« La nouvelle a fait l’effet d’une bombe hier à Westminster, s’exclame Le Figaro. À six jours de la rentrée parlemen­taire, le premier ministre britannique Boris Johnson a en effet annoncé qu’il souhaitait sus­pendre le Parlement pendant un mois à compter du 12 septembre, voire plus tôt. Dans une lettre adressée aux parlementaires, le nouveau chef de l’exécutif britannique a affiché sa volonté de donner une nouvelle impulsion au Royaume-Uni. »

En fait, pointe Le Figaro, et bien évidemment, c’est le Brexit qui sous-tend la manœuvre de Boris Johnson : « Le nouveau premier ministre, désigné fin juillet par les membres du Parti conservateur, veut ôter tout pouvoir d’influence aux députés alors que la rébellion contre le "no deal" est en train de se structurer dans les rangs des partis d’opposition. »

« De plus en plus hard ! », lance Libération en première page. Certes, relève le journal, « la procédure est légale, la reine l’a d’ailleurs ratifiée quelques heures plus tard. Qui peut dire qu’elle est légitime ? Son but est transparent, estime Libé : restreindre autant que possible le temps dont disposeraient les députés pour contester le "hard Brexit" qui s’annonce. On dira que Johnson ne fait qu’appliquer à la hussarde la décision prise au moment du référendum. Mais quelle décision ? Le peuple a choisi le Brexit, c’est indiscutable. A-t-il choisi le "hard Brexit" ? C’est pour le moins douteux. »

Et Libération de conclure : « la logique démocratique élémentaire voudrait qu’on organise des élections générales. Alors seulement – s’il les gagne -, Johnson pourrait se prévaloir de la volonté populaire. En attendant, il n'est qu’un factieux caché derrière la loi. »

Un coup d’Etat ?

Les Dernières Nouvelles d’Alsace haussent encore le ton : « Arrivé au 10 Downing Street sans même avoir été élu (si ce n’est par 92.153 membres de son parti, soit environ 0,15 % de la population), le nouveau Premier ministre britannique vient de [...] tuer le débat sur le Brexit et s’essuyer les pieds sur l’une des plus vieilles démocraties de la planète. Car il ne faut ni s’y tromper ni banaliser ce qui vient de se produire outre-Manche. Cette décision est un coup d’État qui ne dit pas son nom, s’exclame le quotidien alsacien. Un coup d’État constitutionnel, mais un coup d’État quand même. Un précédent inquiétant qui, si on laisse faire, en appellera d’autres. »

« La manœuvre ne manque pas d’étonner, renchérit La Croix, s’agissant du pays considéré à travers le monde comme le creuset de la démocratie parlementaire. La mise sous l’éteignoir des députés est censée permettre à Boris Johnson de négocier à Bruxelles sans se préoc­cu­per des manœuvres qui se jouent à Westminster. Il est bien placé pour connaître ce travail de sape puisqu’il en a usé et abusé contre l’ex-première ministre Theresa May – jusqu’à la renverser et prendre sa place. [...] Pour sortir de l’enlisement, Boris Johnson prend donc le risque d’affaiblir le pouvoir législatif, pointe encore La Croix. Il fait preuve de réalisme mais aussi d’audace, voire d’une certaine inconscience. Une fois encore, le Brexit reflète la crise du politique, née d’un profond malaise identitaire, qui affaiblit le Royaume-Uni. Il y aura encore bien des secousses après le 31 octobre. »

Des élections anticipées ?

Et même avant, rétorque Sud-Ouest, « il est tout à fait probable que le Parlement ne se laissera pas ainsi congédier. Sa seule arme sera de déposer une motion de défiance qui aboutira à la chute du gouvernement de Boris Johnson, scénario parfaitement envisagé par son équipe, qui aboutira alors à des élections anticipées. Son mot d’ordre sera simple pour gagner une majorité à sa main : le Brexit avec moi, ou le chaos avec personne. On connaît ce genre de slogan. Il est rarement porteur d’espérance. La seule vérité, conclut Sud-Ouest, est que Boris Johnson, Premier ministre non élu, porteur d’une vision minoritaire d’un "no deal", emmène son pays, la plus vieille démocratie du monde, vers un curieux destin. Et par de bien tortueux chemins. »

Réactions indignées dans la presse d’Outre-Manche

Enfin, le quotidien Le Monde rapporte sur son site internet les réactions de la presse britannique fraîchement publiées ce matin.

« C’est un coup d’État, mené par un chef de gouvernement non élu », estime le Guardian : « Cette dernière manœuvre est un acte d’orgueil commis par une élite politique irresponsable. »

« La suspension du parlement pendant cinq semaines au milieu de la crise du Brexit est sournoise et antidémocratique, abonde The Independent. Il est fallacieux de prétendre que cette procédure est normale et que cela n’a rien à voir avec notre départ prévu de l’Union européenne. »

« Pour un homme qui se prend pour Winston Churchill, le premier ministre se comporte de la manière la plus irresponsable qui soit, afin de sauver sa peau », dénonce The Scotsman.

Enfin, pointe The Irish Times, « peu importe la fréquence à laquelle Johnson et ses acolytes affirment qu’ils mettent en œuvre la volonté du peuple, un fait ne peut pas changer : personne n’a voté pour. Pas un seul citoyen britannique n’a jamais été invité à approuver un Brexit dur, sans parler d’un non-accord. »