C’est l’information de presse la plus fraîche, la plus spectaculaire et, pour tout dire, la plus scandaleuse : un système d’évasion fiscale de grande ampleur, taillé sur mesure pour les rois du sport-roi, le football. C’est même la « plus grande fuite de l’histoire du sport. Une bombe à fragmentation », emphatise L’Equipe. Bigre !
Mais le quotidien sportif n’y est pour rien, dans la divulgation de ce scandale. Ce sont en fait douze médias européens réunis au sein d’un consortium de presse, l’EIC, acronyme pour European Investigative Collaborations, qui ont lâché hier soir ladite bombe. En tête de ce consortium, le journal allemand Der Spiegel, seul à être en contact directement avec « la source » qui a fourni les données ; et, en France, le site d’information en ligne Mediapart.
Ronaldo : le but en or

Comme le résume encore L’Equipe, cette affaire épingle déjà « sept stars » du foot, dont Chritiano Ronaldo, Jose Mourinho ou encore Radamel Falcao. L’évasion porte sur un total de 188,4 millions d'euros dissimulé au fisc, via des paradis fiscaux. A lui seul, Ronaldo aurait ainsi soustrait 150 millions ! « Le but de Ronaldo : échapper à l’impôt », lance Mediapart, pour qui Ronaldo est un « prestidigitateur de génie ».
« Pendant que le monde du football a les yeux rivés sur ses passements de jambes, l’argent qu’il a entre les mains est déjà parti loin, très loin », éreinte encore Mediapart, en décrivant ce système « massif et très organisé d’évaporation d’argent » élaboré par son agent Jorge Mendes. Mais Ronaldo n’est pas le seul. Dans L’Equipe, le journaliste de Mediapart Fabrice Arfi, qui travaille sur cette affaire, déclare que la France « n’est pas exclue ». « Il y en aura pour tout le monde : des joueurs français, à l’étranger comme en L1. Ou des étrangers qui jouent en L1, et des clubs. » Le polar ne fait donc que commencer…
Valls : dans les starting-blocks
Après le renoncement surprise et spectaculaire de François Hollande à briguer sa propre succession, c’est demain que le Premier ministre français pourrait se lancer dans la course à la présidentielle, via, en effet, l’élection primaire de la gauche. « On imagine plus qu'imminente sa déclaration de candidature. Il en rêvait. Peut-être même en se rasant le matin », formule Le Journal de la Haute-Marne. Comme le souligne Le Parisien/Aujourd'hui en France, « Valls ne peut plus reculer ».
Le chef du gouvernement « a poussé » François Hollande à se retirer pour devenir le « candidat naturel de la gauche gouvernementale », ajoute Le Parisien/Aujourd'hui en France. Mais pour lui, est-ce « mission impossible ? », se demande le journal. « Valls se lance dans la bataille de la primaire », lance en Une Le Figaro. Qui souligne « l'audace, voire la férocité, avec laquelle Manuel Valls a circonvenu François Hollande  ».
Laquelle férocité « laisse pantois, estime ce quotidien conservateur. Il a réussi en deux temps trois mouvements ce que son ancien mentor, Michel Rocard, avait en vain tenté jadis contre François Mitterrand. L'encercler, l'étouffer, puis le supplanter. Le nouvel homme fort de la gauche, c'est lui. » « Mais à quoi bon être l'homme fort d'une gauche faible ? », se demande encore Le Figaro.
« Manuel Valls n'a pas ménagé ses pressions, pour participer au " Hollande bashing " et pour tirer sur le pianiste, confirme La Montagne Centre France, à l'instar d'autres caciques de la majorité comme Claude Bartelone. » Son problème à présent ? « Gommer l'image d'un Brutus fiévreux, lui qui a porté le dernier coup à Hollande », prévient le journal Les Dernières Nouvelles d'Alsace.
Hollande : le livre qui tue
« Un livre l'a tué, déplore Libération. Avant la parution de l'ouvrage de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, le dispositif était prêt - appel des députés pour Hollande, discours programmés, visites soigneusement calibrées - pour tenter un rétablissement, une offensive contre la droite, un début de résurrection. »
Mais « les confessions recueillies au fil du quinquennat par les deux journalistes, ramenées par la presse à quatre ou cinq confidences d'une insigne maladresse, ont désorienté les soutiens de François Hollande et conduit Manuel Valls à jouer ouvertement sa propre carte. L'offensive de la dernière chance se change en noble retrait. Il arrive en politique que les mots comptent plus que les choses. Eternel romanesque de la vie politique française. »
Hollande : bilan globalement négatif
La Croix dresse le bilan de l'action de François Hollande. Bilan « décevant, parfois déplorable et même gravement critiquable sur certains points. On ne pourra cependant pas enlever au président de la République la dignité dont il a fait preuve jeudi soir », remarque néanmoins le quotidien catholique français.
Autriche-Italie : l’Europe à la dérive
En Autriche, c’est demain le second tour de l’élection présidentielle. En Italie, c’est le référendum. Et l’ombre de l’extrême droite plane sur ces scrutins. En Autriche, ce second tour opposera en effet un candidat écologiste et un autre d’extrême droite. L’Autriche, énonce Libération, c’est le « pays de naissance d’Adolf Hitler, (et) Norbert Hofer est tout près d’accéder à la présidence. Or il s’agit du candidat du FPÖ, un parti d’extrême droite qui n’a jamais renié ses origines nazies et qui est, on s’en doute, favorable à un " Öxit " (" Österreich exit ") », redoute ce quotidien.
Au sud de Vienne, la capitale autrichienne, ce journal y a constaté le « peu d’intérêt » que portent les Autrichiens à cette nouvelle élection. C’est justement ce qui « pourrait faire le jeu de l’extrême droite », prévient Libé. Certes, en Autriche, le président a peu de pouvoirs, mais le candidat du parti FPÖ, Norbert Hofer, a évoqué l’idée de dissoudre le gouvernement pour convoquer des législatives « qui pourraient conférer un réel pouvoir » à sa formation politique.
Que va donner ce vote ? En attendant, Libé souligne que ça n’est pas seulement l’Autriche mais l’Europe qui est « tiraillée par la montée populiste ». Car le référendum en Italie demain pour ou contre la réforme de la Constitution menace aussi le chef du gouvernement Mateo Renzi. Or le « non » est « donné gagnant », constate Libération, et la défaite de Renzi en Italie plus la victoire de Hofer en Autriche viendraient confirmer la «dérive à la fois autoritaire, xénophobe et europhobe des sociétés européennes », anticipe Libération.