Le feuilleton grec pourrait bien connaître une fin brutale : faillite du pays dès mardi, puis sortie de la zone euro. Les journaux sont plus qu’alarmistes ce lundi 29 juin. « La Grèce au bord du précipice », s’exclame Le Figaro, « La Grèce au bord du naufrage », renchérit Le Parisien, « En route vers le chaos », s’inquiètent Les Echos, « Le coup de poker de Tsipras », pointe La Croix, « Le clash des démocraties », constate Libération, « Le dernier mot au peuple, pas aux maîtres-chanteurs », lance L’Humanité. En effet, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a annoncé l’organisation d’un référendum dimanche 5 juillet sur les mesures d’austérité préconisées par les créanciers. Et le quotidien communiste se félicite de cette parole donnée au peuple.
« Dans le berceau de la démocratie, on ne demande pas l’autorisation aux bureaucrates de Bruxelles pour consulter le peuple qui vous a porté au pouvoir, peut-on lire dans les colonnes du journal. Grâce à cette décision courageuse, ce qui se joue désormais n’est plus seulement la question du devenir économique de la Grèce, mais bien celle de l’Union européenne. À Bruxelles, le boudoir des tyrans de la finance doit redevenir la maison des peuples. (…) Oui, s’exclame encore L’Humanité, l’Union européenne est en train de trembler sur ses bases. Mais c’est dans les couloirs de Bruxelles que se joue la scène du crime. Car, comme l’a rappelé Alexis Tsipras, l’ultimatum des usuriers, qui préconise d’acculer toujours plus le peuple grec et de ménager les plus riches, contrevient aux principes et aux valeurs qui ont fondé l’Europe. »
Certes, reconnaît Libération, « rien n’est plus légitime sur le principe que l’appel au peuple grec pour décider de son avenir dans la zone euro ». Mais « Alexis Tsipras appelle les électeurs à rejeter par "un grand non" l’ultimatum des créanciers, tout en affirmant que cela n’impliquera pas une sortie de l’euro. Ce sont des propos irresponsables, ajoute Libération, d’autant que ce recours décidé au Parlement — avec le soutien de l’extrême droite, qui est son partenaire de coalition, et des néonazis d’Aube dorée — a surgi alors même qu’un accord semblait imminent à Bruxelles. »
Résultat, soupire Le Figaro, « la Grèce n’a jamais été aussi proche d’une sortie de l’euro. Après le clash de ce week-end, officiellement, Athènes et ses créanciers ne se parlent plus. Chacun a abattu ses cartes et campe sur ses positions. Alexis Tsipras a dit non aux réformes exigées par le FMI, l’UE et la Banque centrale européenne en contrepartie d’argent frais, et appelle à un référendum dans son pays dimanche prochain. Les créanciers ne veulent ni modifier leurs propositions ni accorder un nouveau délai. Le blocage est donc total. »
Que peut-il se passer dans les prochains jours ?
Déjà, demain mardi 30 juin, pointe Le Parisien, si « la Grèce fait défaut en ne remboursant pas le milliard et demi d’euros qu’elle doit au FMI, elle se retrouvera seule face à son destin, endettée jusqu’au cou et sans argent. » Ce sera le défaut de paiement, avec à terme, la faillite du pays. Par ailleurs, si les Grecs votent non dimanche prochain au référendum, « le pays sortira probablement de la zone euro et s’enfoncera dans une crise grave ; et s’ils votent oui aux mesures préconisés par Bruxelles, Tsipras pourrait démissionner, un nouveau gouvernement plus conciliant pourrait se mettre en place et reprendrait les négociations. »
Finalement, analyse Le Parisien, « cette crise grecque est une tragédie européenne où tout le monde est responsable. Les Grecs d’abord, qui n’ont pas su réformer une administration parfois corrompue et le plus souvent incapable d’appliquer la moindre réforme ou de lever les impôts. Le FMI, la BCE et l’Union européenne ensuite, qui n’ont pas vu, ou pas voulu voir, les faiblesses grecques et qui ont continué à mettre le pays sous perfusion, alors qu’il aurait d’abord fallu l’aider à mettre en place un modèle économique et administratif viable. »
