Situé au-delà du 60è parallèle Nord, au beau milieu de l’Atlantique Nord, quelque part entre l’Islande et l’Écosse, ce chapelet de 18 îles volcaniques est longtemps resté méconnu et isolé. Aujourd’hui, ces confins sauvages et majestueux attirent de plus en plus de voyageurs, férus de nature et de culture à l’état brut. Surtout que sur place, les attend un peuple fier et attachant, à l’identité féroïenne passionnante.

Aux Féroé, sur ces terres de landes verdoyantes, truffées de moutons, d’oiseaux, de cascades, de montagnes et de falaises déchiquetées par la mer, les panoramas sont sublimes, époustouflants. Encore faut-il que le brouillard épais du Nord n’ait pas décidé de gâcher la vue ? Car là-bas, le climat est rude et particulièrement changeant. Le vent souffle fort et la pluie tombe, paraît-il, près de 300 jours par an.  En ces lieux qui comptent plus de moutons (80 000) que d’habitants (53 000), chaque apparition du soleil fait alors l’effet d’une bénédiction, offrant des lumières typiquement nordiques, entre bleu profond de la mer et ciel mordoré. Sans parler de l’hiver, où il n’y a que 5 heures de lumière par jour. Ainsi, sur ces cailloux de basalte, il faut apprendre à déposer les armes de la certitude et faire avec le temps et les éléments, comme ont finalement appris à le faire, depuis des siècles, les Féroïens, descendants de Vikings et de femmes celtes, longtemps pêcheurs de père en fils. D’ailleurs, parce qu’ici la nature règne en maître, les Féroé ont été surnommées par les Anglais, passés par là pendant la Seconde Guerre Mondiale « The land of maybe », le pays du peut-être…

Aujourd’hui au XXIè siècle, l’archipel subarctique dépend toujours du Royaume du Danemark, mais il dispose depuis 1948 d’une autonomie importante et s’exprime dans sa langue : le féroïen. Longtemps proscrite par les Danois, cette langue a toujours été le socle d’une culture décidément particulière, faite de traditions orales, de sagas nordiques et de ballades héroïques datant du Moyen-Age. Et rares sont les endroits dans le monde, où l’on peut rencontrer, comme c’est le cas aux Îles Féroé, des traditions aussi vivantes et vibrantes parmi la population. Bien sûr, la chasse traditionnelle de cétacés, le fameux Grindadráp est la plus décriée et contestable d’entre toutes, pour son archaïsme et sa violence. En voyage sur place, il est intéressant d’échanger à ce sujet avec les Féroïens, afin de comprendre comment ce peuple s’appuie sur ces traditions mais les interroge aussi. Car la société féroïenne bouge et s’est considérablement développée grâce à l’argent de la pêche, en particulier l’élevage de saumon. En à peine vingt ans, la capitaleTórshavn a vu fleurir cafés, restaurants, galeries d’art et lieux de musique prisés des touristes et des Féroiens. Car la nation est particulièrement musicale, artiste dans l’âme, inspirée par cet environnement naturel si puissant qui l’entoure. Dans ces confins volcaniques battus par les vagues et les vents, on circule désormais facilement entre les îles, via des tunnels sous-marins dernier cri ; et les lieux se prêtent à la randonnée, l’imperméable jamais très loin, sur des sentiers historiques ouverts par les anciens, à une époque où l’on ne pouvait que marcher dans les montagnes. Car au-delà des paysages à couper le souffle, c’est cela que l’on retient d’un voyage aux Féroé : à quel point ce peuple a résisté et lutté pour se maintenir sur ces îles, contre vents, marées et vagues de colonisation, entre survie et harmonie avec la nature.

Un reportage en 2 épisodes de Céline Develay-Mazurelle et Laure Allary.

Avec le concours du Labo RFI.   

 

Y ALLER :

  • Ouverte en 2019 mais interrompue pendant la pandémie, un vol direct d’Atlantic Airways relie à nouveau, deux fois par semaine, les Féroé à la France. Durée de vol : 2h40 seulement

  • Pour préparer votre voyage, le site de Visit Faroe Islands est une mine d’informations, en anglais. Le territoire étant petit et bien exploré, tout y est, ou presque !

 

EN VOYAGE :

 - Sur place, le mieux est de se baser dans la capitale Tórshavn depuis laquelle on circule facilement entre les îles par les tunnels et les ferrys. L’hôtel Føroyar, idéalement situé sur les hauteurs de la ville, offre une vue imprenable sur le port et la baie.

