Suspense insoutenable… « Trump vers la sortie ? », s’interroge L’Humanité. « Trump, stop ou encore ? », se demandent Les Dernières Nouvelle d’Alsace. « La fin du cauchemar ? », questionne Libération.

En tout cas, c’est « le choc des deux Amérique », constate Le Figaro. « Le moment de vérité », s’exclame La Croix.

Et en effet, relève le quotidien catholique, il y a bien deux Amérique : « Ce qui est frappant en regardant la carte des États-Unis (…), c’est à quel point le clivage géographique est affirmé. Les côtes Est et Ouest votent pour le démocrate Joe Biden tandis que l’intérieur des terres choisit le président sortant, Donald Trump. Autrement dit, d’un côté les régions riches tournées vers l’extérieur, de l’autre une Amérique reculée et désindustrialisée qui se sent perdante de la mondialisation. Cette polarité territoriale n’est pas la seule. Il y aurait d’autres fractures à mettre en lumière, à commencer bien sûr par celle de la couleur de peau ou celle des inégalités de revenus. Jamais les États-Unis ne sont apparus aussi désunis. »

Scénario catastrophe ?

Et attention, prévient Le Figaro, « tout peut encore dérailler dans un scrutin impacté par le Covid-19, où l’ampleur du vote par correspondance lance un défi logistique et où les deux candidats s’accusent mutuellement de vouloir "voler" le résultat. Des "patriotes" chauffés à blanc par Donald Trump multiplient les opérations d’intimidation, la tension monte sur les réseaux sociaux, Washington se barricade en anticipant de possibles violences dans les rues et des armées d’avocats se préparent à porter en justice toute contestation du vote ou du dépouillement. » Et Le Figaro de s’interroger : « la nuit électorale va-t-elle tourner à la nuit des longs couteaux ? »

Oui, « attention au scénario catastrophe », s’exclame également L’Humanité. « À la faveur du système électoral américain, qui ignore le suffrage universel direct, le milliardaire réussira-t-il une nouvelle fois à déjouer les pronostics, singulièrement dans les Swing States stratégiques ? Ou bien sera-t-il balayé dans les États clés, comme le laissent croire la plupart des instituts de sondage ? Dès lors, acceptera-t-il sa défaite, lui qui a promis le chaos, ou choisira-t-il d’emmener les États désunis d’Amérique jusqu’à l’incertitude démocratique ? »

Retisser des liens…

En effet, quand bien « même si Trump perdait et finissait par l’accepter, l’affaire ne s’arrêterait sans doute pas là, renchérit Libération. Car l’homme n’est pas qu’un simple accident de l’histoire. Il est le symptôme de cette partie de l’Amérique si convaincue de sa grandeur et de son bon droit et si effrayée de voir les deux s’effriter au profit d’autres cultures ou régions du monde qu’elle est prête à tout pour retrouver le lustre passé. Cette Amérique, qui rêve d’ordre et de leadership, qui refuse d’admettre que la planète s’abîme et que le monde change, vibre en entendant des slogans comme "Make America Great Again" ou "America First". Si Trump est réélu, poursuit Libération, cette population sera galvanisée et l’on peut s’attendre à quatre années particulièrement rudes. Mais si Biden l’emporte, ceux-là ne vont pas disparaître d’un coup et il va falloir répondre à cette peur qui provoque le rejet. Une tâche colossale attend donc le démocrate s’il entre à la Maison Blanche, pointe encore Libération. Il lui faudra retisser les liens non seulement entre l’Amérique et le reste du monde, notamment l’Europe, mais aussi entre les Américains. Est-il l’homme de la situation ? Pour l’heure, la question est secondaire, ce qui, avouons-le, n’est pas très rassurant. »

Une victoire nette !

« Décidément jamais un scrutin américain n’a été autant porteur de menaces, insistent Les Dernières Nouvelles d’Alsace. L’erreur serait pourtant de penser que Donald Trump est la cause unique de ce chaos. Le toujours président est en fait le fruit aberrant d’une société profondément malade, le porte-voix d’une Amérique désespérée et trop longtemps laissée pour compte. Pour elle, son discours hors normes résonne comme une revanche. C’est la raison pour laquelle il n’a pas encore perdu ce scrutin, pointe le quotidien alsacien, quoi qu’en disent les sondages qui donnaient déjà Hillary Clinton vainqueur il y a quatre ans. »

C’est pourquoi, conclut Ouest France, « Joe Biden a besoin d’une victoire nette. Tout autre résultat serait contesté par un homme qui, contrairement à Al Gore le candidat démocrate malheureux en 2000, n’est pas prêt à se sacrifier pour la cause de la démocratie, mais sacrifierait la démocratie américaine à sa personne. Le scénario catastrophe serait celui d’une remise en cause des institutions par l’homme qui est chargé de les incarner et de les protéger. Donald Trump n’hésitera pas à fragiliser la cause démocratique. La pandémie, la crise économique, le terrorisme et en plus une crise de légitimité aux États-Unis, s’exclame Ouest France : trop, ce serait trop. »