C'est le grand titre de La Croix ce matin qui constate en effet que « depuis maintenant dix semaines, le pouvoir doit trancher entre liberté, sécurité sanitaire et intérêts économiques. Le tout dans un brouillard complet. »

En effet, pointe le quotidien catholique, « aucun scientifique ne peut se prononcer de manière définitive sur le retour d’une deuxième vague épidémique ou la création d’un vaccin. Bien malin serait le commentateur capable d’anticiper la reprise, ou non, de la contestation des gilets jaunes. Et quel économiste saurait prédire l’arbitrage des Français entre épargne et consommation dans les semaines à venir ? (…) Face à la menace, 'le réflexe de tout individu est de s’arrêter et d’évaluer la situation, avant de repartir ou de prendre la fuite', assure la chercheuse Marie-Claire Villeval, spécialiste d’économie comportementale. Les ménages s’arrêtent de consommer et les chefs d’entreprise d’investir. Les décisions sont remises à plus tard. Un luxe que les gouvernants ne peuvent pas se permettre, s'exclame La Croix. Il va bien falloir trancher, dans les heures ou les jours qui viennent, sur le fait de savoir si tous les élèves vont reprendre les cours, si les restaurants rouvrir et si les Français pouvoir se déplacer au-delà des 100 km. Comme il a fallu trancher sur le confinement… et le rythme du déconfinement. »

Déconfinement : phase 2

Justement, cette semaine le gouvernement devrait apporter des précisions sur la suite du déconfinement et les grandes vacances. Ça va être « la semaine de toutes les annonces », s'exclame Le Courrier Picard en première page. « Le Premier ministre, Édouard Philippe, devrait annoncer les arbitrages sur la deuxième phase du plan de déconfinement, jeudi, à l’issue d’un conseil de défense réuni par Emmanuel Macron à l’Élysée. Au menu notamment : la réouverture des bars et restaurants, qui trépignent de recevoir à nouveau des clients ou encore l’élargissement des 100 km. » Au menu également, la réouverture des parcs et jardins en zone rouge.

Brouillard politique...

Autres incertitudes, cette fois sur le plan politique. « Emmanuel Macron est en quête de solutions pour se relancer », pointe Le Figaro. Comment ? « Dans son entourage, on évoque, pêle-mêle, 'la convocation du Congrès à Versailles, un remaniement gouvernemental, un référendum et même une dissolution de l’Assemblée nationale'. (…) Des macronistes en vue vont encore plus loin, poursuit Le Figaro : ils évoquent le scénario explosif d’un référendum suivi d’une démission du chef de l’État. Lequel s’engagerait dans la foulée à se représenter. Une sorte de 'reset'. L’opposition serait prise de court avec une campagne se déroulant en 2021. Reste que cette formule constituerait un saut dans l’inconnu. »

Raoult droit dans ses bottes

En ces temps d'incertitudes, il y en a qui ont des certitudes... C'est le cas du professeur Didier Raoult. « Raoult persiste et signe », lance La Provence en Une. Le célèbre médecin marseillais a vivement réagi hier « à la publication de la récente étude parue dans The Lancet, étude qui remet en cause l’efficacité du traitement à l’hydroxy-chloroquine qu'il prône, concluant à sa dangerosité. L’OMS a d'ailleurs suspendu les essais cliniques. (…) 'Je ne vais pas changer d’avis à cause d’une étude foireuse', affirme le professeur Raoult. 'Je ne sais pas si ailleurs l’hydroxy-chloroquine tue, mais ici elle sauve des vies', persifle encore le médecin marseillais. Précisant qu’en cas de surdosage, 'c’est sûr, on peut se suicider avec l’hydroxy-chloroquine. Mais le Doliprane tue beaucoup plus, c’est la première cause d’intoxication dans le monde'. »

Voilà pour la réaction du professeur Raoult, à lire donc dans La Provence. Le débat n'est sans doute pas terminé...

Chine-USA : le bras-de-fer

Autre grande interrogation, cette fois sur le plan mondial : comment va tourner la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine ? « La dégradation des relations entre les deux puissances rivales, très nette depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, s’est encore accélérée avec la pandémie du Covid-19, constate Libération. Entre propagande et accusations teintées de complotisme, les deux pays se considèrent désormais comme des ennemis. »

Les sujets de friction sont nombreux, note le journal : il y a le bras de fer sur Hongkong, le relance de la guerre commerciale, le différend sur Taïwan, la répression sur les Ouïghours, et bien sûr les accusations mutuelles sur la pandémie de coronavirus.

Alors, « un conflit militaire entre les deux géants est-il possible ? » Libération a posé la question à Nadège Rolland, chercheuse sur les questions politiques et de sécurité en Asie au National Bureau of Asian Research aux États-Unis. Oui, répond-elle. Tout pourrait se jouer autour de Taïwan : « il est très difficile de savoir si l’équipe chinoise au pouvoir veut vraiment faire un coup de force pour obtenir la 'réunification'. (…) Mais Pékin joue un jeu extrêmement dangereux et fait peut-être une erreur de calcul, affirme la chercheuse. Car Washington est toujours engagé par le Taiwan Relations Act de 1979 à protéger l’île. Le fait que cette dernière soit un modèle de démocratie est revenu sur le devant de la scène durant l’épidémie, et c’est crucial pour l’opinion publique américaine. »

Alors, conclut Nadège Rolland, « intervenir demanderait une logistique gigantesque, mais ce n’est pas impossible. »