« Lancé dans l’espace en 1982, en pleine guerre froide, relate Le Monde, Cosmos-1408 était un ancien satellite soviétique de surveillance, une belle bête de 2,2 tonnes qui naviguait à 465 kilomètres au-dessus de nos têtes. Comme tous les corps de grande taille évoluant en orbite, il était suivi par radar. Lundi, Cosmos-1408 n’a subitement plus été visible sur les écrans. À la place sont apparus quelque 1 500 objets supplémentaires d’au moins 10 centimètres de diamètre, un nuage de débris commençant à s’éparpiller dans l’espace. »

Le lendemain, la Russie reconnaissait avoir détruit volontairement Cosmos-1408 à l’occasion d’un tir de missile antisatellite.

Le lendemain, également, souligne Le Monde, hasard du calendrier ?, « La France réussissait, à partir de la base de Kourou, en Guyane, le lancement d’une constellation de trois satellites espions, baptisés "Ceres", destinés à doter les armées d’une capacité de renseignement unique en Europe : l’écoute des signaux radars et de télécommunication. »

Alors, poursuit Le Monde, après la destruction du satellite russe, « la première conséquence a été une alerte à bord de la Station spatiale internationale, qui se trouve à 424 kilomètres d’altitude et dont la trajectoire s’approchait des débris de Cosmos-1408. »

Et autre conséquence : une avalanche de protestations de la part de la NASA, des États-Unis, de l’Otan, ou encore de la France.
Guerre hybride
Alors à quoi joue la Russie ? Question qui revient dans tous les journaux ce matin. Cet « événement souligne combien la Russie poursuit tous azimuts sa quête de puissance, estime La Croix. Le Kremlin veut étendre sa zone d’influence et reconquérir le terrain perdu après l’effondrement de l’Union soviétique. Sur le continent européen, il mène une guerre hybride actionnant des leviers militaires, cybernétiques, médiatiques, politiques, énergétiques, migratoires… Cet activisme réveille de très mauvais souvenirs. Les Européens doivent se serrer les coudes. »

« Vladimir Poutine montre une fois de plus sa capacité de nuisance, renchérit Le Figaro. On le retrouve dans tous les mauvais coups du moment, massant 100 000 soldats aux frontières de l’Ukraine, tirant les ficelles de la Biélorussie dans la crise des migrants… Les tests de missile faisaient l’objet d’un moratoire de fait depuis une douzaine d’années, hormis un tir de l’Inde en 2019. Avec 30 000 objets flottants, l’espace devient une poubelle où les risques de collisions se multiplient de façon exponentielle. La Russie vient de mettre tout le monde en danger, y compris elle-même. »
La loi du plus fort…
« Pour endosser le rôle du "méchant", Vladimir Poutine est parfait, insiste Le Parisien. Cet ancien du KGB (…) n’a pas son pareil dans l’art de la manipulation et excelle à faire croire que la Russie moderne, dont le PIB n’atteint pas celui de l’Italie, n’a rien perdu de l’empire soviétique qui régna jadis sur la moitié de la planète. Au nom de quoi, il impose chez lui et ailleurs, de la Crimée naguère jusqu’à l’espace aujourd’hui, la loi du plus fort. Le problème est qu’en face, pointe Le Parisien, il n’y a guère de monde capable de jouer les gentils et de résister, au-delà des remontrances formelles. Les Américains ont le regard ailleurs, sur cette Chine qui les inquiète tant. Les Européens, pourtant les premiers concernés par ces foyers attisés sur leur sol, ont, comme d’habitude, du retard à l’allumage. Faute de leader clair et incontesté, il faut d’abord tenter de se mettre d’accord à vingt-sept pour décider de qui… va décider quelque chose. »
Spatio-anxieux ?
En attendant, déplore Libération, « l’espace est un gigantesque champ de bataille. Un traité de 1967 ambitionnait de le démilitariser… Loupé ! Intimidation, espionnage, attaques directes… La liste ne relève pas de la science-fiction. Les dynamiques géopolitiques sur Terre créent bel et bien des tensions au-delà de notre atmosphère et les enjeux économiques enveniment le tout. (…) En prouvant qu’il peut cibler un satellite, Poutine montre les muscles quand la France développe sa "stratégie spatiale de défense"… La crise des missiles, version XXIe siècle, ne se déroulera pas à Cuba mais dans le cosmos. »

Et Libération de s’interroger : « après l’éco-anxiété, comment ne pas devenir spatio-anxieux ? »