Un débat « légitime », affirme Libération. « En résonance avec les manifestations qui ont embrasé les États-Unis, les défilés organisés avant-hier mardi par le collectif Adama, pourtant interdits, ont rassemblé dans un calme quasi général des milliers de personnes à Paris, Marseille ou Lyon. Une convergence inédite et prometteuse entre plusieurs générations luttant contre le racisme et les violences policières », estime le journal.

Pour Libération, ce qui se passe aux États-Unis n'a rien de comparable avec ce qui se passe en France. Mais le fait est là, estime le journal. Il y a du racisme au sein de la police française : « Tous ceux qui suivent les affaires policières, y compris au sein de l’institution, parfois au plus haut niveau, s’en alarment : il y a sur ce point un malaise au sein des forces de l’ordre du pays. La violence létale est rare, fort heureusement. Mais la violence symbolique, ou quotidienne, pose problème. Un seul exemple, pointe Libération : d’après une enquête du Défenseur des droits réalisée en 2016 auprès de quelque 5.000 personnes, '80 % des personnes correspondant au profil de 'jeune homme perçu comme noir ou arabe' déclarent avoir été contrôlées dans les cinq dernières années [contre 16 % pour le reste des enquêtés]'. Vous êtes non-blanc ? Suspect… À cela s’ajoutent les discriminations au logement ou à l’embauche, largement documentées. Autrement dit, conclut Libération, et sans pratiquer de comparaison transatlantique sommaire, la protestation d’hier est parfaitement légitime. »

« Le virus de la haine redicalisée » ?

Non !, rétorque Le Figaro. Ces rassemblements avaient pour but « d'inoculer le virus de la haine 'racialisée' dans notre pays, y instituer un face-à-face identitaire. À la manœuvre, avec la complicité de Jean-Luc Mélenchon et de ses amis, on retrouve, pointe le quotidien de droite, les militants de l’agit-prop, les activistes de toutes les causes victimaires, les Indigènes autoproclamés de la République… Leur jeu n’est pas nouveau, mais il est de plus en plus dangereux pour l’unité de la nation. (…) Et il est regrettable, conclut Le Figaro, que certains ministres, sous prétexte d’appeler à l’apaisement, aient semblé justifier la tenue de cette démonstration antiflics. Leur réponse n’est pas à la hauteur du piège identitaire qui menace aujourd’hui la France. »

« La police en France n'est pas raciste », affirme pour sa part au Parisien, Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale. Une phrase reprise en première page du journal. « La police est un exutoire facile, dit-il. Elle symbolise la répression. Mais plus globalement, tout ce qui représente aujourd’hui l’ordre ou l’institution est contesté. (…) La police aujourd’hui, elle est black-blanc-beur, poursuit le patron de la police nationale. Quand des dérapages se produisent, le racisme doit être combattu avec la plus grande énergie. Les citoyens ont la capacité d’aller sur la plate-forme IGPN et de faire état de faits dont ils auraient été victimes. Il n’y a qu’une trentaine de faits concernant le racisme sur les 1 500 enquêtes judiciaires traitées par l’IGPN en 2019. Il faut être intransigeant sur nos valeurs, sur nos formations. »

Coronavirus : le débat sur l’hydroxychloroquine relancé

À la Une également, un autre débat, celui sur l'efficacité ou non de l'hydroxychloroquine dans la lutte contre le coronavirus... « L’étude de la revue scientifique The Lancet sur l’hydroxychloroquine serait-elle en train de perdre sa crédibilité ?, s'interroge Libération. Mardi soir, la célèbre revue médicale britannique a elle-même exprimé des doutes vis-à-vis de l’article publié dans ses propres pages le 22 mai dernier. Cette prise de distance a été formellement actée par le biais d’une petite note dans laquelle The Lancet alerte ses lecteurs 'sur le fait que de sérieuses questions scientifiques ont été portées à son attention'. »

Conséquence, le professeur Raoult, ardent défenseur du traitement à l'hydroxychloroquine, voit son blason redoré... « Raoult vainqueur par KO », s'exclame La Charente Libre. « Sa principale victoire n’est même pas celle face à l’étude mondiale publiée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, aujourd’hui décrédibilisée. Sa principale victoire est de n’avoir jamais dévié, entouré d’un collectif solide à Marseille, quand tout autour de lui vacillait, changeait de direction ou d’avis, chacun dans son coin. Jusqu’à l’OMS qui a annoncé hier la reprise des essais sur l’hydroxychloroquine. »

Du coup, dans ce débat sur ce fameux médicament, « un second tour – scientifique – est désormais indispensable. » C'est ce qu'affirme, dans Le Monde, un collectif de médecins. « Le moment est désormais venu d’une analyse pragmatique et transparente de la situation qui seule nous préservera de nouvelles dérives. Jamais nous n’avons dit, déclare ce collectif, que l’hydroxychloroquine n’était pas efficace. Nous avons affirmé qu’il n’y avait pas la preuve de son efficacité, ce qui est fondamentalement différent. (…) Maintenant, la crise passée, qu’un second tour scientifique nous permette de rappeler combien il est capital que la médecine moderne demeure une médecine fondée sur les preuves, et que les preuves naissent d’une recherche clinique de qualité. Il faut que cette recherche clinique soit un objectif partagé dont rien, ni la crise ni l’urgence, ne doit nous écarter. »