Macron sera sur place dans les prochaines heures, pointe le quotidien alsacien. Sa visite, symbolique, vise d’abord à exprimer le soutien de la métropole aux départements et collectivités d’Outre-mer engagés dans une course contre la montre. Depuis samedi, elle a aussi pour but d’éteindre la polémique. »
Les « fainéants » dans la rue ?
A la Une également, veillée d’armes pour les opposants à la réforme du Code du travail… « Deux semaines de tension sociale s’ouvrent ce lundi en France, relève Libération, avec les manifestations de demain mardi et du 21 septembre à l’appel de la CGT et de Solidaires, et celle du 23 septembre organisée par La France insoumise. »
Libération qui s’insurge contre le « jeu dangereux », mené selon lui, par Emmanuel Macron. En effet, affirme Libération, « Emmanuel Macron a été élu parce qu’il incarnait l’espoir d’une autre façon de faire de la politique, moins excluante. Et voilà qu’il se comporte comme un maître d’école sous la IIIe République, distribuant coups de règle et coups de trique à chaque cours magistral. »
« En fustigeant vendredi à Athènes les "fainéants", poursuit Libé, le chef de l’Etat savait parfaitement ce qu’il faisait. (…) S’il cherchait à faire descendre un maximum de Français dans la rue, Emmanuel Macron ne s’y serait pas pris autrement, s’exclame le journal. Peut-être considère-t-il les forces syndicales comme trop amorphes par rapport aux insoumis ? A moins qu’il ne se régale de voir Jean-Luc Mélenchon devenir le premier opposant du pays ? »
L’Humanité, pour sa part, parle d’ « insulte » : « Nous savons désormais qu’Emmanuel Macron, usant et abusant d’un tel degré d’implication verbale pour exprimer sa haine du bas-peuple et des Français qui ne pensent pas comme lui, dirige les affaires de l’Etat avec toutes les formes inspirées par le mépris. A commencer par le principal, le pire, celui qui détermine le sens de son action : le mépris de classe. »
La Charente libre s’insurge également : « Cet épisode inutile des "fainéants" pourrait passer par pertes et profits de la jeune présidence Macron s’il ne s’inscrivait déjà dans une série de formules choc sur la "France irréformable", reflétant un autoritarisme teinté d’un mépris et d’une brutalité à l’exact opposé de l’étendard de la "bienveillance" brandi tout le long de la campagne électorale. »
Autre analyse enfin pour Les Echos… Pour le quotidien économique, « faute de trouver des points d’accroche contre la réforme du Code du travail, ses opposants tentent de mobiliser contre la méthode Macron. » En mettant en exergue, donc, les propos du chef de l’Etat. « Mélenchon et Martinez ont immédiatement vu la signature d’un président "arrogant" et loin de son peuple. A défaut d’argument de fond, voilà l’argument de forme qu’ils attendaient : que les "fainéants" descendent dans la rue, ont-ils lancé ! »
Et Les Echos de s’interroger : « Coup de génie ou au contraire aveu de faiblesse ? A suivre. »