« Le triomphe du cinéma français », s’exclame Le Parisien en première page. Le cinéma français qui a décroché « les trois prix les plus significatifs du palmarès du Festival de Cannes, dont la 68e édition s'est achevée hier soir : la Palme d’or et les deux prix d’interprétation, féminine et masculine. »
Et Le Parisien de s’interroger : « pourquoi les meilleurs réalisateurs français s’acharnent-ils à creuser - avec talent, certes – l’austère sillon du cinéma intimiste ou social ? En façonnant leur palmarès, les frères Coen, présidents du jury et virtuoses du style hollywoodien, ont apporté la meilleure des réponses. Vues d’ici, les productions locales lassent et agacent parfois. Vue d’ailleurs, la French touch impressionne. Ne boudons pas notre fierté. »
Pour Le Figaro, ce palmarès a consacré des films plutôt glauques…« Il vaut mieux désormais donner dans le social. Le romantisme n’a plus la cote (ou alors les amants doivent être du même sexe). Au cœur d’une sélection que la presse dans son ensemble s’accordait à ne pas trouver folichonne, se récapitulent des sans-papiers, des chômeurs en fin de droits. Ce ne sont pas les Sonderkommandos du Fils de Saul ou les aides-soignants de Chronic qui risquent de remonter le moral des troupes. »
En tout cas, bravo à Vincent Lindon, s’exclame Le Figaro : « pleure pas, Vincent. Tu l’as mérité. Que Lindon était le meilleur acteur français, on le savait déjà. Maintenant, le monde entier va être au courant. C’est embêtant. Hollywood va nous le voler, poser ses grosses pattes sur ce garçon qui cite Faulkner et qui regrette ses parents. Les acteurs bien élevés ne sont pas si nombreux. »
Libération, pour sa part, n’est pas du tout convaincu par ce palmarès – il ne l’était déjà pas par la sélection… « Seul se détache à nos yeux de ce palmarès aussi désagréable et tapageur que le fut l’essentiel de la compétition officielle cette année, le prix de la mise en scène attribué au Taïwanais Hou Hsiao-hsien, pour son somptueux The Assassin et ses arabesques miroitantes dans la Chine ancienne. Le prix revient bien au plus grand metteur en scène que l’on ait croisé en sélection officielle à Cannes cette année, estime Libération, mais paraît taillé petit pour un film de cette splendeur. On peut trouver un effet presque comique à voir la palme lui échapper au profit d’un cinéaste aussi calculateur et fidèle à de vieilles obsessions d’agressivité testostéronée que Jacques Audiard. »
La guerre asymétrique de Daech
A la Une également la Syrie… avec la chute de Palmyre, désormais entre les mains du groupe Etat islamique.
« Daesh aurait-elle inventé une nouvelle forme de guerre contre laquelle il n’y aurait pas de réponse ?, s’interroge Sud Ouest. S’il est vrai que l’État islamique n’a jamais raisonné en termes d’affrontement classique, il est une autre raison qui explique ce qui apparaît comme une irrésistible avancée. Les forces de coalition qui sont censées lui être opposées sont des forces dissemblables, affirme Sud Ouest. L’Arabie saoudite, ayant pris conscience du terrible monstre qu’elle a enfanté et qui se retourne contre elle, s’est lancée dans une alliance inédite en se réconciliant avec le Qatar et la Turquie. (…) L’Amérique, de son côté, n’entend à aucun prix lancer des hommes au sol. Elle parie pour une guerre par procuration, dans une autre alliance contraire et aussi stupéfiante qui la voit se rapprocher de l’Iran et des milices chiites. Ce jeu-là, pour l’instant, conclut Sud Ouest, permet à Daesh de paraître en irrésistible conquérant. Mais surtout il nourrit un autre conflit, encore rampant mais bien plus terrifiant. Celui qui verra s’affronter sunnites et chiites pour une véritable hégémonie et le grand contrôle du Moyen-Orient. »
« En un an, l’État islamique a ainsi effacé la frontière coloniale qui séparait l’Irak de la Syrie, constate pour sa part Ouest France. Il a surtout, faute d’une intervention internationale massive, rendu le processus de partition de ces deux pays presque inéluctable. Le peuple syrien est pris en étau entre Assad, que l’on prétendait voir partir sans s’en donner les moyens, et l’État Islamique, que l’on prétend combattre en le laissant progresser. Dans un tel contexte, conclut Ouest France, pleurer Palmyre est douloureusement dérisoire. Accueillir les réfugiés syriens, en revanche, est l’un des rares gestes à avoir encore du sens. »
Toujours dans ce dossier syrien, Libération nous retrace le parcours de ce djihadiste français, Kévin Chassin, originaire de Toulouse, qui a péri vendredi dans une opération-suicide en Irak. « Issu d’une famille de la classe moyenne, Kévin Chassin a grandi dans le quartier des Minimes, à Toulouse. A l’adolescence, il s’y fait remarquer des travailleurs sociaux pour sa dérive dans la petite délinquance, consommation de shit et cambriolages. Changement de cap en 2009 : il se convertit à l’islam, se laisse pousser la barbe, et fréquente assidûment les mosquées toulousaines. (…) Et peu à peu, Kévin se tourne vers les salafistes. Il rencontre alors une jeune femme d’origine marocaine, se marie, et effectue des séjours de plusieurs mois au Maroc où naît son premier enfant. En mai 2013, il rejoint finalement la Syrie en compagnie de sa famille. (…) Quelques jours avant son passage à l’acte, précise encore Libération, Kévin Chassin avait téléphoné en pleurs à son demi-frère, Brice : 'je pars en Irak, je vais peut-être mourir sur le voyage'. Il avait également confié avoir eu 'une vie de rêve', mais regrettait 'de ne jamais avoir eu l’honneur de décapiter quelqu’un'. »
Juppé devant Sarkozy…
Enfin le sondage du Parisien hier, qui annonce qu’Alain Juppé battrait Nicolas Sarkozy au second tour de la primaire UMP de 2016, ce sondage suscite encore bien des commentaires…
Pour Les Dernières Nouvelles d’Alsace, « une tendance se confirme. La stratégie de l’ancien président de la République ne paie pas. Pour l’instant, ni la reprise en main musclée de l’UMP, ni son rhabillage cosmétique ne renversent les foules. (…) Tandis qu’un nombre croissant de militants se lasse et voudrait changer de registre. C’est ce que révèle crûment le sondage Odoxa pour Le Parisien. Alain Juppé, donné vainqueur de la primaire UMP et de la présidentielle, ratisse beaucoup plus large, notamment au centre. Plus Sarkozy fait le bulldozer, et plus Juppé profite d’une image de grand frère rassurant. Pour un peu, le maire de Bordeaux ferait figure à 70 ans d’homme du renouveau. En tout cas de consensus. »
Et Le Midi Libre de renchérir : « quand Sarkozy éructe contre Bayrou parce qu’il l’a trahi en 2012, pourfend Le Pen tout en donnant des gages à ses troupes, il séduit certes les militants d’une UMP pure et dure mais s’aliène les adeptes d’un gaullisme social et humaniste. Il multiplie les lignes de front, ce qui, dans l’art de la guerre, n’est pas de bonne stratégie. Juppé grand seigneur regarde s’agiter Sarkozy-le-bretteur mais, prévient le journal, viendra le temps où celui-ci le contraindra à croiser le fer, le temps du bruit et de la fureur. »