La police toujours en colère contre le ministre de l’Intérieur, et c’est désormais directement à Emmanuel Macron qu’elle veut parler.

Les policiers sont « lâchés » par Castaner, lance en Une Le Parisien, et leurs syndicats demandent désormais à « être reçus » par le chef de l’État.

Alors que le premier flic de France a annoncé hier soir le maintien son interdiction de la clé d’étranglement par les policiers, et même si Christophe Castaner a concédé une « erreur » lorsqu’il a tenu certains de ses récents propos, en prônant la « tolérance zéro » contre le racisme dans la police, « la rupture » n’a jamais été aussi forte entre cette dernière et le ministre de l’Intérieur, souligne Le Parisien.

Quotidien dans lequel un membre du gouvernement déclare : « La messe est dite. Il n’a jamais pris l’habit. Il n’est plus crédible pour personne. Je ne vois comment il peut rester après cet épisode », alors que dans l’entourage du Premier ministre, on déclarait l’inverse hier soir: « Le ministre de l’intérieur n’est pas fragilisé. Il a la confiance totale du Premier ministre et nous croyons avant toute chose au dialogue social », rapporte Le Parisien. Nuance.

La convergence des luttes

Ras-le-bol de la police alors qu’aujourd’hui, ceux qui l’accusent de violences et de racisme prennent la rue. De nouvelles manifestations sont organisées aujourd’hui dans toute la France, et notamment cet après-midi à Paris, à l’appel du comité Adama Traoré, du nom de ce jeune homme noir décédé en juillet 2016 après son interpellation.

Attendus sur le pavé parisien, le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Adèle Haenel et Aïssa Maïga, qui sont ce matin à la Une de Libération. Les deux actrices perçoivent un « tournant dans l’efficacité du mouvement, » et elles le disent dans un échange croisé publié par Libé.

Adèle Haenel y parle d’une « espèce de réveil politique » en évoquant la « lutte contre les violences policières et le racisme » ; Aïssa Maïga parle de « réveil intersectionnel », en référence à un concept dit « d’intersectionnalité » forgé dans les années 80 par un universitaire américain et qui vise à « mettre au jour les mécanismes complexes de discrimination, non pas en cloisonnant et hiérarchisant les grandes catégories sociales (sexe, classe, race, âge, handicap, orientation sexuelle), mais en les croisant et les combinant », explique Libération.

Dans ce journal, Aïssa Maïga parla aussi d’une « chose très française, un racisme soft, rarement cru mais qui est obsédant… car omniprésent ». Elle estime que lorsqu’elle voit les images de la mort de George Floyd et quand elle pense à celle d’Adama Traoré, la jeunesse française « ne peut pas ne pas faire le lien, il est évident », dit-elle à Libération. Selon elle, « être aveugle à la couleur, c’est être aveugle aux pesanteurs sociales issues de notre histoire et de l’imaginaire qui en découle ».

Évoquant la « valse de statues de figures esclavagistes aux États-Unis ou dans les départements français d’outre-mer en ce moment », Aïssa Maïga estime dans Libé que « soit l’œuvre doit être contextualisée, dans un musée ou en lieu et place avec une note explicative historique, soit elle dégage ».

Dans cet entretien croisé, Adèle Haenel salut aussi « l’intelligence », la « lucidité » et la « vision politique » de l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira, figure de la gauche française, en s’interrogeant sur « la repolitisation du monde », car, selon elle, « Taubira pose que la politique ne consiste pas à gérer des individus mais à les faire advenir. C’est un programme que j’ai envie de suivre », dit-elle à Libé.

L’ouvrier automobile polonais

Enfin cette demande du gouvernement au constructeur automobile PSA, pour qu’il renonce à faire venir des ouvriers étrangers pour travailler dans ses usines en France. Etant rappelé qu’avant-hier soir, la direction de PSA avait annoncé le renfort, dès la semaine prochaine, d’une de ses usines en France par l’arrivée de 120 salariés d’une de ses autres usines du sud de la Pologne ; étant également rappelé que des contingents supplémentaires d’ouvriers venus de divers sites du groupe devaient par la suite compléter ce premier renfort, les ministères du Travail et de l’Économie ont ensemble, hier soir, demandé à la direction du groupe Peugeot/Citroën de renoncer à ce projet.

C’est un « coup de théâtre », énonce Le Parisien, en pointant que, pour les deux ministres, « il faut embaucher en priorité des intérimaires ».

En priorité ? Dans Le Parisien, un syndicaliste qui souhaite conserver l’anonymat déclare que ce sujet est « sensible. Voire malsain ». Selon lui, « il ne s'agit pas d'opposer un salarié à un autre. Mais compte tenu du contexte économique en France, on peut s'étonner que l'emploi français ne soit pas privilégié », dit-il au Parisien.

L’emploi français ? Après les dégâts – non pas des eaux, mais plutôt à caractère politique – provoqués, on s’en souvient, par le fameux « plombier polonais », gare aux sorties de route que pourrait provoquer, en France, l’ouvrier automobile polonais…