Face au pouvoir fraîchement ressuscité des talibans, face au spectre de la charia brandi par leur porte-parole, déjà « les mouvements de résistance se sont multipliés », nous dit Le Parisien. Et les premiers visages qui émergent, ce sont des visages de femmes. Oui, les femmes sont « en tête des protestations », confirme Le Monde. Le journal nous présente d'ailleurs l’une d’entre elles, Crystal Bayat, 25 ans, qui est sortie manifester jeudi, jour de l’indépendance nationale. « Un drapeau afghan sur les épaules, au premier rang elle donnait le la », explique Le Monde, jusqu’à ce que les talibans commencent à tirer à vue et ne dispersent les quelques 200 personnes qui avaient suivi la jeune femme et ses amis.
Des manifestations réprimées à Kaboul et en province
En effet, des manifestations ont déjà été réprimées cette semaine « avec une violence meurtrière assumée » de la part des talibans, mais des manifestations tenues « souvent à l’initiative des femmes », souligne Le Monde. Le sort des femmes, justement, c’est ce qui a « valeur de test » quant à la réelle nature de ce régime qui prétend avoir changé, observe Le Parisien. Or, ce régime taliban a aujourd’hui affaire à « une nouvelle génération, décidée à empêcher tout retour en arrière », avec Internet et Facebook comme « de précieux relais ». Alors que « la chasse aux opposants est lancée », le quotidien donne la parole à cette nouvelle génération, notamment à celles engagées en politique, à l’image de Zarifa Ghafari, 29 ans, l’une des premières maires afghanes élue à la tête de Maidan Shar, une ville de 50 000 habitants. « Je sais que les talibans vont me tuer », assure-t-elle.

Les choses d’ailleurs ont déjà mal tournée pour Salima Mazari, gouverneure du district de Charkint. « À moins de 40 ans, elle avait levé une milice de 600 hommes. Elle aurait été arrêtée », rapporte Le Parisien. Ses colonnes relaient également les anecdotes déjà nombreuses : « Une jeune fille raconte à sa sœur avoir été réprimandée pour ne pas s’être couvert le visage dans la rue. Une femme dit à une amie avoir été frappée au bureau parce que trop court vêtue ». Pour elles, pour toutes ces femmes, « la vie d’avant n’est plus qu’un souvenir », conclut Le Parisien, « l’opération de com’ des talibans n’aura tenu que quelques jours. Les masques sont déjà tombés ».
Une résistance armée fantomatique
Pourtant, si cette nouvelle génération de femme entend résister, la résistance armée aux talibans, elle en revanche, n’est plus ce qu’elle était. Quand Libération nous présente le réseau Haqqani – cette « dynastie de la terreur » qui a commandité « les attentats les plus spectaculaires et meurtriers » des quinze dernières années, et qui vient de faire son retour à Kaboul –, le journal nous emmène aussi dans la vallée du Panshir. Pour rencontrer « une résistance fantôme », qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était. Cette vallée est pourtant « un mythe » explique Libé. Région montagneuse à seulement 75 kilomètres de Kaboul, c'était le fief du célèbre commandant Massoud, assassiné juste avant les attentats du 11 septembre.

Le Monde nous y emmène également sur ses traces, car c’est son fils, Ahmad Massoud qui mène aujourd’hui la résistance, aux côtés de l’ex vice-président afghan Amrullah Saleh. Pourtant, tout manque sur place, les moyens, les armes... Même l'envie de se battre, comme en témoigne un étudiant venu de Kaboul pour grossir les rangs de cette résistance et finalement reparti presque aussitôt, car déçu à son arrivée sur place. Et puis contrairement à l’ère du commandant Massoud, les « reclus du Panshir ne bénéficient cette fois-ci d’aucun soutien à l’étranger ». En somme, « les héritiers de Massoud ne peuvent plus espérer faire le poids face au nouveau régime », estime Le Monde.
La question de l’accueil des afghans
Pour des milliers de personnes, ne reste donc que la fuite. Or, la question de l’accueil de ces afghans se retrouve toujours dans la presse ce samedi. Sur le sort des réfugiés, « la France tente de s’organiser » titre Le Figaro. 569 personnes sont « déjà arrivées sur le sol national » et « les évacuations se poursuivent », nous dit le journal, mais il s’attaque à ce qu’il juge être « une polémique biaisée » autour des propos tenus par le président en début de semaine. Rappelant ainsi son orientation politique, Le Figaro estime que la gauche « n’a pas le monopole du cœur » pour reprendre une formule célèbre, et Emmanuel macron n’aurait pas forcément eu tort de « vouloir protéger la France des flux migratoires clandestins ». La France fait beaucoup mieux que son voisin allemand, par exemple, souligne Le Figaro, qui préfère voir « l’incapacité de l’Union européenne à s’entendre » sur ce dossier.

Mais La Croix arbore pour sa part ses origines chrétiennes ce matin. Le journal catholique rappelle que l’hospitalité est « non seulement une très ancienne tradition monastique mais aussi l’une des plus fortes valeurs de notre société ». Elle est surtout, lit-on, « la marque de notre humanité ».