« Un voyage délicat », estime Le Monde, car entre la crise à Hong Kong et « la politique asiatique de Paris », notamment « les ventes d’avions de chasse Rafale à l’Inde ou la présence régulière de navires militaires français en mer de Chine », « il faut au président rechercher un équilibre diplomatique compliqué », estime L’Union.

La bonne nouvelle, pour L’Opinion, c’est qu’Emmanuel Macron « part trouver l’un des plus fervents défenseurs de l’Union européenne, en la personne de Xi Jinping. La bienveillance chinoise est intéressée (il s’agit de contrebalancer la puissance américaine) mais constante et assumée », poursuit le quotidien.

Mais attention, rebondit L’Union, « Emmanuel Macron doit défendre avec fermeté les intérêts de la France sans sembler faire cavalier seul (au sein de l’Europe) ». Car Pékin est « une menace comme une opportunité », juge de son côté La Croix, et « face à cette superpuissance, les Européens n’ont d’autre choix que de serrer les rangs ».

Ce qu’a bien compris le président français, explique Le Monde, puisqu’il emmène avec lui « l’actuel commissaire européen à l’Agriculture et futur commissaire au commerce Phil Hogan, ainsi que la ministre allemande de la Recherche ». Xi Jinping devrait en tout cas se montrer aux petits soins avec Emmanuel Macron, avec qui « il partagera un dîner privé très chinois et très shanghaïen demain », conclut Le Monde.

Un dîner durant lequel il ne devrait pas être question des sujets intérieurs à la Chine, expliquent les journaux français.

Et ce, malgré « la promesse faite cet été par Emmanuel Macron d’avoir un sujet de discussion très franc et très sincère à propos de Hong Kong », rappelle Le Monde. Pas question non plus d’aborder le sujet des Ouïghours, « et pourtant », alerte Libération, « Macron aurait de très bonnes raisons de le faire sans courir le risque d’être accusé d’ingérence ».

Le quotidien publie ce lundi une longue enquête sur les pressions que les Ouïghours résidant en France estiment subir de la part des autorités chinoises. Ils se disent harcelés, notamment via la messagerie WeChat. Plusieurs d’entre eux décrivent aussi les appels les incitant à se rendre à l’ambassade chinoise pour des questions administratives. Mais quand ils demandent l’identité de leur interlocuteur, celui-ci raccroche.

D’autres reçoivent des lettres et des colis adressés par leur famille restée au Xinjiang. Or, expliquent-ils, beaucoup de leurs proches sont internés dans les camps de redressement ouverts par les autorités chinoises et ne peuvent donner de leurs nouvelles et encore moins envoyer « des amandes ou des vêtements » comme plusieurs témoins le rapportent à Libération.

Mais « la ligne de modération et de prudence » de la France à ce sujet est largement partagée, poursuit le journal. Même si la commission des droits de l’homme des Nations unies s’est alarmée du sort des Ouïghours la semaine passée, les dénégations de la Chine satisfont largement la communauté internationale et notamment les pays musulmans : Libération rappelle ainsi que l’Arabie saoudite s’est jointe cet été au Pakistan ou encore à l’Algérie « dans un soutien intéressé sinon complice à Pékin et à sa politique du carnet de chèques ».

Cela, c’est sans compter le valeureux Gaulois Astérix qui se rend en Chine avec Emmanuel Macron.

En effet, Guillaume Canet, qui va réaliser le prochain film sur le héros d’Uderzo et Goscinny et incarner le petit moustachu, fait partie de la délégation qui accompagne le président français, annonce Le Parisien. Et cela pour une bonne raison, ce nouveau long-métrage, dont le tournage doit avoir lieu l’an prochain, devrait se dérouler en Chine. « Le film s’intitulera d’ailleurs Astérix et Obélix : l’Empire du Milieu », explique le quotidien.

Scoop : les Gaulois n’iront pas délivrer des Ouïghours internés au Xinjiang. D’ailleurs, estime Le Monde, bien que « l’Elysée insiste sur la dimension culturelle de la visite du président, qui va notamment inaugurer une antenne du Centre Pompidou à Shanghai, les autorités chinoises semblent se désintéresser de cette initiative ». De là à dire que Guillaume Canet sirotera sa potion magique tout seul dans son coin, c’est un pas que l’on ne saurait franchir.

Le quotidien La Croix donne de son côté « la parole aux catholiques », face à « la crise dans l’Église ».

Au printemps dernier, le journal et le magazine Le Pèlerin avaient lancé une consultation intitulée Réparons l’Église. Quelque 5 000 réponses sont arrivées et La Croix publie une synthèse de 11 pages, en plusieurs parties, notamment sur la manière dont les fidèles catholiques vivent les scandales et critiques touchant l’Église, et sur ce qu’ils préconisent.

Beaucoup se disent éprouvés par la multiplication des affaires de pédophilie notamment et déplorent « une confiance blessée » et « un climat hostile », explique le journal. Les laïcs demandent à être « davantage écoutés et entendus par les représentants catholiques », tout en maintenant leur soutien à l’Église et en particulier aux prêtres en qui beaucoup continuent de faire confiance.

Les contributeurs étaient également appelés à faire des propositions : La Croix en liste une dizaine, parmi lesquelles la demande d’une « remise en question profonde » de l’Église, appelée à être « moins moralisatrice » et « plus proche des pauvres ». Beaucoup défendent aussi la fin du célibat des prêtres, une meilleure formation des religieux mais aussi le fait de reconsidérer la place des femmes dans la hiérarchie ecclésiale. « Cette forme de misogynie est devenue insupportable », juge ainsi un contributeur, alors qu’un autre estime que « ne pas évoluer sur ce point, c’est déjà se placer en position de non-dialogue ».

Green New Deal et ingénieurs pour la décroissance, voilà de quoi parlent aussi les journaux ce matin.

Avec tout d’abord une longue interview dans Libération de la journaliste et essayiste Naomi Klein. Elle publie un nouveau livre intitulé On fire, où elle défend la Nouvelle Donne verte, défendue aux États-Unis par l’élue démocrate Alexandria Ocasio Cortez. L’idée est de lancer un vaste plan d’investissement dans les énergies renouvelables, à l’image de la stratégie de relance de Roosevelt dans les années 1930.

Naomi Klein partage avec Libération ses angoisses, elle se dit souvent « bouleversée et anéantie » par le phénomène conjugué de crise climatique et de montée de l’extrême droite. Des mouvements qui s’auto-alimentent selon elle et face auxquels il faut « mener des combats pour des politiques réellement transformatives ». Et pas question de « se vautrer dans le désespoir », explique Naomi Klein, qui se dit d’ailleurs « ragaillardie par l’activisme de la nouvelle génération ».

Une nouvelle génération justement illustrée dans Le Monde.

Le journal a suivi de jeunes ingénieurs français partis apprendre à penser le monde autrement dans le centre de recherche et d’expérimentation Cargonomia à Budapest en Hongrie. Pierre, Paul-Henri et Corentin illustrent un nouveau mouvement dans les écoles d’ingénieurs, les partisans de « la sobriété et de la décroissance » à l’opposé « de la soumission au progrès technique » qui leur est enseigné.

« Le phénomène reste minoritaire », note Le Monde, mais il concerne une « fraction grandissante de jeunes diplômés ». « Un saut de paradigme », selon le cofondateur de Cargonomia, qui voit affluer les candidatures pour apprendre notamment l’agro-écologie. Mais les questionnements sont importants, avec bien sûr celui concernant toute logique de changement : « Être ou ne pas être dans le système » et plus précisément pour ces ingénieurs « dans ou en dehors des grandes entreprises ? »