« À quoi joue Mélenchon ? », c’est le grand titre de La Dépêche qui s’interroge donc, à l’instar de la plupart des autres quotidiens régionaux ou nationaux sur les propos tenus dimanche par le chef de file de la France insoumise.

« Est-il passé dans le camp des complotistes ? », s’interroge encore La Dépêche. « Dimanche à la mi-journée sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon a créé une telle polémique qu’il a immédiatement assuré que ses propos avaient été "manipulés". Pourtant, les mots sont là, pointe le journal. Le leader Insoumis, en fin d’émission, assure vouloir qu’Emmanuel Macron se représente, car, dit-il, "on a aura de quoi dire, il aura un bilan. Sinon, on nous sort un autre petit Macron du chapeau, (…) on ne sait pas qui c’est, pouf, il se fait élire président. C’est le système qui l’invente. La dernière fois, Macron, il est arrivé au dernier moment. Là, ils vont peut-être en trouver un autre". » Commentaire de La Dépêche : « Mélenchon ne précise ce qu’il entend par "système" et n’explique pas qui sont ces "ils" dont il parle. Il semble indiquer que le choix aurait échappé aux électeurs. »
« Écrit d’avance… »
Puis il poursuit : « "De même, vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012, l’attentat sur les Champs-Elysées en 2017. (…) Tout ça, c’est écrit d’avance". Là non plus, remarque encore La Dépêche, Mélenchon ne précise ce qu’il entend par "c’est écrit d’avance". » Et le journal de commenter : « Ces deux petites phrases laissent planer un parfum de complotisme tout à fait dans l’air du temps. Le leader de la France Insoumise semble vouloir dire qu’un pouvoir invisible aurait favorisé la candidature d’Emmanuel Macron en 2017, mais aurait aussi instrumentalisé, voire provoqué des événements dramatiques, ayant favorisé Marine Le Pen. » Et La Dépêche de hausser le ton dans son édito : « Cette soupe électorale nous donne la nausée. »
Nausée…
La Charente Libre s’emporte également : « "C’est écrit d’avance… " La phrase de Jean-Luc Mélenchon est terrible pour le débat public. Infamante pour la démocratie qui se retrouve une fois de plus marquée au fer rouge de la suspicion. (…) À l’ère de la régression numérique, la politique n’avait pas besoin de ce nouveau détournement du verbe et de l’histoire. »

Alors, « depuis, relèvent Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Mélenchon affirme que c’est un procès politique qu’on lui fait, qu’il parlait de l’instrumentalisation de ces événements. Que ne l’a-t-il pas dit ainsi alors ? Les mots ont un sens que le leader de la France insoumise, vieux routier et fin lettré, connaît mieux que personne (…). »
Dérapage très contrôlé ?
Ce qui fait dire justement à Libération que tout cela est très contrôlé : « Ce qui est présenté régulièrement comme des "dérapages" de l’ancien socialiste dans les médias se révèle, avec le temps, des séquences politiques très calculées et destinées à un objectif clair, estime Libé : apparaître aux yeux des "catégories populaires" qui iront voter à la présidentielle comme le candidat le plus proche d’eux. Celui qui parle comme eux, pense comme eux et sera donc le plus à même de les représenter contre le "système oligarchique" en place. Si "dérapage" il y a donc eu, dimanche, il est, si ce n’est prémédité, particulièrement contrôlé. »

En tout cas, la presse de droite boit du petit lait : pour L’Opinion, « Mélenchon désole, La France Insoumise s’isole. »

Ironique, Le Figaro s’interroge : « Cette stratégie du pire traduit-elle une incapacité du leader Insoumis à contrôler son expression ? Ou au contraire un choix délibéré de pourrir le cadre du débat politique ? On se gardera, concernant les intentions de Mélenchon de toute interprétation… complotiste. »
Un « spountz » ?
Au sein de LFI, on tente d’éteindre l’incendie depuis lundi, relate Mediapart. Mais « même si les rangs se sont resserrés dans la tourmente, l’affaire a également créé un malaise chez certains en interne. Sous couvert de off, quelques-uns confient clairement leur embarras, pointe Mediapart. "Ce qu’il a dit, ce n’est pas une stratégie, c’est sorti tout seul", affirme un élu LFI qui reconnaît avoir été "glacé" par l’interview de France Inter. "Il fait tout le temps comme ça, poursuit-il : une bonne séquence et un "spountz". OK, c’est un Méditerranéen, mais quand on veut être président, il faut peser ses mots". »