L’image a fait le tour du monde, et ce matin, le quotidien Le Parisien la publie pour illustrer « l’info en image ». Au premier plan, un traineau du Grand Nord. Devant l’engin à patins, glissant d’ordinaire sur la glace au pays des Esquimaux, des chiens en équipage chargés de tirer ledit traineau. Sauf que sous leurs papattes, point de banquise, mais de l’eau. La photo, signale Le Parisien, a été prise « au nord du Groenland ». Choc de la photo, titre du même tonneau : « La période la plus chaude sur Terre depuis deux mille ans ». C’est la revue Nature qui l’affirme, pointe Le Parisien, la hausse des températures actuelle est « sans précédent ».

La France suffoque ? Mais pas que… « Ici il a fait 21 degrés, là on est monté jusqu’à 32. Des températures de rêve, dira-t-on, que l’on a hâte de retrouver... Sauf que cela se passait il y a deux semaines, dans un cas au bord du pôle Nord et dans l’autre au sud de l’Alaska, signale Sud Ouest. [...] Sans parler des incendies de forêt qui ont ravagé l’État le plus au nord des États-Unis, et de la banquise qui fond ». Alors oui, les Français transpirent et ce quotidien du sud-ouest du pays le souligne : « L’on n’a jamais eu aussi chaud à Paris depuis 1947 ou à Bordeaux depuis 2003. Mais ce fétichisme des chiffres ne saurait nous faire oublier que les vagues de chaleur et les canicules (à ne pas confondre) se multiplient ces dernières années ».

Des saisons en enfer

Inquiétude de plus en plus partagée par les journaux français. La journée d’hier leur fait craindre un vrai avenir en enfer. Ainsi le journal La Nouvelle République prévient-il de « la vrille ascensionnelle du climat, le souffle brûlant de saisons en enfer, la fournaise des étés à venir, pour des années et des décennies ». Toutefois, objecte ce quotidien du centre de la France, « quelques optimistes parient sur notre capacité de rebond. Au fond, nous avons tout traversé et affronté. Le froid et le chaud, le déluge et les déserts. Et nous sommes encore là, infiniment mieux équipés que nos prédécesseurs. Nous coloniserons la toundra décongelée et végétaliserons les immeubles de nos mégalopoles, oasis de sociétés apaisées », veut croire La Nouvelle République.

Justement. La Une du journal Libération est passée au vert ce matin, avec les « forêts urbaines » qui poussent de plus en plus sur les façades des immeubles pour faire baisser les températures. « La ville s’accroche aux branches », lance Libé, « après la ville à la campagne, voici venu le temps de la campagne à la ville ». Oh bien sûr, plaisante l’éditorialiste à la main verte de ce journal, « le bon sens paysan va se moquer, mais il aura tort : l’affaire est sérieuse. Personne ne prétend que la présence d’arbres dans les villes, de jardins sur les toits des immeubles ou de pignons végétalisés est LA solution. Encore moins une manière de prendre le dérèglement climatique à la racine. Il n’empêche qu’entre 1982 et 2011, la superficie des villes françaises a augmenté de 42 %, entraînant mécaniquement une triste bétonisation, néfaste à la perméabilité des sols, souligne Libération. Il est temps que les élus locaux remettent un peu de terre, de branches, de feuilles, bref de vert, au cœur de nos cités », exhorte-t-il.

Barre à tribord toute pour Bojo

Ça va chauffer aussi en Angleterre, où Boris Johnson a nommé un gouvernement de choc pour préparer le Brexit. Avec le nouveau Premier ministre britannique, ce sont les « hard brexiters » qui viennent de prendre le pouvoir à Londres, souligne, en anglais dans le texte, le journal le Figaro. « Une armée rebelle prend le contrôle de Downing Street. C’est ainsi qu’un vétéran de la vie politique britannique décrit l’arrivée de Boris Johnson et de ses compagnons du hard Brexit au pouvoir. Plus qu’un remaniement, la succession de Theresa May s’est traduite par une “nuit des longs couteaux” », formule ce quotidien. Comme le devine Le Figaro, « cette équipe de choc apparaît calibrée à l’aune de deux objectifs. Assumer un Brexit dur, faute de renégociation possible d’ici au 31 octobre, et gagner des élections anticipées qui risquent de s’imposer à court ou à moyen terme ».

Attention, prévient La Voix du Nord, « ne vous fiez pas à sa chevelure ébouriffée et à ses airs de Lenny dans Des souris et des hommes. Ni son allure gauche et voûtée, ni son verbe outrancier ne le conditionnaient à occuper le très respectable 10 Downing Street. Et pourtant, voilà Boris Johnson, “Bojo” le clown, désormais maître de la destinée de 64 millions d’habitants, prêt à larguer les amarres du port de l’Europe, quitte à brûler ses propres navires. La Grande-Bretagne en est là. Le pays de l’amiral Nelson a bloqué son gouvernail à droite toute », se désole ce quotidien du nord de la France.

Alors ? Alors, désabusé, le journal communiste L’Humanité donne ce matin dans le néologisme. « Avec l’excentrique et ultradroitier Johnson, la sortie de l’Europe s’annonce entre rocambolesque et carambolage : carambolesque », innove L’Huma.