Le chaos, c'est le mot choisi par Libération pour sa Une, avec la photo d'un cargo calciné, devant des bâtiments soufflés par la double explosion de mardi. Explosion « qui a ravagé la moitié de la capitale libanaise, faisant des milliers de victimes » nous dit le journal qui fait part de sa désolation et de son pessimisme. « Rien n’aura été épargné au Liban, rien. Ni la guerre civile, ni les voisins voraces, ni l’afflux de réfugiés des pays environnants, ni les attentats, ni le personnel politique corrompu, ni la crise économique. Evidemment, à un certain moment », poursuit Libération, « un désastre entraîne l’autre, et il y a fort à parier que la nouvelle tragédie qui l’accable depuis mardi soit la conséquence de l’incurie politique et/ou économique du pays. Le Liban était déjà à genoux, le voilà à terre, étalé de tout son long, durablement. »

Comment aider le Liban ? s'interroge de son côté, La Croix. Il y a bien sûr l'aide humanitaire d'urgence, « la France a envoyé trois avions », la Russie cinq. Mais il y aura aussi la reconstruction. « Pour les habitants, explique le journal, les images récentes de leur ville meurtrie rappellent de bien mauvais souvenirs, liés aux paysages de la guerre civile (1975-1990) mais aussi à la phase de reconstruction qui avait suivi : un traumatisme encore présent pour nombre d’entre eux. Tous les habitants, propriétaires et locataires, avaient alors été expropriés par une société privée ». Mais cette fois-ci, estime La Croix, «Maintenir la population dans les lieux sera un enjeu fondamental de la reconstruction à venir». Selon le gouverneur de Beyrouth, Marwan Abboud, « jusqu'à 300 000 personnes sont sans domicile après les explosions ».

Et parmi ces sans-domiciles, des Français et des franco-libanais. 

Le Figaro est allé à leur rencontre et nous dit que « le drame survenu mardi enlève les derniers espoirs de vie au Liban pour de nombreux expatriés. »  Un drame qui a conforté dans son choix Rima, « une franco-libanaise installée à Beyrouth à la rentrée dernière avec son mari et leurs filles, après plusieurs années en France ». « Tensions politiques, difficultés économiques et perspectives sombres ont déjà eu raison de sa vie au Liban : le couple avait engagé des démarches pour repartir vers la France », raconte Le Figaro. « Elle, qui voulait mieux connaître le pays d'où vient son père, aura tout vu en un an : la révolution, les soubresauts de la crise financière dont l'hyperinflation, la crise économique, le Covid et maintenant l'explosion, qui la désole un peu plus encore. ». « On a tous peur de ce qui va se passer » explique Rima. « Toutefois, nous ne nous plaignons pas, nous pourrons reprendre notre vie en France, mais je m'inquiète vraiment pour les Libanais, et notamment les couches populaires » 

Car le Liban est un pays particulièrement «inégalitaire», souligne L'Opinion.

Selon ce journal, « 0,1 % de la population libanaise possède autant que les 50 % les plus pauvres ». Et là encore, l'espoir n'est pas de mise. Selon l'Opinion, « les citoyens eux-mêmes, qui se sont pourtant mobilisés à plusieurs reprises ces dernières années, ne sont pas parvenus à bousculer un système politique qui les enfonce chaque jour un peu plus». « D'où, au delà du drame actuel, le sentiment amer de l'échec d'un pays bien-aimé », conclut L'Opinion.

Un échec analysé par le quotidien économique Les Échos. « Comment l'État libanais s'est décomposé depuis des décennies », titre le journal, qui parle d'un  « État défaillant sur tous les fronts » . Faillite financière, avec l'effondrement de 80 % de sa monnaie en un an et son défaut de paiement, le premier de son histoire, en mars. Malgré les milliards de dollars insufflés par les Etats occidentaux au nom de la stabilité régionale depuis des années. « Mais aussi faillite des institutions, paralysées », ajoutent Les Échos, qui rappellent : «Les dernières législatives ont été organisées avec cinq ans de retard et le président Michel Aoun a été élu en 2016 au 46e tour au Parlement, après deux ans de carence du poste».