Question posée à la Une de La Dépêche du Midi. « L’affaire des violences qui ont opposé à Dijon des centaines de Tchétchènes venus de toute la France "venger" un jeune de leur communauté qui aurait été agressé par des dealers du quartier sensible des Grésiles, cette affaire a pris une tournure éminemment politique hier mais révèle surtout une réalité : il suffit parfois d’une étincelle pour que se déchaîne la violence dans des quartiers à fleur de peau qui apparaissent de plus en plus comme des territoires perdus de la République… et peut-être aussi à cause de la République, pointe La Dépêche. Car les pouvoirs publics – quel que soit le gouvernement en place – les ont trop souvent délaissés depuis plus de 40 ans… Et pourtant, dans les 1 500 quartiers prioritaires en France, vivent 4,8 millions de Français, soit 7% de la population… »

« Au cœur de la France : guerres de rue », s'exclame Le Parisien. Et les policiers ne sont pas surpris, pointe le journal : « Ils savent que ces cités sont souvent régies par un accord tacite entre les délinquants locaux, dont les trafics font vivre de nombreuses familles, et des forces de l'ordre qui s'accommodent de cette situation au nom de la paix "sociale". C'est de cet équilibre fragile que naissent les fameuses "zones de non-droit" dont nos gouvernants démentent l'existence à chaque poussée de violence. (…) Le gouvernement va devoir aussi s'employer sur ce front là, conclut Le Parisien, s'il ne veut pas offrir des munitions à l'extrême-droite. »

Une véritable contre-société

Le Figaro dénonce pour sa part la faiblesse chronique de l'État : « Depuis des décennies, des centaines de quartiers en France connaissent la triple peine : immigration incontrôlée, désintégration de l’école, insécurité galopante. La loi commune, l’ordre public, la civilité élémentaire ont disparu. Au code civil ont succédé les règles du trafic, les normes communautaires, les pratiques des bandes : une loi sommaire, bête et méchante. Une véritable contre-société en rupture culturelle profonde. Depuis des années, discrètement mais sûrement, l’autorité de l’État s’arrête à l’entrée de ces territoires perdus, déplore encore Le Figaro. Là-bas, ce n’est pas la guerre, non, mais ce n’est plus la paix. La consigne, pour les forces de l’ordre, est d’y agir avec "discernement". En d’autres termes, c’est à la police, que les pouvoirs publics demandent de se tenir tranquille. »

« Le corps médical en a soupé... »

À la Une également, « le blues des blouses blanches » : c'est le grand titre du Courrier Picard.

Piqûre de rappel ! « Il faut garder en mémoire cette détresse, s'exclame le quotidien amiénois, qui avait saisi le pays à l’approche d’une épidémie menaçant de mettre à bas notre système sanitaire. Il faut se rappeler ces visions d’infirmières habillées en sac-poubelle, faute de blouses – ode à l’inventivité tricolore, certes, mais reflet pathétique du dénuement de nos hôpitaux. Il faut aussi se souvenir des engagements présidentiels et sa promesse de "plan massif" en faveur de l’hôpital public. Ce dernier point devait trouver des réponses dans le "Ségur de la Santé" engagé depuis le 25 mai et devant se conclure à la mi-juillet. Pour l’instant, la concertation se poursuit dans une grande opacité, pointe Le Courrier Picard, en l’absence de certaines catégories, avec un syndicat qui a déjà claqué la porte (Sud Santé) et une réunion de mi-parcours, qui devait se tenir hier, ajournée. »

« Le personnel soignant regarde l’État attribuer des dizaines de millions à toute une foule d’industries sans en voir la couleur, s'agacent Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Il y a bien eu quelques primes distribuées, mais rien qui ne soit à la hauteur de l’enjeu. On pourra toujours argumenter que le Ségur de la santé a été mis sur pied pour apporter des réponses et que ces sept semaines de réflexion collective sont justement là pour "refonder" notre système de soins. Seulement voilà, le corps médical en a soupé des promesses, il n’a pas le luxe d’attendre. »

Le stress de la presse...

Enfin, un autre secteur en crise, durement touché aussi par les 55 jours de confinement : le secteur de la presse... Libération en fait son dossier d'ouverture avec ce grand titre : « la presse oppressée ».

« L’Équipe, Paris Normandie, l’Express… Les annonces de plans d’économies, de restructurations et de rapprochements se multiplient dans la presse, dont les ventes ont plongé à cause de l’épidémie et de la faillite de Presstalis, le principal distributeur du secteur. »

Pourtant, relève Libération, « les journalistes et les autres salariés du secteur ont fait la preuve d’une résilience remarquable. En dépit de toutes les difficultés et de tous les risques, les journaux ont poursuivi, amplifié même, leur travail d’information. Avec succès : rarement les lecteurs ont été aussi nombreux et attentifs à suivre l’actualité. Ainsi, au cœur de la crise, la stratégie adoptée par de nombreux titres s’est trouvée confirmée. Les achats en ligne, planche de salut pour les chiffres d’affaires en berne, ont soudain bondi à des hauteurs inédites. »

Alors, conclut Libé, « le gouvernement se porte au secours des secteurs en perdition. On comprendrait mal qu’il s’abstienne de le faire pour l’information, plus essentielle que jamais à la vie publique. Pour colmater en vain les voies d’eau ? Non : pour accompagner une mutation. »