C’est la Une de Courrier International avec en couverture une barque dans un désert de sable à perte de vue, en vérité un lac asséché de Bolivie. Un quart de la population pourrait bientôt manquer d’eau, explique le journal. Au Honduras, par exemple, les petits agriculteurs fuient « le corridor de la sécheresse ». Le couple de paysans dont on retrouve le témoignage dans Courrier International ne survit plus que grâce aux dollars envoyés par leurs deux fils émigrés aux Etats-Unis. Le troisième est parti en juin. « L’eau coûte plus cher aux pauvres », titre l’hebdomadaire international. « La moitié des personnes qui boivent de l’eau provenant de sources non sûres vit en Afrique, moins d’un quart de la population sub-saharienne a ainsi accès à de l’eau potable sûre. » Les citadins dont les logements sont équipés en eau courante paient paradoxalement leur eau beaucoup moins chers que les habitants des bidonvilles, contraints eux d’acheter de l’eau au bidon ou en bouteilles à un prix « 10 à 20 fois plus élevé ».

Et les pays riches ne sont pas épargnés pour autant

Loin de là, l’Arabie saoudite est riche en pétrole mais pauvre en eau. Le pays se repose sur ses réserves souterraines mais elles s’épuisent à vue d’œil. « Ces ressources pourraient être asséchées sous 25 ans », explique The Guardian relayé par Courrier International. Dans l’Express on retrouve un article sur l’Espagne : « Le potager de l’Europe est assoiffé », titre le journal. La reporter de l’Express s’est rendue dans la région de Murcie au sud-est du pays, « la plus aride de la péninsule ». Cette scène en ouverture : un paysan pointant la source du village. « Autrefois il jaillissait ici plus de 130 litres par seconde, désormais on en retire à peine 50, et encore il faut la puiser avec une pompe. » En cause, l’agriculture intensive alors que cette petite région fournit à elle seule un cinquième de la production agricole du pays. « D’une certaine façon, cette région exporte le peu d’eau dont elle dispose sous forme de fruits et légumes », déplore un responsable d’ONG environnementale. Avec parfois des situations absurdes, au printemps dernier les entreprises agraires ont laissé sécher 35 hectares de laitue parce que le prix du marché ne justifiait plus leur récolte. « Il a fallu 120 millions de litres d’eau pour les faire pousser », s’étrangle un militant local dans l’indifférence. « Dans cette région de droite, écrit l’Express, les écologistes sont perçus comme des gêneurs ».

Pour Emmanuel Macron, les écologistes sont surtout une réserve électorale…

C’est ce qu’on comprend en sous-texte en lisant le Journal du Dimanche. Emmanuel Macron a « changé », a-t-il assuré cette semaine. Les incendies en Amazonie lui ont en tout cas permis d’imposer l’écologie à l’agenda du G7 qu’il accueille depuis hier à Biarritz. Un G7 commencé par un coup d’éclat, l’annonce qu’il bloquerait « l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur, au nom de la défense de la forêt amazonienne ». De quoi verdir son image à l’approche des municipales, explique l’hebdomadaire et en même temps satisfaire les agriculteurs français, inquiets de la perspective d’une concurrence venue d’Amérique du Sud. Du côté d’Europe écologie-les Verts on se dit pas dupe : « C’est très facile de passer pour un écolo comparé à Bolsonaro, et ça permet de détourner le regard de ce qui se passe en France », s’agace l’eurodéputé David Cormand. Le Journal du Dimanche pense tout de même savoir que le président français, après un déjeuner de deux heures, hier, avec Donald Trump, aurait obtenu des engagements de son homologue américain en faveur de l'Amazonie.

La défense de l'environnement qui n'est pourtant pas le cheval de bataille de Donald Trump

Non c'est le moins qu'on puisse dire. Ses conseillers seraient d'ailleurs très mécontents que le thème « secondaire » du climat fasse de l’ombre à leur agenda de guerre commerciale. Car « le pilier de la géopolitique américaine, peut-on lire dans Marianne, c’est l’énergie ». En la matière, l’appétit de l’Oncle Sam est même « insatiable ». Washington poursuit aujourd’hui une politique d’autonomie énergétique et même de conquête déjà entamée sous Obama. « L’administration américaine mise sur l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste pour faire du pays le leader mondial de l’énergie du XXIe siècle et ne pas laisser ce rôle à la Russie de Poutine », écrit Marianne.

Un moyen de pression sur la Chine qui dépendra encore longtemps des importations de gaz et de pétrole. Une stratégie qui porte ses fruits, désormais ils produisent massivement grâce à l’exploitation des hydrocarbures du Texas et du pourtour du golfe du Mexique et des gisements de gaz de schiste du sud des Rocheuses. Désormais ils rêvent d’exporter et de prendre des parts de marché aux concurrents, pour Marianne, « c’est tout l’arrière-plan des sanctions, de l’asphyxie du Venezuela et de l’Iran ». L’extraction du gaz de schiste, rappelle le Guardian dans son édition du jour accusé de polluer les nappes phréatiques, on y revient. Le Royaume-Uni aussi s’est tourné vers cette énergie pour atteindre son objectif de zéro émission de gaz à effets de serre. Ou comment remplacer un problème par un autre.

Londres plus concentré pour le moment sur le Brexit que sur la protection de l’environnement…

Dans M, le magazine du Monde on trouve un portrait grinçant du clan Johnson alors que Boris est en ce moment à Biarritz pour le G7. Le nouveau premier ministre a promis une sortie de l’Union européenne au 31 octobre, avec ou, plus probablement, sans accord, mais dans la famille que M décrit comme étant « à mi-chemin entre les Kennedy et les Kardashian », on ne parle pas Brexit. « Ça deviendrait juste trop tendu », s’amuse Rachel la sœur. Pour comprendre Boris Johnson, il faut se tourner du côté du père, Stanley. « Tout y est, avec un quart de siècle de plus, écrit le journaliste. La touffe de cheveux blonds devenus blancs en bataille, le nez pointu, l’incapacité à répondre directement à la moindre question, et le besoin insatiable de faire un bon mot. » Et l’ambition. M cite l’une des biographes de Boris Johnson : « Stanley leur a inculqué le sens de la concurrence, de toujours vouloir être le meilleur, le premier. Mais il n’y a pas de valeur centrale, ce qui compte c’est de gagner. » Boris Johnson étant un grand amateur de la Rome antique, permettez-moi Magali de conclure cette revue de presse par une citation latine, « Vae victis », malheur aux vaincus.