De jour en jour, la tension s’accroit entre le maître du Kremlin et le reste du monde.
 
« Alors qu’il reste maître du jeu sur le terrain militaire, jamais le Kremlin n’a été aussi isolé diplomatiquement sur la Syrie, note Le Monde. Mais loin de l’inciter à infléchir ses positions, cet isolement ne le rend que plus agressif à l’égard des Occidentaux. Parmi les quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU, seul le Venezuela a soutenu la Russie, samedi dernier, dans son veto au projet de résolution français qui exigeait l’arrêt immédiat des bombardements sur Alep. A cinq reprises déjà, la Russie avait bloqué des textes sur la Syrie au Conseil de sécurité, mais cette fois, même la Chine, son habituel soutien, a préféré s’abstenir pour ne pas sembler couvrir ce que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, et son homologue américain, John Kerry, ont clairement défini comme des “crimes de guerre”. »
 
« Comment arrêter Vladimir Poutine ? », s’interroge Libération en première page. « Plus le massacre continue en Syrie, plus Moscou semble camper dans un splendide isolement, note également Libé. Jamais la surenchère verbale entre la Russie et les pays occidentaux n’avait autant rappelé les heures les plus polaires de la guerre froide. “Le monde s’approche dangereusement de la zone rouge”, a ainsi prévenu Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant soviétique. »
 
Renoncements…
 
Comment en est-on arrivé là ? « Le péché originel a sans doute été commis par Barack Obama, pointe Libération. Après avoir tracé une ligne rouge – le non-emploi d’armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad –, le président américain a brusquement reculé quand la France proposait de riposter par une intervention aérienne. Ainsi, la parole des Etats-Unis et, partant, celle des grandes démocraties, était d’un seul coup dévaluée. Vladimir Poutine en a profité pour se poser en médiateur dans le conflit. Depuis, il avance ses pions sans opposition notable, tout à la volonté de voir la Russie reconquérir la place éminente naguère occupée par l’URSS sur l’échiquier mondial. Les bombardements extrêmes infligés aux quartiers rebelles de la ville d’Alep – où l’organisation Etat islamique est absente – sont en grande partie le résultat de ce renoncement. Comme personne ne pense, à juste titre, enclencher la mécanique d’un conflit armé avec la Russie, il reste un choix cruel, estime encore Libération : ne rien dire ou bien parler en vain. A moins que… Entre la guerre et la reddition, il existe des moyens intermédiaires, symboliques, mais aussi douloureux pour l’orgueil russe, avance le journal. Des gestes diplomatiques, une mise à l’écart ostensible, ou encore la menace d’organiser le Mondial de football 2018 ailleurs que dans un pays dirigé par un criminel de guerre. Il est temps d’y réfléchir sérieusement. »
 
Face à Poutine : le pragmatisme
 
En attendant, Poutine doit venir en France en milieu de semaine prochaine pour inaugurer le Centre culturel et spirituel orthodoxe à Paris, un vaste ensemble comprenant une église surmontée de spectaculaires dômes dorés, une école bilingue franco-russe et une salle de concert.
 
Et François Hollande s’interroge : que faire ? Doit-il participer à cette inauguration comme cela était prévu ? Doit-il recevoir Poutine à l’Elysée ? Des interrogations devant les caméras qui font bondir Le Figaro… « Attitude bien légère – déplacée, même – pour un chef de l’Etat, que d’étaler ainsi ses doutes et ses états d’âme diplomatiques sur la place publique, s’exclame le quotidien d’opposition. On connaissait le penchant de François Hollande pour le commentaire de l’actualité – bien plus que pour l’action présidentielle –, on le découvre désormais commentateur de sa propre indécision ! Le maître du Kremlin doit être très impressionné et se dire qu’avec pareil interlocuteur il aurait bien tort de ne pas faire comme bon lui semble… Alors que la résolution de Paris pour une “cessation immédiate” des frappes à Alep vient d’être rejetée à l’ONU, cette salade russe ridiculise l’image de la France sur la scène internationale, tonne le quotidien d’opposition. Elle ne peut qu’affaiblir notre voix dans un conflit très compliqué, où nous peinons à nous faire entendre. Ce n’est pas en traitant la Russie en ennemie, estime encore Le Figaro, que la France trouvera les solutions pour anéantir l’Etat islamique et organiser la relève à Damas. Aux considérations morales, la France doit préférer le pragmatisme. »
 
En effet, renchérit L’Alsace, il faut recevoir Vladimir Poutine à l’Elysée : « face à l’homme fort de Moscou, François Hollande doit saisir l’opportunité pour lui rappeler que la France a été la seule nation prête à s’engager avec les Etats-Unis pour intervenir militairement contre le régime syrien après que celui-ci a utilisé des armes chimiques contre son peuple. Aussi faut-il pousser la menace d’une saisie du Tribunal pénal international de La Haye pour crimes de guerre en Syrie. C’est, actuellement, le seul moyen susceptible de ramener la Russie à de meilleurs sentiments sur l’acceptation d’un cessez-le-feu et de la faire revenir à la table des négociations. »
 
Trump : le malaise
 
A la Une également, le débat houleux aux Etats-Unis entre Hillary Clinton et Donald Trump… Le Monde n’a pas de mots assez forts pour fustiger l’attitude du candidat républicain. « Trump, un homme dangereux », lance le quotidien du soir. « L’affrontement politique aux Etats-Unis peut paraître exotique à des Européens. Parfois de grande qualité, il lui arrive aussi de sombrer dans la vie privée des acteurs publics ou, comme depuis quelques années, d’être étouffé par le sectarisme idéologique d’un des deux grands partis, les républicains. Mais Donald Trump l’a sali, s’exclame Le Monde, perverti, vulgarisé jusqu’à l’obscénité, comme jamais aucun candidat à la Maison Blanche ne l’avait fait depuis la naissance de l’Union américaine. »
 
Et le quotidien du soir de conclure : « les Etats-Unis sont l’une des plus vieilles et la plus grande des démocraties du monde. Ce qui s’y passe préfigure souvent ce qui va arriver ailleurs. Trump en campagne a dégradé la démocratie américaine. A la Maison Blanche, il ferait plus encore, il la menacerait. »
 
Au final, pointe Le Figaro, « Hillary Clinton a démontré qu’elle était assez forte pour survivre au déluge de boue déversé dimanche soir, y compris l’accusation d’être la complice enthousiaste d’un mari violeur… Si la tactique de Trump ravit sa base militante, elle ne paraît guère taillée pour élargir son électorat aux modérés et aux indécis. La candidate démocrate reste la favorite des sondages. Mais le malaise n’est pas près de disparaître. Ni avant, ni après l’élection. »
 
Enfin, « comment un grand parti a-t-il pu en arriver là ?, s’interroge La Montagne. Comment l’Amérique, qui s’est forgée dans la démocratie en est-elle arrivée à pouvoir confier son destin à un bateleur, sexiste, raciste, ignorant ? On nous dit que ce qui arrive aux Etats-Unis touche le Vieux Continent quelque temps après. Que le destin nous en préserve ! »