« Les mille vies de Tapie », titre banal, repris en chœur - 7 journaux quotidien régionaux - pour un homme dont le destin était tout sauf banal. « Il a survécu à un accident, à la prison, à une traversée du désert, mais n'a rien pu faire contre le cancer », accroche le Progrès. « Tapie le Battant » avec 15 pages pour le Parisien qui narre les exploits et les déboires du plus fort en gueule des self made man à la Française. « La Fin d'une ambition », y voit 20 minutes. « Ce personnage hors du commun, détesté ou adulé, aura marqué son époque par les excentricités de ses carrières professionnelles », assure le Figaro. Pour l'éditorialiste Yves Tréard, « Tapie a couru toute sa vie pour gagner...Jusqu'à la fin, alors qu'il n'avait plus que la peau sur les os, il continuait à enfourcher son vélo de course ». « Chef d'entreprise, député, ministre, président de club de foot, détenu, chanteur, acteur », énumère le Monde. Alors oui il n'a pas eu mille vies - je me flagelle- « mais quelles vies », célèbre le Parisien dans son édito. « C'était un touche-à-tout flamboyant ». « C'était un franc-tireur » pour les Echos, qui ajoute dans la panoplie des métiers pratiqués : « pilote, vendeur, repreneur ». « L'enfant de la Courneuve » alors qu'il vient du Bourget « avait fait de la résilience le moteur de sa vie », écrit le journal économique. « C'était le Bel Ami du monde économique et politique, parti de rien pour arriver au sommet de l'échelle sociale [...] Il a insufflé un renouveau entreprenariat en France », veut croire encore les Echos.

En somme un destin hors du commun.

Maupassant convoqué par les Echos, Dumas pour le Monde. A chacun ses références pour parler de Tapie. Au fait combien de vies? « Au moins cent » narre le quotidien du soir, pour qui « Tapie aurait préféré être comparé à Edmond Dantès », dont l'histoire symbolise l'injustice la vengeance et la rédemption. « C'était un phénomène[...] Tapie était hors catégorie », pour Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Le journal de l'Est le compare même à un col mythique du tour de France. Mais à Marseille, on fait dans le registre mafieux. « On pleure le boss » chez la Provence. Le plus titi parisien des marseillais a d'ailleurs demandé à être inhumé à Marseille. « Qui d'autre que Tapie peut faire du bouillant vélodrome une chapelle ardente ? », s'interroge le quotidien du sud de la France.

 
Sauf que Bernard Tapie était loin d'être un saint pour d'autres journaux français...
« Pour les milliards et pour le pire » résume Libération. Libé qui raconte l'épisode peu glorieux de « Nanard » en Centrafrique. « En 1979, Tapie acquiert les biens immobiliers de Jean Bedel Bokassa à 10 pour cent de leur valeur »... Il convainc l'empereur déchu qu'ils vont être saisis par la justice française... Sauf que, sauf que c'est une « arnaque » de Tapie et pas la dernière. « Deux cents fois j'ai mis le pied sur la ligne jaune, a dit un jour Tapie à Libé. Mais d'où je viens j'avais des circonstances atténuantes ». Tapie se spécialise dans les reprises à 1 franc d'entreprise en difficulté. « L'astuce consistant à lessiver les créanciers, récupérer le patrimoine immobilier disponible »...

Vous avez dit douteux ? « Dans une affaire il n'y a plus d'éthique, c'est une chasse à mort, on est obligé de mal se conduire ». En tout cas avec la presse, « ce bateleur savait y faire ».

« Pourquoi une telle indulgence », s'interroge Libération. Et bien, « il avait pris l'habitude de convier sur son luxueux yacht » - le Phocéa -  avant qu'il ne prenne l'eau - « une ribambelle de patrons de presse et de journalistes », raconte Mediapart.

Avec Tapie et sa mort, « c'est le monde d'avant qui s'écroule », pour le Monde. Le « monde des affaires », rappelle Libé et Mediapart. L'affaire VA OM, et l'affaire Crédit Lyonnais...Mais finalement Tapie c'était : « un miroir de la France qui ne voulait pas regarder dedans », écrit encore Libé. « Cette France en transition qui regardait déjà l'avenir avec inquiétude en s'identifiant à un bandit sympathique »

 
Eux aussi ont amassé une fortune douteuse, et se retrouvent au cœur d'un nouveau scandale mondial...
Nom de code : Pandora Papers, en référence à « la nouvelle boite de pandore », nous apprend le site du Courrier international.

En tout cas, cette nouvelle fuite massive de données confidentielles concernant 14 cabinets dans les paradis fiscaux révèle les secrets de centaines de responsables publics : 35 chefs d'Etats, et 130 milliardaires, égrène Le Monde, associé au consortium de 160 médias et de l'ICIJ. « Ce cauchemar des riches et des puissants...ce jour-là est arrivé », tempête le Monde.

Dominique Strauss Kahn, le premier ministre libanais Mikati, le roi de Jordanie, le président Bongo, le premier ministre ivoirien, Patrick Achi, le président Sassou N'guesso du Congo-Brazzaville. « Un inventaire vertigineux », pour Le Monde qui commente : « dans les paradis fiscaux, ces chefs d'Etats s'achètent une assurance vie contre les aléas politiques ».

Une mise en bouche en ce premier jour des Pandora Papers. Cette nouvelle enquête qui n'en est qu'à ses débuts.