Les révélations s’enchaînent dans la presse. « Richard Ferrand a-t-il tiré profit de sa qualité de directeur général des Mutuelles de Bretagne de 1998 à 2012, un organisme à but non lucratif financé par ses adhérents, pour favoriser ses intérêts et ceux de ses proches ? », s’interroge Le Monde. L’enquête publiée hier par le quotidien du soir « démontre que le nouveau ministre de la Cohésion des territoires, soutien de la première heure d’Emmanuel Macron et élu local depuis la fin des années 1990, pratique, depuis vingt ans, un mélange des genres assumé entre politique et affaires, intérêts publics et privés ».
Jamais rien de foncièrement illégal, certes, mais des petits arrangements. Notamment, pointe Le Canard enchaîné, cette fameuse opération immobilière réalisée par sa compagne, du moins officiellement, car en fait, démontre l’hebdomadaire, cette opération « a été soigneusement tricotée par le nouveau ministre lui-même et ce dernier a pris un soin méticuleux à ne jamais apparaître. Pas très réussi… (…) Il émane de tout cela, commente Le Canard, un relent de combine de la "vieille politique" que Richard Ferrand n’a pas été le dernier à vilipender. »
« L’encombrant Monsieur Ferrand », s’exclame Le Parisien en première page. « Emmanuel Macron doit beaucoup à Richard Ferrand, rappelle le journal. Elu expérimenté et discret, homme de réseaux, le ministre de la Cohésion des territoires a été la cheville ouvrière d’En marche ! (…) Un rouage précieux, donc, dont on découvre qu’il présente un sérieux vice de fabrication. Emmanuel Macron a choisi de lui maintenir sa confiance, sans doute pour le remercier du travail accompli à ses côtés depuis des mois. Ce faisant, conclut Le Parisien, il court le risque de gripper d’entrée son projet politique. »
Arrangements douteux…
En effet, rebondit Libération, « quand on donne des leçons, il ne faut pas se mettre en position d’en recevoir. En marche !, dont Richard Ferrand est une cheville ouvrière, a bâti sa campagne sur le renouveau de la vie politique, sur la rupture avec les anciennes pratiques, sur le rejet des arrangements douteux qui émaillent trop souvent la vie politique. Et voilà que les enquêtes de presse révèlent une combine très vintage, qui contredit, selon toute probabilité, les principes par ailleurs proclamés avec tant de hauteur. »
Et Libération de constater qu’il y a « bien eu enrichissement, manifestement obtenu par le truchement de relations personnelles. Quand on prêche la moralisation de la vie publique, l’affaire fait désordre, s’exclame le journal. Difficile, pour le président de la République, de s’en tenir au mutisme ou à la dénégation en bloc. L’opinion, dès aujourd’hui, a besoin d’éclaircissements nets et précis, faute de quoi la campagne d’En marche ! sera vite entachée de contradictions, tout comme l’action de François Bayrou, qui prépare sa grande loi de moralisation de la vie publique. »
Des traces…
« La poudre de perlimpinpin s’avère bel et bien décevante et la vie politique loin d’un conte de fées, renchérit L’Humanité. (…) Les communicants du président, qui voulait marquer le début de son quinquennat par une "loi de moralisation de la vie publique", pourront toujours plaider que, dans toutes ces embardées, la responsabilité d’Emmanuel Macron n’est pas en cause. Mais cette première anicroche laissera des traces. »
« Au fond, tempère La Croix, il n’y a pas lieu d’être étonné par ces nouveaux épisodes. L’exigence d’exemplarité du personnel politique a fortement monté au sein de la société. Le soupçon, justifié ou non, est devenu systématique tandis que l’ajustement des comportements, lui, ne peut se faire du jour au lendemain. De nouvelles règles sont en chantier. Il leur faudra du temps pour produire des effets. Pour l’instant, un assainissement – assez désordonné – se poursuit. Espérons, conclut La Croix, qu’il aboutisse à des mœurs politiques renouvelées pour que l’on puisse se consacrer à autre chose. »
En tout cas, « sur la belle photo livrée par l’Elysée, il y a désormais une tâche, soupirent Les Echos. L’histoire de ces dernières années est pleine de tâches restées petites. Elle est pleine aussi de tâches qui paraissaient insignifiantes avant de gripper une machine, électorale ou quinquennale. Si les Français ont le sentiment que la vieille politique a commencé, sans attendre, à se faufiler dans l’ère Macron, cette tâche aura bien du mal à rester petite. »
En marche ! en tête…
A part ça, tout va bien, pourrait-on dire, au sein du nouvel exécutif. Tout d’abord, les sondages sont bons pour En marche ! D’après une dernière étude publiée ce matin par Le Figaro, « le président de la République obtiendrait la majorité absolue avec un groupe à l’Assemblée nationale constitué de 320 à 350 députés, soit 31 % d’intentions de vote et un bond de sept points par rapport à la précédente enquête. Le parti Les Républicains formerait le deuxième groupe le plus important avec 140 à 155 sièges remportés. Le Front national, malgré 17 % d’intentions de vote, se heurte au scrutin majoritaire et rencontrerait des difficultés à former un groupe, avec seulement 10 à 15 candidats élus. Enfin, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon (17 %) obtiendrait 20 à 30 sièges avec les communistes, soit un peu moins que le Parti socialiste (9 %), réduit à peau de chagrin avec un groupe composé de 40 à 50 députés. »
Conjoncture favorable !
Autre bonne nouvelle pour le camp Macron : la bonne conjoncture économique actuelle. « Croissance : l’embellie se confirme en France », pointent Les Echos en première page. « Trop de chance !, s’exclame le quotidien économique. Non seulement Emmanuel Macron a gagné l'élection présidentielle, non seulement son parti pourrait remporter les élections législatives, mais il bénéficie en plus d'une reprise finalement inespérée, tellement elle avait été attendue en vain. »
Le Figaro enchaîne : « Quand l’Insee nous annonce le même jour une croissance un peu meilleure que prévu, une reprise des investissements des entreprises et une embellie du moral des ménages, c’est peut-être le signe que l’état de santé de la France s’améliore enfin. Tant mieux pour Emmanuel Macron, qui débute ainsi son quinquennat sous de bons auspices. »