Les Echos enfoncent le clou… « Dans cette tragédie, les gouvernants fuient devant leurs responsabilités. Jamais, depuis les années 1930, leur lâcheté n’a été aussi éclatante, déplore le quotidien économique. En Grèce, le gouvernement a été incapable de tenir la double promesse sur laquelle il s’est fait élire il y a à peine six mois - rejeter l’austérité et garder l’euro. Il s’est révélé incapable de négocier avec ses partenaires européens. Il demande du coup au peuple d’assumer cet échec, de prendre la responsabilité d’une décision qui risque à la fois de lui faire perdre l’euro et de provoquer une récession qui resserrera encore l'étau sur les comptes publics. Et ailleurs en Europe, regrettent encore Les Echos, aucun dirigeant politique n’a pris le taureau grec par les cornes. En Allemagne, la chancelière, Angela Merkel, ne voulait pas porter la responsabilité d’un Grexit, mais elle ne voulait pas plus braquer son opinion publique. En France, le président François Hollande aurait bien aimé aider les Grecs mais sans trop le dire et encore moins le faire. Les négociations et les décisions ont donc été techniques plus que politiques. » Conclusion, pour Les Echos, « cette Europe-là ne peut pas réussir. Elle est condamnée aux errements, à l’impuissance, aux déchirements. Ce n’est pas seulement la Grèce qui est sur une pente fatale, c’est l’Europe tout entière qui risque de se désintégrer. »
Le saut dans l’inconnu, renchérit La Charente Libre : « Alexis Tsipras a fait basculer la crise grecque dans la zone ultime, là où plus personne n’est capable d’écrire les scénarios des prochaines semaines. C’est un concours de pronostics qui s’ouvre désormais pour prédire ce que le défaut de paiement de la Grèce pourra entraîner dès demain mardi pour l’ensemble de l’économie du continent et au-delà. (…) Fin de l’euro, fin de l’Europe, repli national, toutes les peurs qui ont traversé depuis des mois les scrutins européens se retrouvent mêlées dans une même incertitude, constate le quotidien charentais, au moment précis où le terrorisme sème la mort d’un côté et de l’autre de nos frontières. »
Guerre de civilisation ?
Ce qui nous amène à l’autre grand titre du jour : « la guerre de civilisation » évoquée hier par Manuel Valls. En effet, pointe Le Figaro, « en mettant en garde hier contre une 'menace terroriste majeure' s’inscrivant dans 'la durée', le Premier ministre, qui évoquait Daech et ses attaques, a parlé pour la première fois de 'guerre de civilisation'. »
Manuel Valls « prend un risque, estime La Croix. Car même s’il s'est bien gardé de réduire cette confrontation à une guerre entre l’Occident et l’islam, l’expression pour le moins maladroite réanime le spectre d’un combat entre deux camps, deux cultures, deux systèmes de valeurs, et partant deux civilisations. C’est faire beaucoup d’honneur aux terroristes et à leurs recrues françaises, hissés ainsi au rang d’anti-héros d’une guerre planétaire. »
Le Midi Libre n’est guère convaincu non plus de la pertinence de l’expression utilisée par Manuel Valls : « Valls parle de guerre de civilisation tandis qu’eux, les barbares, parlent de guerre sainte, de guerre de religion. Guerre de civilisation d’un côté, guerre de religion de l’autre… Troublante analogie. Elle conduit à brouiller les esprits faibles, à conforter leurs amalgames. À faire oublier que les civilisations se sont souvent enrichies de leurs différences au gré des échanges. À considérer qu’il y a une hiérarchie entre l’Occident des lumières et l’Orient des misères. Daesh ne livre ni une guerre de religion, ni une guerre de civilisation, conclut Le Midi Libre, il commet des crimes contre l’humanité. »
Enfin, La Voix du Nord hausse le ton : « va-t-on encore longtemps ergoter sur la façon de nommer cet ennemi, sur son degré d’organisation, sur le danger du salafisme qu’on a laissé gangrener nos quartiers ? 'Cinquième colonne' pour Christian Estrosi, tout de suite cloué au pilori médiatique, ou 'ennemi de l’intérieur' pour Manuel Valls qui a parlé sur Europe 1 de 'guerre de civilisations', ce qui heurte des oreilles au PS ? Les fanatiques se moquent de nos dérisoires querelles sémantiques. Ils tuent au nom de leur vision dévoyée de l’islam et continueront de tuer… »