  • Dans les endroits plus isolés, il est possible de recourir à l’Heimablídni soit « hospitalité à la maison », un concept qui s’est développé avec le tourisme, faute de restaurants dans tout l’archipel. Des Féroïens proposent alors chez eux des plats locaux typiquement féroïens. Une bonne occasion de rencontrer des habitants, souvent anglophones, comme Lena et Jakup qui font l’Heimablidni, dans leur maison-jardin Garðarhúsið, ou chez Harriett et John, un jeune couple touche à tout, éleveur de moutons, commerçant et photographe qui reçoit en table d’hôtes à la maison Hanusarstova, sur l’île d’Esturoy. Harriett, instagrameuse et bergère, fait par ailleurs des clichés romantiques et inspirées de ses bêtes. Elle prépare prochainement un hébergement à la ferme, avec vue sur la mer et les vastes prés.

  • Les îles regorgent de sentiers de randonnée qui mènent à des cascades comme celle de Gásadalur, des lacs comme celui de Sørvágsvatn, parfois en partant de petits villages typiques de pêcheurs avec ses maisons aux toits de tourbe.

  • À découvrir pour les passionnés d’oiseaux l’île de Mykines. C’est le paradis des oiseaux marins (macareux, puffins) qui se gagne par la mer depuis Sorvagur. Attention, la météo peut annuler tout départ à Mykines.

  • Le village de Kirkjubøur, avec ses églises et son histoire très ancienne est un bon point de départ, couplé avec une visite du Musée national des Îles Féroé pour comprendre l’histoire du peuplement et s’imprégner de l’atmosphère féroïenne, faite de légendes et de croyances.

  • Si vous souhaitez être guidé, le site Guide to Faroe Islands propose des tas de visites guidées, en anglais. L’offre est riche et va du tour photo à la rando d’hiver en passant par l’observation des oiseaux ou l’excursion en bateau. Elin Hentze est une guide francophone culturelle reconnue sur place.

  • À Tórshavn, le Paname Café est le refuge idéal et cosy par temps de pluie. Il est adossé à une librairie où les ouvrages sur les Îles Féroé en anglais sont légion.

  • Situé dans la capitale, la Nordic House est un lieu à l’architecture étonnante où il fait bon s’arrêter dans son café vegan. Cette institution culturelle affiche une programmation artistique ambitieuse qui témoigne de la vitalité culturelle des îles.  

 

À LIRE, ÉCOUTER ET VOIR :

  • La littérature féroïenne est aujourd’hui en plein essor, portée à l’étranger par l’organisme Farlit. À noter que peu d’auteurs féroïens sont traduits en français. Parmi eux, Jóanes Nielsen qui a publié aux Éditions La Peuplade « Les collectionneurs d’images », un ouvrage fort et habité sur le quotidien rude des Féroïens dans les années 60-70, entre poids de l’église et vies de labeur en mer.

  • À Tórshavn, une seule adresse, incontournable et géniale pour les amateurs de musique 100% Féroé : Tutl Records. À la fois magasin de disques, musée de l’histoire de la musique dans l’archipel et producteur d’artistes féroïens depuis près de 50 ans, les lieux ont été initiés par le musicien Kristian Blak, un passeur d’histoires et de musiques unique en son genre. Si vous avez la chance de le croiser à Tutl, il est francophone.

  • Parmi les artistes féroïens, on vous recommande la grande Eivør, artiste féroïenne la plus connue à l’international, ou encore Elin Brimheim Heinesen. Dans la jeune génération, allez écouter la touchante Greta Svabo Bech ou encore les jeunes trublions rock garage Joey and the Shitboys. La Cultural Night qui se tient chaque année en juin, est un bon moyen de découvrir l’effervescence musicale des îles, depuis la capitale.

  • De plus en plus d’étrangers viennent s’installer aux Îles Féroé et beaucoup passent un jour derrière les micros de Stella Zachariassen, une Féroïenne d’origine sri-lankaise et artiste touche-à-tout qui a lancé son podcast Home and Away. The Faroe Islands Podcast. Il fait la part belle aux récits des nouveaux venus dans l’archipel.

  • Parmi ces nouveaux venus, deux photographes français qui vivent depuis 2021 sur place et mène un travail d’images tout en finesse sur les Féroé. D’un côté, Lucas Frayssinet poursuit un travail documentaire au long cours sur les traditions du peuple féroïen, en particulier autour de la pêche. De l’autre, Ophélie Giralt mène actuellement une exploration visuelle et sensible autour de l’enfance et des contes et légendes de l’archipel. À découvrir aussi les images lunaires de Kevin Faingnaert aux îles Féroé.