La CIASE, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, rend son rapport ce mardi. Un rapport de 2 500 pages, fruit de trois ans de travail. Cette commission a été financée par l’épiscopat et les congrégations et instituts religieux. Elle a contacté près de 3 500 victimes et a mené 250 auditions longues, tenu des réunions publiques à travers la France, mais aussi dirigé une enquête en population générale pour mesurer les violences sexuelles dans toutes les institutions publiques et privées.

« Abus dans l’Église : un travail de vérité », s’exclame La Croix en première page. La Croix qui annonce en avant-première un chiffre incroyable : 10 % des Français déclarent avoir subi des violences sexuelles alors qu’ils étaient mineurs.

Le Parisien avance d’autres chiffres : « Au moins 150 000 enfants ou adolescents auraient été abusés (au sein de l’Église). Et il y a eu "entre 2 900 et 3 200 pédocriminels", hommes – prêtres ou religieux – au sein de l’Église catholique en France depuis 1950. "Il s’agit d’une estimation minimale", prévient Jean-Marc Sauvé, le président de la CIASE, et aussi ex-vice-président du Conseil d’État ».

Pas d’autres chiffres, pour l’instant. Le rapport est dévoilé ce mardi matin. Mais, prévient Le Figaro : « Déflagration en vue pour l’Église catholique de France et au-delà ». Les conclusions de cette enquête sont « accablantes ».
Séisme !
Libération, pour sa part, parle de « séisme » : « Si les évêques de France avaient un tant soit peu de respect pour l’autre, au sens de l’individu tel qu’il participe de la société, ils démissionneraient, s’exclame le journal. La hiérarchie de l’Église a non seulement fait preuve d’une lâcheté insigne tout au long des dernières décennies, en étouffant toutes les tentatives de faire éclore la vérité par crainte de perdre un quelconque prestige, voire une once de pouvoir et de prébende, elle s’est aussi comportée de façon criminelle en laissant se perpétrer des actes condamnés par la loi des hommes, des actes qui ont brisé des dizaines, voire des centaines de milliers de vies ».

Alors, poursuit Libération, « la réaction des évêques de France va donc être révélatrice de l’état d’esprit du sommet de l’Église. L’omerta va-t-elle se poursuivre ou le principe de lucidité et de dignité va-t-il pousser l’Église à reconnaître enfin sa responsabilité – collective – dans cette tragédie ? Une chose est certaine : il est plus que temps, estime Libé, de mettre fin à l’obligation de célibat des prêtres qui engendre frustration et culpabilisation, autant de sentiments aptes à rendre fous. En ce début de XXIe siècle, ce n’est pas en misant sur le mensonge que l’Église va garder ses fidèles, c’est au contraire en explosant carcans et interdits d’un autre âge ».
« Qu’elle tremble ! »
Commentaire à lire dans Le Parisien de Véronique Margron, sœur dominicaine, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France : « Si l’Église doit trembler, et bien soit, qu’elle tremble, s’exclame-t-elle, et si des pans de l’Église devaient disparaître, c’est qu’ils devaient s’effondrer ! Il ne s’agit pas de pendre haut et court les agresseurs, mais ils doivent être mis devant leurs responsabilités, rendre des comptes. Des petits, des humbles, des innocents ont été piétinés au sein de l’Église, parfois avec le concours de l’institution, et on ne changerait rien ? Seule la confrontation avec la réalité est salutaire, c’est bien ce que nous enseigne le message du Christ ».
Mea culpa
Oui, l’Église devra réagir, renchérissent Les Dernières Nouvelles d’Alsace : « Ces enfances brisées, ces vies mutilées ne peuvent plus être réparées, mais elles ont le droit à la reconnaissance, jusqu’à résipiscence. L’Église de France doit immédiatement admettre ce naufrage collectif, qui est aussi celui d’une communauté. Un mea culpa nécessaire, mais qui ne sera pas, qui ne sera jamais suffisant s’il ne s’accompagne pas de mesures concrètes pour lutter contre ce fléau. Avant d’être ceux de Dieu, prêtres et religieux sont des hommes soumis aux lois de leurs pays et à la morale de leur époque. L’impunité n’est plus de ce temps ».

Alors l’Église catholique va-t-elle faire son mea culpa ? Oui, assure l’archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, Mgr Eric de Moulins-Beaufort. Il est à la Une de L’Union : « Il est temps que l’Église ouvre les yeux », affirme-t-il. « Il faut que les victimes sentent que nous avons enfin compris ».