Nouvelle escale dans notre grand voyage sur les traces de la mémoire de l’esclavage. Après Nantes, Liverpool, la Louisiane ou les îles de La Guadeloupe, on prend la direction de La Rochelle, deuxième port négrier de France au XVIIIe siècle.

Encre marine et chaînes d’esclaves. Chairs noires et pierres blanches. Ces mots hantent la visite de ceux qui cherchent les traces du passé négrier de cette belle cité marine et marchande, située au cœur du golfe de Gascogne, et qui, très tôt, s’est lancé dans cet « infâme trafic ». 

En effet, dès le XVIe siècle, La Rochelle est le premier port français à s’engager dans le commerce transatlantique d’êtres humains et de denrées dites coloniales pour devenir au XVIIe siècle le premier port négrier du Royaume de France. En tout, on dénombre 427 navires partis de la cité rochelaise, des navires qui vont déporter plus de 130 000 Africains de l’autre côté de l’Atlantique. Aujourd’hui, au coin de la rue, à La Rochelle, on retrouve le nom d’un de ces bateaux négriers, L’Armide. Et depuis 2021, la ville a choisi d’adosser des explications à ce nom de rue, comme elle l’a fait pour six autres plaques de rue portant le nom d’armateurs négriers ou de descendants d’esclavagistes rochelais. 

Ce travail de mémoire et de partage du passé négrier de La Rochelle a donc fait son chemin, sous l’impulsion d’associations comme Mémoria ou Mémoires et partages, qui a débuté à Bordeaux et ouvert récemment une antenne à La Rochelle. Elle propose aujourd’hui des visites guidées de « La Rochelle négrière ». 

À l’issue du Black History Month ou Mois de l’histoire des Noirs en France qui s'est tenu en février 2022, on part comprendre comment se raconte et se retrouve ce passé dans une ville qui a, en partie, bâti sa prospérité sur l’esclavage et le commerce triangulaire. Les traces sont là, des quais du Vieux port aux belles façades de pierre blanche, des rues de la Vieille ville au musée du Nouveau Monde, situé dans un hôtel particulier, jadis propriété d’un planteur esclavagiste rochelais ayant fait fortune à Saint-Domingue, l’actuelle Haïti. Ouvert en 1982, ce musée est l’un des tout premiers musées français à avoir partagé ce passé à la fois tragique et fondateur. 

Un reportage de Céline Develay-Mazurelle et Laure Allary. Initialement diffusé le 13 mars 2022.

► En savoir plus :

  • La mairie de La Rochelle a édité un parcours sur les traces de l’esclavage dans la ville. À retrouver et télécharger ici avant votre visite. 

  • Sur l’histoire de la traite rochelaise au XVIIIe siècle, une exposition virtuelle disponible ici et un dossier pédagogique élaboré par les archives départementales de Charente-Maritime.

  • Sur le musée du Nouveau Monde ouvert en 1982 qui revient longuement dans ses salles sur le passé négrier de la ville.

  • Sur l’antenne rochelaise de l’association Mémoires et partages qui organise des visites guidées « La Rochelle négrière » dans la ville.

  • Sur l’action de l’association Mémoires et partages créé par Karfa Diallo à Bordeaux, autour de visites du « Bordeaux Nègre ». 

  • Sur l’association Mémoria, une association mémorielle pionnière créée par Josy Roten.

  • Sur la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

► À lire : 

  • Mémoire noire, histoire de l'esclavage : Bordeaux, La Rochelle, Rochefort, Bayonne, un ouvrage collectif de référence. Éditions Mollat, 2020.

  • La Rochelle, l'Aunis et la Saintonge face à l'esclavage, ouvrage collectif sous la direction de Mickaël Augeron et Olivier Caudron. Éditions Les Indes savantes, 2012.

- La Rochelle, second port négrier français, de Jean-Michel Deveau. Cahiers des Anneaux de la Mémoire. Nantes, 2007.