Qui va l’emporter au Venezuela ? Le président du Parlement Juan Guaido va-t-il s’emparer du pouvoir ? Le président Nicolas Maduro va-t-il le conserver ?

Dans un entretien au Figaro ce matin, Juan Guaido affiche sa détermination à renverser la « dictature » de Nicolas Maduro et demande des élections libres.

« Nous sommes dans une situation inédite, dénonce Juan Guaido, qui a conduit 13 % de la population, 3,3 millions de Vénézuéliens, à quitter le pays. Le PIB a chuté de 53 % en cinq ans, ce qui correspond à une situation de guerre. Nous subissons une hyperinflation de 1 million de pourcents. C’est une tragédie qui provoque la mort d’enfants par dénutrition, des salaires de 2 à 3 dollars par mois ne suffisant pas à nourrir une famille. C’est contre cela que nous luttons. (…) La solution politique, poursuit Juan Guaido, passe par la fin de l'usurpation du pouvoir, un gouvernement de transition et des élections réellement libre. La seule question est : comment mettre en mouvement ce processus. (…) Nous n’allons pas nous prêter à une nouvelle farce électorale, comme celle qui a eu lieu en 2018. »

Nouvelle guerre froide

Et Le Figaro de constater que cette partie de bras-de-fer dépasse les frontières du Venezuela… « La crise a projeté notre monde un peu plus dans la nouvelle guerre froide, affirme le journal. Celle-ci n’oppose plus les démocraties occidentales aux régimes communistes. Il s’agit d’une fracture entre le modèle libéral et les régimes autoritaires, dirigés par des 'hommes forts'. Nicolas Maduro, l’héritier du père de la 'révolution bolivarienne', Hugo Chavez, a rallié derrière lui la Russie, la Chine, Cuba, l’Iran, la Turquie, la Syrie. Chefs de file de ce 'club', Pékin et Moscou partagent intérêts idéologiques et géostratégiques : exporter leur modèle de gouvernance autoritaire et piller les ressources naturelles du pays. Après leur déroute en Syrie, les Occidentaux affichent leur volonté de sursaut. Il était temps !, s’exclame Le Figaro. Un retournement spectaculaire s’est produit. Sa détestation du communisme a poussé Donald Trump à surmonter son penchant pour les autocrates. Se muant en porte-drapeau du 'monde libre', il a été le premier à afficher son soutien à Guaido. Les grandes démocraties lui ont emboîté le pas, dénonçant l’élection illégitime de Maduro et réclamant des élections libres et transparentes. Parlant d’une seule voix, l’Union européenne a lancé un ultimatum à Maduro pour la convocation d’un nouveau scrutin. La fermeté commence à porter. »

Une dictature !

Interrogé par Libération, l’ex-ambassadeur chilien au Venezuela, Pedro Felipe Ramirez, estime que « le régime de Maduro n’a plus rien à voir avec le chavisme. C’est une dictature, dit-il, menée par un groupe de personnes qui ont pris le contrôle de l’Etat pour leur bénéfice personnel et ont ruiné le pays, l’ont plongé dans la faim et provoqué un exode historique à l’échelle du continent. Il ne s’agit pas seulement de la situation économique catastrophique, ou des atteintes répétées aux droits de l’homme. L’état du peuple, notamment les pauvres, qui soutenaient largement le chavisme, est dramatique. Ce gouvernement n’a plus rien de gauche. Son seul programme est de tout faire pour se maintenir au pouvoir, y compris par des actes relevant de la criminalité. »

Une ingérence !

A contrario, les alliés du régime de Maduro s’enflamment, constate Le Parisien. « Que diriez-vous si la Russie demandait de discuter au Conseil de sécurité de la situation en France ? Et des Gilets jaunes qui sont descendus dans les rues par milliers encore ce week-end ? », a lancé l’ambassadeur russe à l’ONU Vassily Nebenzia. Le représentant de Poutine à New York répondait, samedi, à une remarque de son homologue allemand qui pointait une « menace potentielle à la paix' au Venezuela. »

Et puis en France, relève encore Le Parisien, ce « parallèle audacieux » trouvé par Jean-Luc Mélenchon : « 'je trouve extraordinaire, a déclaré le leader des Insoumis, que le président français, qui ne veut pas dissoudre dans son pays alors qu’il y a une manifestation toutes les semaines et qu’il a déjà mutilé treize personnes, veuille une dissolution chez son voisin vénézuélien'. »

Jaune, rouges et verts…

A la Une également, encore beaucoup de manifestations en France ce week-end…

« Quand un pays libre ne marche pas bien, il défile, soupire La Presse de la Manche. Nous avions donc les rendez-vous des Gilets jaunes, rejoints hier par les Foulards rouges (…). Pendant ce temps, d’autres manifestants ont défilé pour rappeler tout le monde à la raison, à savoir le réchauffement climatique qui place désormais l’humanité en situation d’urgence. Dans ce tohu-bohu, on ne regrettera toutefois pas le droit légitime à manifester. C’est une liberté précieuse, pointe le quotidien normand. On pourrait simplement considérer que lorsqu’on a dit ce qu’on avait à dire, il n’est pas nécessaire de bégayer à l’infini. Trop se rassembler divise. »

« Que retenir de ce week-end 'acte XI' ?, s’interroge La Charente Libre. Que ceux qui pensaient que le mouvement s’éteindrait de lui-même en sont pour leur frais. (…) Deuxième évidence : le 'grand soir' promis par certains en décembre est remis à plus tard. (…) Le mouvement lui-même a toutes les difficultés à rouler dans le même sens. Il se perd lamentablement dans ses querelles de petits chefs, nous laissant à tous l’image d’une société qui a un peu perdu la boussole. »

Macron prêt à évoquer les droits de l’Homme en Egypte

Emmanuel Macron est en visite en Egypte ce lundi…

« Après avoir minoré la question des droits humains, le président français entendrait désormais l’évoquer publiquement », constate Mediapart. « Ce qu’il faut comprendre, poursuit le site d’information, c’est que l’Élysée semble avoir décidé qu’il n’était plus possible de passer sous silence les violations massives des libertés publiques et des droits humains en Égypte depuis le coup d’État militaire de 2013. Les conseillers de Macron ont annoncé qu’il mentionnerait le sujet publiquement lors de son séjour au Caire, ce qu’il n’avait pas fait lors de ses précédentes rencontres avec le maréchal al-Sissi. »

Et Mediapart de s’interroger : « ce changement de braquet est-il sincère, ou bien destiné à désamorcer les critiques de la relation de Paris avec un régime de plus en plus répressif ? »

Il faut sauver L’Huma !

Enfin, L’Humanité en difficulté financière…

Le quotidien communiste a été placé sous protection du tribunal de commerce la semaine dernière. Celui-ci statuera sur l’avenir de l’entreprise lors d’une audience mercredi.

« Nous plaidons, affirme le journal, la continuité de l’exploitation de l’Humanité. Il ne s’agit pas d’un enjeu comptable. C’est une question politique de premier ordre qui interroge une société soucieuse de l’expression du pluralisme des idées, de la démocratie. Au moment où tant de débats et d’inquiétudes s’expriment sur les 'fabriques' de 'fausses nouvelles', laisser mourir L’Humanité reviendrait à affaiblir la presse de qualité et à assécher encore plus le débat contradictoire. Une des composantes historiques de la presse française ne saurait disparaître. »