« L’Oise sera-t-elle la nouvelle Codogno ?, s’interroge Le Parisien. Annoncées mardi, les deux contaminations de coronavirus en Picardie, dont une mortelle, ressemblent bien au départ de l’épidémie dans cette petite ville à 50 km de Milan. Et relance la question que l’on redoutait : peut-on imaginer en France un scénario à l’italienne avec une flambée de cas dans le pays ? "Nous risquons d’être confrontés au même type de situation", souffle la professeure Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l’hôpital parisien Saint-Louis. Qu’il s’agisse de l’homme de 55 ans en réanimation à Amiens [Somme] ou du professeur de technologie sexagénaire décédé dans la nuit de mardi à mercredi à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, l’origine de leur contamination reste une énigme, pointe Le Parisien. Ni l’un ni l’autre n’auraient voyagé en Chine ou en Italie dernièrement. Mais qui leur a donc transmis le coronavirus ? C’est cette même inconnue qui est à l’origine de la propagation du Covid-19 en Italie. Faute d’information, impossible d’isoler la source et d’empêcher qu’elle ne répande l’infection. "Il faut agir très vite pour remonter au patient zéro. C’est une enquête complexe", prévient Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur. Autre peur, relève encore Le Parisien : que le virus se déploie à l’hôpital, là où les patients sont les plus fragiles et à même de développer des formes graves. En Italie, des malades infectés sans le savoir, se sont présentés à l’hôpital et n’ont pas été immédiatement diagnostiqués, car ils n’avaient pas été en lien avec la Chine. Ils ont ainsi contaminé soignants et patients. Voilà comment le coronavirus a si vite circulé. »

Le virus de la peur…

Deux écueils à éviter : d’abord ne pas succomber à la psychose. Car « l’ennemi est invisible, souligne Sud-Ouest, il se joue des frontières, peut se terrer en chacun d’entre nous. Et ce virus-là peut en semer un autre, peut-être plus terrible encore, celui de la peur. Peur de l’inconnu (d’où vient-il ?), peur de l’incertitude (combien de temps cela va-t-il va durer ?), peur de l’autre aussi (celui-là ne va-t-il pas me contaminer ?). Reste pour les gouvernements démocratiques, en France comme ailleurs, poursuit Sud-Ouest, à trouver le juste milieu entre la prudence et la psychose, entre le principe de précaution et le refus de la panique. Il lui faut éviter autant que possible les incohérences et les contradictions, comme celle qui consiste à confiner une famille revenant de Venise, mais à laisser entrer des cars entiers de supporteurs italiens. Comme si le football était plus important que l’école… On se gardera pourtant de jeter trop rapidement la pierre à des ministres, mais aussi à des maires ou des élus, confrontés à l’une des situations les plus insaisissables et les plus délicates qui soient. Les amateurs de polémiques n’ont, jusqu’à présent, pas réussi leur coup, et les Français – même s’ils se précipitent sur les masques – font pour le moment preuve de sang-froid. Pourvu que ça dure, conclut Sud-Ouest, car le coronavirus, lui, semble parti pour durer. »

Attention aux rumeurs !

Autre écueil à éviter : le piège des rumeurs. « Depuis l’irruption du mal en Chine, pointe Libération, les réseaux ont véhiculé un nombre colossal de fake news : des malades imaginaires, des faux médicaments, des fausses prescriptions, des fausses origines pour le virus, des propositions extrêmes et désavouées par la communauté médicale, etc. Paranoïa, complotisme, hypothèses farfelues, les maux habituels de la rumeur numérique sont démultipliés par l’angoisse, même si celle-ci est compréhensible. Panique habituelle des opinions publiques face à un fléau inattendu ? Pas seulement. Le phénomène est politique, estime Libération. C’est la défiance endémique envers les autorités démocratiques qui sévit, sur fond de rejet des élites, de suspicion sur le savoir, de discrédit des responsables politiques. »

Mais, s’exclame Libération, « pourquoi douter par principe de la bonne foi des autorités, qui n’ont aucun intérêt à tromper le public ou à minimiser les dangers, d’autant qu’elles s’appuient sur les avis de la communauté scientifique ? En fait, ce ne sont pas les démocraties qu’il faut soupçonner : elles vivent sous l’œil inquisiteur des médias et du public qui peut s’exprimer librement. C’est une dictature comme la Chine qu’il faut mettre en cause, où le mensonge d’État a fait florès, retardant la nécessaire prise de conscience. C’est une leçon longuement éprouvée que le poujadisme planétaire tend à nier : les sociétés ouvertes sont plus sûres que les régimes autoritaires. »

Faux espoir ?

Info ou intox ? On parle d’un remède miracle contre le coronavirus : la chloroquine. « À l’entendre, venir à bout du coronavirus serait un jeu d’enfant, s’exclame Le Figaro. Dans une vidéo diffusée mardi sur YouTube, le Pr Didier Raoult, le directeur de l’Institut de recherche Méditerranée infection (à Marseille), a affirmé que la chloroquine, un ancien antipaludéen désormais plutôt utilisé contre certaines maladies auto-immunes, serait efficace contre le coronavirus. D’après lui, cette molécule pourrait même renvoyer la maladie au rang d’"infection respiratoire la plus facile à traiter de toutes". Ces affirmations s’appuient sur deux annonces chinoises encore très préliminaires, précise Le Figaro. La première est une étude diffusée par la revue Cell Research. Elle indique que la chloroquine est efficace pour combattre le virus in vitro, sur des échantillons en laboratoire. Quant à la deuxième, il s’agit d’une simple note affirmant qu’un essai clinique mené sur une centaine de patients en Chine a donné des résultats satisfaisants, sans donner plus de détails. »

Des preuves !

Prudence donc, affirment d’autres experts français. Parmi eux, le professeur Xavier Lescure, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Bichat, cité cette fois par Libération. Pour lui, « l’article des scientifiques chinois ne livre aucune donnée susceptible d’établir l’efficacité de la chloroquine : "un médecin doit être comme saint Thomas, insiste-t-il. Il doit s’appuyer sur des faits et là, je n’en vois pas la couleur. J’attends des preuves". »

Alors, que la raison prévale, concluent Les Dernières Nouvelles d’Alsace : « la riposte repose moins sur le blocage des routes (ou des frontières) que sur la véracité de l’information et la sagacité des interprétations. […] Vérifier chaque symptôme suspect, prévoir des lits d’hôpital en quantité suffisante et ne pas oublier les probabilités de guérison sont les meilleurs atouts, estime le quotidien alsacien, pour réagir de façon proportionnée et rationnelle à l’épidémie qui nous nargue. »