La photo est dans tous les journaux : un François Hollande hilare en train de serrer la main à un Fidel Castro tout aussi jovial. Certains s’en amusent, d’autres s’en agacent…
« Fallait-il ou non serrer la main du vieux Fidel ?, s’interroge Le Midi Libre. À droite on s’étrangle, bien sûr, de voir la France s’incliner devant le dictateur. Ceux qui n’ont pas oublié les salamalecs sous la tente de Kadhafi dressée, en 2007, dans les jardins de l’hôtel Marigny souriront de ces effets de tribune. Force est de reconnaître que sa doctrine diplomatique hyperpragmatique, François Hollande l’assume. »
En effet, à droite, on fulmine… Le Figaro se fait l’écho de ce qu’il appelle ce « triste tropisme » : « Lénine est mort, Staline aussi, et visiblement Fidel Castro ne se porte pas très bien. Mais qu’importe !, s’exclame le quotidien d’opposition. Au PS, au PC, au Front de gauche, chez les écologistes, on voit dans la rencontre entre François Hollande et le dictateur de La Havane un jour historique. Chacun y va de son trémolo, laissant libre cours au triste tropisme de la gauche française, seule en Europe à trouver du charme à des gens détestables. Parce qu’enfin de qui parle-t-on ?, grommelle encore Le Figaro. Cet homme 'qui a fait l’Histoire' - comme l’assure François Hollande - s’est emparé du pouvoir en 1959, a fusillé, emprisonné, transformé son île en goulag tropical, pourchassé les homosexuels et, en cinquante-six ans, n’a trouvé ni le temps ni l’envie d’organiser des élections libres. »
Pour La Voix du Nord, François Hollande a poussé le bouchon… « Le pragmatisme en géopolitique, c’est prendre toujours le risque d’en faire trop. François Hollande a franchi la ligne lundi à La Havane. Que lui a-t-il pris d’aller fumer le cigare de la paix chez le dictateur à la retraite Fidel Castro ? » Certes, reconnaît le quotidien nordiste, « le monde est plein de concurrents. Lorsqu’une porte s'entrouvre, tous s’y engouffrent (…) Pour pousser son avantage, Hollande a donc rencontré les deux frères Castro. Il était normal de discuter avec Raul, actuel président, acteur de l'ouverture de l’île et d’une légère libéralisation de son économie. En revanche, l’entrevue avec Fidel n’avait aucune portée politique. »
La Nouvelle République du Centre Ouest prend le parti d’en sourire… « Un sans-faute, cette croisière aux Caraïbes. (…) Saint-Barth n’a pas sifflé François Hollande. Saint-Martin, l’a applaudi et la Martinique l’a chaleureusement encouragé. Et il y a eu le coup de génie de Cuba et la visite à Fidel. (…) La droite a beau tiquer et Mélenchon mégoter sur l’enfumeur de la Havane, c’était bien joué. »
Au-delà de cette poignée de main avec Castro, Libération pour sa part pointe ce qualificatif, « historique », survendu par l’entourage présidentiel… « Hollande, toute une histoire avec Fidel à Cuba », titre Libération. « Trente heures 'historiques' - l’adjectif a connu un pic d’inflation, lundi, dans l’entourage de François Hollande au fil de sa visite à Cuba, rapporte le journal. Trente heures où il a coché beaucoup de cases qui font bomber le torse à l’Elysée. Premier président français dans l’île depuis son indépendance en 1898, premier chef d’Etat occidental sur place depuis la révolution castriste de 1959 et donc premier dirigeant européen à rencontrer Fidel Castro chez lui, à La Havane. 'Ça parle au monde, Cuba. Et pas simplement à ceux qui ont collé un jour des affiches de Che Guevara', a résumé le Président avant de quitter la capitale cubaine. »
Le Monde ironise également avec ce titre : « Hollande tente la synthèse entre castrisme et business à Cuba ». Le Monde qui rapporte que « la Maison Blanche a fait savoir qu’une visite à Cuba de Barack Obama en 2016 n’était pas exclue. 'C’est toujours bien que la France soit la première, en avance', a commenté François Hollande, pas peu fier de son coup. »
C’est reparti ?
Une bonne nouvelle à la Une des Echos : « l’accélération surprise de la croissance française. Cette fois, la reprise est là, rapporte le quotidien économique. La croissance a accéléré au premier trimestre, à 0,6 %. C’est ce que devrait annoncer l’INSEE ce mercredi matin. La production industrielle a nettement rebondi tandis que la consommation des ménages a été soutenue par la chute du prix des carburants. Reste à savoir si le rebond est durable, s’interrogent Les Echos. La Banque de France table sur une croissance de 0,3 % au deuxième trimestre. »
Cannes : in english !
On revient à Libération qui consacre son dossier d’ouverture au Festival de Cannes qui s’ouvre ce mercredi. « C’est party », s’exclame Libération. « Party » avec un « y », comme fête en anglais. En effet, souligne le journal, « cette 68e édition présente de plus en plus de films en langue anglaise et avec des castings hollywoodiens. Si l’on ne considère que sa section reine, soit la compétition officielle, on peut croire discerner un vif recul de la part du cinéma anglo-saxon sur le présentoir cannois 2015, avec tout au plus un Australien, deux Américains, et pas l’ombre d’un film britannique. Pour autant, souligne donc Libération, jamais sans doute dans l’histoire du Festival tant d’acteurs d’extraction hollywoodienne auront concouru pour les prix d’interprétation et, plus encore, jamais on n’aura tant parlé English, ou plutôt globish, sur l’écran du Théâtre Lumière du Palais. En effet, près de la moitié des prétendants à la palme cette année, quelle qu’en soit l’origine géographique désignée, se présenteront sur la Croisette parés de ces deux traits similaires : une anglophonie consommée, et un casting bardé de stars dont c’est la langue maternelle - bien que rarement celle du réalisateur. »
Exemples : Plus fort que Les bombes du Norvégien Joachim Trier tourné à New York avec Jesse Eisenberg et Isabelle Huppert, The Lobster du Grec Yorgos Lanthimos tourné en Irlande avec Colin Farrell, Rachel Weisz et Léa Seydoux, ou encore, Youth de l’italien Paolo Sorrentino, avec Michael Caine, Harvey Keitel, Jane Fonda.
Des films tournés donc par des réalisateurs européens mais en anglais et avec principalement des acteurs hollywoodiens… Rassurons-nous, sur les 19 films en compétition, 5 sont des films français et en français…
Dérèglement…
Enfin, enchère record pour une œuvre d’art : Les Femmes d’Alger, tableau de Picasso s’est vendu un peu plus de 142 millions de dollars lundi soir à New-York… Commentaire de La Croix : « cette vente témoigne du fait que certains, en ce monde, ne savent pas quoi faire de leur argent, préférant gonfler la bulle du marché de l’art plutôt que d’investir dans des activités créatrices de richesse et d’emploi. En ce sens, le destin des Femmes d’Alger témoigne des dérèglements du monde d’aujourd’hui. Heureusement, conclut La Croix, cela n’a pas grand-chose à voir avec l’art lui-même. Il y aura toujours des hommes et des femmes pour prendre une feuille de papier et un crayon. »