Alors que le retour du patrimoine africain sur le continent s'impose progressivement à l'Europe, l'autrice franco-finlandaise Taina Tervonen est partie entre la France et le Sénégal, sur les traces d'un fascinant trésor. 

Pendant longtemps, sur les cartels placés en dessous des objets du patrimoine africain exposés dans les musées de France et d'Europe, on pouvait lire les mots « collecte », voire « don ». Parfois, en plus de la date et la mention du lieu de provenance de ces objets, on pouvait lire le nom d’un homme, officier souvent, qui les aurait « collectés ». Un silence et des éléments de langage qui laissent peu de doute sur le contexte colonial dans lequel ces objets ont été capturés, pillés, pour arriver ensuite dans les collections des musées français et européens. 

Pour Taina Tervonen, qui a grandi au Sénégal, appris le français à l’école sénégalaise mais surtout les héros africains de la Résistance à la colonisation, ce silence des salles Afrique des musées français est assourdissant. L'autrice franco-finlandaise décide alors de partir en quête du trésor de Ségou, dont s'est emparé, en 1890, le colonel français Louis Archinard, au moment de la chute de la capitale de l’Empire Toucouleur. Consultant les archives et la tradition orale africaine, Taina Tervonen suit à la trace ce butin colonial, qui va se disperser et rejoindre les réserves des musées français, loin des regards, comme oublié de nos mémoires. Ce trésor de Ségou est composé de manuscrits, d'armes, de bijoux, d'objets rituels et du quotidien, mais aussi d'un enfant Abdoulaye, enlevé par le colonel Archinard et envoyé en France à la fin du XIXè siècle. Il était le petit-fils du grand chef mystique El Hadj Oumar Tall, héros de la Résistance à la colonisation.

Depuis des décennies, la communauté oumarienne réclame en vains le retour de ces objets. En novembre 2017, lors de son discours de Ouagadougou, le président Emmanuel Macron a officiellement plaidé « pour le retour d’ici 5 ans » des œuvres du patrimoine africain, une annonce qui a suscité de vifs débats en France. En 2018, la France a officiellement rendu au Sénégal le sabre attribué à El Hadj Oumar Tall, qui aurait été pris à Ségou, mais dont on a du mal à déterminer la trajectoire et la provenance. Ce sabre est désormais exposé au Musée des Civilisations noires de Dakar.

C'est donc l'histoire d'un voyage aller ET retour que nous raconte Taina Tervonen, une histoire commune entre la France et l'Afrique, peuplée de fantômes de la colonisation, d'enfants arrachés à leur terre et à leur culture, d'officiers dévorés par leur gloire personnelle, de stratégie de conquêtes et de manipulation, mais aussi d'objets trophées coloniaux, témoins de cette époque violente et longtemps passée sous silence. Dans son récit choral passionnant «Les otages» paru aux Éditions Marchialy, elle donne alors la parole à ses objets; et à sa manière, elle leur donne vie. 

 

En savoir plus :

  • Sur le rapport rendu en 2018 sur la restitution du patrimoine africain par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy

  • Sur «Les vies du Trésor de Ségou». Un article de Daniel Foliard. Revue historique 2018. Cairn.info 

  • Sur Abdoulaye Tall, petit-fils d'El Hadj Oumar Tall, capturé en 1890 et envoyé en France par le Colonel Archinard. Abdoulaye Tall sera la premier Africain à intégrer l'École militaire de Saint-Cyr en France

  • Sur le retour des trésors royaux d'Abomey exposés au Bénin et le processus de réappropriation. Un Grand Reportage de Delphine Bousquet.