Demain, ça ne sera pas la fête du travail, mais plutôt la fête du télétravail... Pas de défilés, pas de manifestations dans les rues : c'est du jamais vu.

« Étrange 1er mai, souligne Sud-Ouest, à l’image de la période que nous traversons, et qui verra fêter le travail, alors que celui-ci peine à se déconfiner tandis que le chômage explose. Étrange 1er mai, où le gel hydroalcoolique fera office de muguet et où le masque tiendra lieu de banderole. Il aura lieu sous le signe du télétravail, relève encore Sud-Ouest, en pleine ascension, du moins dans les métiers qui s’y prêtent, tandis que les traditionnelles manifestations se dérouleront… sur les balcons, là même où chaque soir depuis six semaines les Français applaudissent nos soignants. »

Pas de défilés politiques ou syndicaux demain : « C’est une première depuis la fin de Seconde Guerre mondiale », s'exclame Le Parisien. « Cette tradition bien ancrée est mise à mal, cette année, par la crise sanitaire et les contraintes du confinement. Les fameux cortèges populaires, autant festifs que revendicatifs, célébrant la Fête du travail ne s’étireront pas, demain, dans les artères parisiennes et les villes de province. Quant à la statue de Jeanne d’Arc, qui se dresse place des Pyramides au cœur de Paris, elle ne sera pas fleurie par les militants lepénistes. »

Du muguet... électronique ?

Alors, « face à l’impossibilité de battre le pavé, les partis politiques ont décidé de se mobiliser sur la Toile et les réseaux sociaux », pointe Le Parisien. Exemple, La France insoumise qui organisera demain à midi « une "casserolade", un concert de casseroles, pour dénoncer l’improvisation du gouvernement dans la gestion de la crise du Covid-19. »

Ou encore, le parti communiste qui vient de « mettre en ligne un visuel intitulé  "Masqués mais pas muselés" », et qui propose « l'achat, en ligne, d'un brin de muguet électronique pour l'offrir à la personne de son choix. »

En effet, la tradition du brin de muguet sera mise à mal... C'est ce que pointe notamment Le Figaro : « Chaque année, il se vend 60 millions de brins de muguet à l'occasion du 1er-Mai, dont 85 % proviennent du bassin nantais et le reste de Bordeaux. Face à l’incertitude de pouvoir écouler leurs brins, en raison de l’interdiction gouvernementale des vendeurs à la sauvette et de la fermeture des fleuristes, les producteurs ont joué la prudence et n’ont ramassé qu’environ un petit tiers du muguet fleuri... »

Il ne sera donc pas évident de trouver du muguet demain...

Le 11 mai à l'horizon

En attendant ce drôle de 1er mai demain, le gouvernement et les partenaires sociaux ne vont pas chômer aujourd'hui... Après les élus locaux hier, Le Premier ministre discutera aujourd’hui avec les partenaires sociaux. « L’enjeu est de taille, s'exclame La Provence : remettre les Français au travail pour relancer l’économie, sans déclencher une deuxième flambée de l’épidémie, déjà redoutée dans les hôpitaux. "Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai" ou alors "plus strictement", a mis en garde Édouard Philippe qui a demandé "avec insistance" aux entreprises de maintenir le télétravail autant que possible et de veiller à équiper les salariés en masques dans le cas contraire. La situation sanitaire sera étudiée localement, pointe encore La Provence, département par département, territoires différenciés en "vert" ou "rouge" ; quatre régions (Ile-de-France, Grand Est, Auvergne Rhône-Alpes, etb Hauts-de-France) regroupant à elles seules 72 % des cas hospitalisés. »

Télétravailleuses, télétravailleurs...

Le télétravail devrait donc continuer pour une grande majorité de salariés qui le pratiquent depuis déjà près de deux mois. Libération se penche sur la question ce matin : le télétravail est une vraie révolution, constate-t-il, mais avec parfois des effets pervers... En effet, « cela a permis à l’économie de ne pas s’effondrer, constate le journal, à de nombreux salariés de ne pas perdre leur travail, et accessoirement aux médias de continuer à informer. Un progrès énorme par rapport à d’autres périodes de l’Histoire où les épidémies avaient conduit à un isolement total des populations. Mais ce progrès a un revers, pointe Libération. Il a installé une forme d’injustice en créant une "troisième ligne" travaillant chez elle à l’abri du risque rencontré par la "deuxième ligne" (les caissières, éboueurs ou livreurs), et surtout par la "première" (les soignants). Une injustice, globalement, entre ceux qui peuvent télétravailler et ceux qui ne le peuvent pas. Il a aussi, relève encore Libération, pulvérisé le mur que beaucoup avaient érigé entre vie privée et vie professionnelle et installé une forme de mélange des genres menaçant l’équilibre personnel et familial. »

Bilan plutot positif

Malgré tout, constate Libération, « selon l’enquête Res publica, publiée ce jeudi, le bilan établi par les télétravailleurs est plutôt positif, les trois quarts jugeant leurs conditions de travail faciles ou assez faciles. Et ce grâce à la "bonne capacité de débrouille" de leur entreprise. Pour preuve, ils sont une large majorité à "souhaiter travailler plus souvent à distance à l’avenir". »

Reste, tempère Libération, que « la peur de perdre son emploi joue aussi sur les salariés, les poussant vers du "travail compulsif" pour montrer leur utilité. Et ceux à qui on demande peu sont tout aussi angoissés. D’autant que la dégradation du lien social n’aide pas. Selon l’enquête de Res publica, la moitié des télétravailleurs estiment souffrir de l’éloignement. »