« Neuf mois pour juger un auteur et les complices des attentats du 13 novembre 2015, c’est presque aussi long que le procès de Nuremberg qui avait duré plus d’un an, pointe Sud-Ouest. C’est dire l’ampleur de la tâche qui attend la cour d’assises spéciale qui va siéger à partir de ce matin. Un procès hors-norme, à la mesure des tueries de masse qui ensanglantèrent Paris et sidérèrent la France entière mais aussi le reste du monde. »

« 1 800 parties civiles, 330 avocats, 542 tomes de procédure, 141 médias accrédités, constate Libération. Les chiffres peuvent nous rassurer, en donnant un semblant de rationalité à une barbarie incompréhensible. »Mais s’interroge Libération, « est-ce que cela peut réconforter les survivants, assister les proches des victimes, délier la parole ? »

« Un procès, fût-il historique, peut-il panser les plaies des familles endeuillées et de la nation frappée au cœur ? »,s’interroge en écho Le Figaro.« Ni l’émotion qui nous étreint devant les témoignages ni le minutieux travail d’enquête sur lequel s’appuie le tribunal ne suffiront à solder l’héritage de ces jours où la barbarie a pris le pas sur la civilisation. »
Le travail exemplaire de la justice
Reste qu’il faut saluer le travail de fourmi de la justice, le soin apporté à cette enquête… C’est ce sur quoi insiste La Croix.

« Il a fallu six longues années et la mobilisation de centaines d’enquêteurs pour constituer un dossier de plusieurs dizaines de milliers de pages. Méticuleusement, ils ont cherché à reconstituer la chaîne de responsabilités dans ce qui reste à ce jour la pire attaque terroriste commise sur notre territoire. Avec le même soin, relate encore La Croix, les magistrats instructeurs ont tenu informés les survivants et les proches des 130 personnes décédées. À plusieurs reprises, ils les ont réunis, leur ont envoyé des points d’étape. Un soin tout aussi grand a été apporté aux aménagements de la salle d’audience – de la couleur des bancs à la taille des micros – pour que rien ne vienne troubler la solennité des débats. »

Alors, poursuit La Croix, « cette attention au moindre détail ne garantit rien. Elle n’est qu’une condition de la bonne tenue du procès. Ce dernier, pas plus qu’un autre, ne guérira de douleur, ne refermera de plaie. Mais parce qu’elle manifeste le respect que l’on doit aux victimes et les droits que l’on reconnaît aux accusés, cette manière de prendre soin de la justice est en soi une réponse à l’idéologie totalitaire de l’État islamique ».
Émotion et rigueur
« Ce matin, devant la cour d’assises de Paris, l’émotion sera partout, soupirent Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Dans les larmes des victimes, dans les yeux des parties civiles, dans les premiers mots des magistrats. Elle se fera moins forte à mesure que les jours avanceront, mais elle sera toujours palpable. Lancinante comme une douleur. »

Pourtant, poursuit le quotidien alsacien, « tout au long des 9 mois de cette audience hors-norme, il s’agira de déterminer le plus sereinement et le plus objectivement possible la part de culpabilité respective des vingt accusés dans les tueries qui ont endeuillé la France le 13 novembre 2015. De Salah Abdeslam, dernier tueur encore en vie, à Hamza Attou, qui risque six ans de prison pour "recel de terroristes", ils devront tous répondre de leurs agissements. Mais il s’agira aussi de comprendre comment des terroristes lourdement armés formés dans la zone irako-syrienne alors contrôlée par Daech ont pu s’organiser, franchir les frontières des différents pays de l’Union et passer sous les radars ».
Debout face à la barbarie
Et au-delà des faits et de leur enchaînement, ce procès est le point d’orgue de la lutte contre la barbarie et de la défense de nos valeurs, estime La Charente Libre : « À partir d’aujourd’hui, la justice, le droit et les mots devront permettre au pays et à ses institutions de démontrer qu’ils se tiennent toujours debout face à la barbarie, s’exclame le quotidien charentais. Les mots des blessés, les témoignages des parents anéantis par le deuil, les plaidoiries de leurs avocats mais aussi de ceux des terroristes seront là, exprimés avec émotion et humanité pour nous rappeler pendant neuf mois les raisons qui ont fait de la France une cible privilégiée de ces barbares. C’est parce que nous sommes une république, une démocratie, un pays laïc et tolérant, qu’ils ont voulu nous briser. La France a vacillé, elle reste fragile sur ses fondations ébranlées. Ce procès est là aussi pour aider à nous reconstruire, affirme encore La Charente Libre, et démontrer aux générations futures que rien, pas même le terrorisme, ne peut nous écarter de ce qui fait notre fierté parfois oubliée : celle de vivre dans un État de droit et de libertés ».