Le Figaro titre notamment sur les conséquences de cette décision et il s’étonne de voir « le pouvoir de Poutine sous pression ». Alors qu’il était « censé marquer un nouveau tournant dans la guerre en Ukraine » - une guerre qui ne se passe pas vraiment comme prévu côté Russe -, eh bien cet ordre de mobilisation des 300 000 réservistes a eu « un effet plutôt inattendu », observe Le Figaro. En effet, « si l’objectif était d’impressionner les soutiens de l’Ukraine pour faire cesser leur aide, c’est raté », car « la surenchère de Moscou ne change rien, pas plus que le chantage nucléaire qui l’accompagne ». En revanche, note encore Le Figaro, cette mobilisation, « la première depuis la Seconde Guerre mondiale, passe mal dans une société russe pourtant mise au pas ». Le constat semble clair : « Il s’avère que la jeunesse n’a pas très envie de mourir pour Vladimir Poutine et ses lubies de restauration impériale. Elle défie le régime en protestant dans les rues, un forfait passible de quinze ans de prison depuis février dernier ». « Envoyez Poutine dans les tranchées », un slogan entendu dans une quarantaine de villes russes, souligne Le Figaro, « et ceux qui le peuvent votent avec leurs pieds, en fuyant par milliers à l’étranger ».
Le « sauve qui peut » en Russie
Libération fait le même constat et titre également sur ce « sauve qui peut » en Russie. Avec une illustration concrète, un reportage au niveau d’un poste-frontière entre la Russie et la Géorgie. Un poste-frontière où personne ne souriait hier soir. Côté russe, « des centaines de voitures formaient une file de plusieurs kilomètres, sans que personne n’ait la certitude d’être autorisé à entrer ». Mercredi soir, témoignent Anastasia et Dimitri, un couple venu de Moscou, il y’avait environ deux heure d’attente pour les premiers à prendre la route après l’annonce du Kremlin. Hier soir, c’était déjà « au moins huit ou neuf heures d’attente pour passer » la frontière. « Ce vendredi, ce sera sans doute encore plus », anticipent les douaniers géorgiens. Mais si Anastasia et Dimitri avaient la chance d’être en vacances et ont pu passer, Libération s’intéresse également aux milliers de Russes « contraints de se présenter dans les bureaux de recrutement ». À l’image de ces ouvriers d’une mine de charbon sur la presque-île de Sakhaline dans l’Extrême-Orient russe, « cueillis au petit matin après leur shift nocturne ». À l’image également de Victor Bougreev, administrateur-système dans une banque de Moscou. Il a 32 ans et, même s’il n’est pas réserviste et qu’il n’a aucune expérience militaire, hier il a appris qu’il devait rejoindre l’armée le jour même, à 15h précisément. Et quand Libé lui demande ce qu’il compte faire, Victor « sourit, penaud, en écartant les bras », puis il répond : « je vais y aller, il n’y à rien à faire. C’est ça ou un procès criminel. »
La position difficilement tenable des non-alignés
La position du Kremlin devient en tout cas de plus en plus inconfortable et celle de ses soutiens également, même les plus discrets. Le Monde le voit bien. Son édito estime que c’est « l’heure du choix pour les non-alignés ». Oui, « face à Poutine, il faut choisir », car si cette mobilisation est « un aveu » qu’il a « pris la mesure des revers essuyés en Ukraine », elle annonce pour Le Monde « une fuite en avant grosse de tous les dangers ». Mais cette « escalade inquiétante » présente au moins une vertu, c’est qu’elle pousse les silencieux à choisir. Elle a déjà « permis de dessiller quelques regards ». La Chine a donné des signes d’inconfort et appelé au cessez-le-feu note Le Monde. Le médiateur turc a également « haussé le ton » et « condamné par avance les référendums Potemkine que la Russie veut organiser dans les territoires ukrainiens conquis ». Cependant, « si ces voix sont les bienvenues », d’autres fuient encore leur responsabilité », déplore le journal. Quant à la pression interne en Russie, aux soubresauts populaires, Le Figaro affirme que « l’appareil répressif de Poutine en a vu d’autres et s’estime capable de mater toute velléité de révolte. Il faudra sans doute attendre la colère des mères de soldats devant les cercueils de leurs fils pour mettre Poutine sur la défensive ».
La presse française qui s’inquiète également de l’extrême droite en Italie…
« L’extrême droite aux portes du pouvoir » pour Libé. « L’Italie tentée par la droite radicale », titre également Les Échos… Les journées anticipent les élections législatives italiennes de ce week-end, et comme les autres, L’Humanité observe que « Meloni marche sur Rome », la présidente du parti post-fasciste Frères d’Italie est pressentie pour remporter le scrutin ce dimanche. Elle est portée par la tentation du dégagisme, analyse La Croix. Le journal catholique consacre d’ailleurs son édito à l’idée de démocratie. « En bout de course, essoufflées, dépassées », entend-on souvent. Pourtant, les récents évènements donnent à méditer pour La Croix. Eh oui, « a quoi donc aspirent les jeunes Iraniennes qui brulent leur foulard sur les trottoirs de Téhéran, par exemple ? Ou bien, contre quoi luttent les milliers de russes depuis l’annonce de la mobilisation ? Pour la Croix, non, nos démocraties n’ont vraiment rien à envier aux régimes autoritaires, et il ne faut pas l’oublier. »