« France relance », c’est l’intitulé du plan de relance de 100 milliards d’euros pour redonner de l’élan à l’économie française, bien chahutée par la crise du Covid-19. Un plan présenté en conseil des ministres ce jeudi et détaillé dans Le Figaro par le Premier ministre Jean Castex.

« Nous sommes au rendez-vous, s’exclame-t-il. 100 milliards, c’est considérable, c’est presque quatre fois plus que le plan de relance de 2008. C’est, en partie de la richesse nationale, le plan de relance le plus massif annoncé à ce jour parmi les pays européens. Massif et calibré, aussi, de manière à avoir des effets rapides. Grâce à France Relance, nous serons revenus au niveau d’avant-crise dès 2022. »

Comment ces 100 milliards vont-ils être répartis ?

Jean Castex précise : d’abord l’écologie, « un premier tiers, soit 30 milliards d’euros, sera consacré à accélérer le verdissement de notre économie, de nos modes de production, de transports et de consommation et la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. »

Ensuite, la compétitivité : « nous consacrerons 35 milliards d’euros à rendre la France plus compétitive et plus souveraine, affirme le Premier ministre. Les impôts de production baisseront de 10 milliards en 2021 et de 10 milliards en 2022, et cet allégement sera définitif. »

Enfin, poursuit Jean Castex, « le troisième volet du plan sera dédié à la cohésion sociale et territoriale. Il s’agit d’investissements massifs dans les équipements hospitaliers, l’accélération du déploiement de la fibre ou la construction de logements. La priorité des priorités, c’est l’emploi des jeunes: 6,5 milliards d’euros y seront consacrés. »

Qui va payer ?

Commentaire du Figaro : « Le défi pour l’exécutif est de montrer clairement et concrètement que ce plan peut remodeler le visage de l’économie et la vie quotidienne des Français. Rassurée par l’ampleur des sommes mises sur la table, l’opinion pourrait cependant, tempère Le Figaro, s’inquiéter du financement à terme de ces 100 milliards. À l’arrivée, qui va payer ? Le gouvernement jure la main sur le cœur qu’il n’est pas question d’augmenter les impôts. Jean Castex mise sur un financement par le retour de la croissance. On peut l’espérer. Mais, tempère le journal, de nombreux précédents sont là pour rappeler que le retour à la croissance par la grâce d’un "choc de confiance" suscité par un plan relève plus du pari que de la garantie. »

Après nous, le déluge ?

Libération s’interroge également : « Ce qui est sûr, pointe le journal, c’est que ce plan marque la fin du tabou de la dette. Un point positif à court terme puisqu’il empêche l’économie de s’écrouler mais possiblement problématique à long terme quand il faudra rembourser. Après nous, le déluge ? Certainement pas : c’est la France des trente prochaines années que ce plan va esquisser. A cet égard, les bons besoins sont-ils satisfaits ? s’interroge encore Libération. 30 milliards pour la transition écologique, c’est un bon début, mais est-ce suffisant ? Et surtout, le nouveau haut-commissaire au Plan, François Bayrou, qui incarne tant le vieux monde, est-il la bonne personne pour nous projeter dans l’avenir ? »

Un choix clair ?

Pour La Croix, c’est « un choix clair » : « L’objectif de moyen terme est ambitieux : rendre à la France, d’ici à deux ans, son niveau de richesse d’avant la crise. Celui de long terme l’est encore plus : dessiner un pays compétitif, moins dépendant, plus écologique, à l’horizon 2030. C’est cette vision qui justifie aux yeux de l’exécutif de concentrer l’effort sur les entreprises et les secteurs d’avenir, par des baisses massives d’impôts, quitte à s’exposer aux critiques, en particulier de la gauche. Le gouvernement estime que les ménages ont déjà été aidés, pointe le quotidien catholique, via les mesures de chômage partiel ; et que les plus précaires bénéficieront des sommes importantes consacrées à la formation. Ces arguments sont discutables. Au moins, conclut La Croix, s’agit-il d’un choix politique clair, qui évite le saupoudrage, ce qui dans notre pays est assez nouveau. »

A droite toute ?

Enfin, pour L’Humanité, c’est « à droite toute » : « Loin de relever les défis posés par le Covid-19, en s’attaquant à toutes les injustices mises en lumière, l’Élysée cherche à enterrer le monde d’après pour imposer des réformes qui risquent d’aggraver la crise. »

Et L’Humanité de dénoncer « un plan de relance pro-CAC 40 » et de déplorer que ce plan ait oublié les « héros de la 2e ligne : les caissières, éboueurs, manutentionnaires, professeurs, chauffeurs-livreurs… "Ces hommes et ces femmes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal", avait pourtant dit Emmanuel Macron. »