On l'a entendu dimanche soir : Emmanuel Macron entend placer la dernière partie de son quinquennat sur le thème de la reconquête économique et appelle les Français à « travailler et produire davantage pour ne pas dépendre des autres ».

Pour Le Figaro, ces propos vont dans le bon sens : « Produire davantage en France pour combattre le chômage, investir et créer de nouveaux emplois dans les filières stratégiques pour assurer notre souveraineté… voilà le mot d’ordre présidentiel (…). On ignore tout, à ce stade, des moyens envisagés pour accomplir ce grand dessein. Mais sur un tel sujet, le rappel de quelques principes économiques inaltérables pourrait utilement baliser le terrain, pointe Le Figaro. En commençant par celui-ci : réindustrialisation et relocalisations riment avec compétitivité. Pays de l’impôt et de la réglementation, la France ne s’est pas vidée de ses usines par hasard. » Alors, « il n’est pas trop tard pour reprendre en main notre destin économique, estime le quotidien de droite. Cela nécessite de concentrer nos forces pour investir dans les industries et les technologies d’avenir. Et d’engager en même temps les efforts indispensables - par exemple, travailler davantage - pour retrouver notre compétitivité perdue. Tel est le prix de la souveraineté. »

Macron un peu plus à droite

« Macron déconfine Sarkozy », s'exclame pour sa part Libération en première page. Avec ce photomontage qui mêle subtilement les traits des deux présidents... « Travailler plus : en reprenant en substance le mantra de son prédécesseur lors de son allocution de dimanche, le chef de l’État s’ancre un peu plus à droite », estime Libération.

En fait, poursuit le quotidien de gauche, « après avoir souligné l’effort "inédit" de 500 milliards d’euros pour sauver les entreprises et les emplois tout en portant assistance aux plus précaires, Emmanuel Macron a rappelé que ces dépenses, justifiées par "des circonstances exceptionnelles" venaient "s’ajouter à notre dette déjà existante". En clair : elles devront être remboursées. Comment ? Sûrement pas en augmentant les impôts, la France étant "déjà l’un des pays où la fiscalité est la plus lourde" (dixit le président). "La seule réponse, conclut Macron, est de bâtir un modèle économique durable, plus fort, de travailler et de produire davantage pour ne pas dépendre des autres". Après le "travailler plus pour gagner plus" de l’ère Sarkozy, on en vient donc, s'exclame Libération, au travailler plus pour rembourser le grand confinement… »

Les Dernières Nouvelles d'Alace expriment également des doutes... « Ce pari de la durée du travail est osé, pointe le quotidien alsacien : les heures et les jours travaillés des uns seront le chômage des autres, puisque les faillites et l’arrivée des jeunes générations ruineront déjà, par ailleurs, les équilibres du marché de l’emploi. La facture de la mise sous perfusion du pays risque fort de se payer par un partage encore plus inégalitaire du travail. »

Plus d'emplois ?

En tout cas, « l'emploi repart déjà ! » : c'est la Une du Parisien. Un titre pour le moins optimiste, car dans les colonnes du journal, on n'entend pas tout fait la même musique...

En effet, selon une étude du site spécialisé HelloWork dévoilée par Le Parisien, le nombre d’annonces d’emploi publiées progresse en juin, certes. Mais est-ce un bon indicateur ? « Que cela reparte maintenant, après des mois d’arrêt de l’économie, ce n’est pas très étonnant, souligne Géraldine Rieucau, professeure d’économie à Paris-VIII, interrogée par le journal. Les annonces en ligne ne représentent, par ailleurs, poursuit-elle, qu’un petit bout du marché de l’emploi. Seuls 7 à 8 % des demandeurs d’emploi trouvent du travail par Internet. »

Qui plus est, « quid, aussi, de la qualité des emplois proposés ?, s'interroge Le Parisien. La restauration et l’hôtellerie, qui semblent repartir, sont surtout connues pour leurs contrats courts. Cette reprise des offres ne suffira sans doute pas à marquer dans le temps une véritable baisse du chômage. »

Alors, « pour sortir de l’ornière et retrouver le cercle vertueux de la croissance, il faudra que d’autres indicateurs repartent au vert, note Le Parisien, notamment la consommation des ménages. Les prochains mois seront déterminants. L’épargne est actuellement très importante. Les ménages n’ont jamais été aussi riches. L’été va être une fenêtre de tir intéressante pour voir si les Français se remettent à consommer. Il ne faudrait pas que leur épargne devienne une épargne de précaution pour parer à la crise. C’est le pire scénario envisageable. »

La reprise de l'école le 22 juin sera-t-elle possible ?

Enfin, autre point abordé par Emmanuel Macron dimanche et qui fait polémique : le retour à l'école obligatoire à partir du 22 juin... « Est-ce vraiment possible ? », s'interroge Le Courrier Picard.

« Qui a eu cette idée folle ? , s'exclame La Provence. En effet, « cette décision pour être louable risque de se heurter à quelques écueils. Les parents répondront-ils favorablement à la demande présidentielle ? Et les profs ? Seront-ils au rendez-vous ? Sans parler des personnels scolaires ? Des cantines… Et de la distanciation minimale d'un mètre entre chaque élève ? Les écoles pourront-elles accueillir tous les élèves ? Si tous ces écueils sont levés, restera une dernière inconnue, pointe encore La Provence : le second tour des municipales. On va voter le 28 juin dans un peu moins de 5 000 communes. Ce qui signifie qu’il faudra ensuite désinfecter entièrement les écoles-bureaux de vote. À une semaine des vacances, cette nouvelle difficulté pourrait bien être l’écueil de trop pour beaucoup de parents. »