À l’occasion du bicentenaire de la Société de Géographie, la Bibliothèque Nationale de France propose une exposition qui invite à repenser et déconstruire l’exploration au XIXè siècle. Car au-delà de la figure héroïsée de l’explorateur solitaire, aventurier blanc avide de lointains et de découvertes, existent d’autres visages, d’autres figures longtemps maintenues dans l’ombre : des intermédiaires locaux, des femmes exploratrices, des explorateurs non-européens, etc.

Dépasser le mythe pour entrer dans l’histoire, c’est l’ambition affichée et réussie par la BNF dans son exposition « Visages de l’exploration au XIXè siècle. Du mythe à l’histoire ». Pour cela, elle s’est appuyé sur près de 200 pièces issues des fonds de la Société de Géographie, une société savante fondée à Paris en 1821 afin d’encourager la découverte et la connaissance du monde. À cette époque, après les grandes expéditions maritimes et scientifiques du XVIIIè siècle, les voyages d’exploration se multiplient, encouragés notamment par la Société de Géographie. Dans la presse illustrée ou les récits d’aventure à la Jules Verne, la figure de l’explorateur bravant tous les dangers dans des contrées lointaines et sauvages, devient totémique et prend toute la place. Une culture et un imaginaire de l’exploration se forgent alors, avec au centre l’homme blanc, casque colonial vissé sur la tête et la carabine jamais très loin. Dans les récits d’exploration, la solitude et le courage sont souvent mis en scène, omettant de dire que l’explorateur n’est jamais seul sur le terrain et que son action est parfois loin d’être désintéressée, maintenant ainsi dans l’ombre des auxiliaires ou savants lettrés jouant les intermédiaires, qui ont pourtant rendu l’exploration possible.

Au XIXè siècle, à l’heure où les nations du Vieux Continent ont bien compris que l’exploration du monde était un formidable levier de connaissances, mais aussi de puissance, les appétits coloniaux s’aiguisent. Ainsi dans cette exposition, la figure du militaire conquérant usant de ruse et de violence est aussi présenté et le lien étroit, voire intrinsèque, entre colonisation et exploration est largement déconstruit tout au long du parcours. Enfin, dans la dernière salle consacrée au retour des missions d’exploration, au sujet des objets ramenés par les explorateurs qui figurent encore aujourd’hui dans les musées français, se pose la question brûlante du retour de ces pièces parfois spoliées dans un contexte de domination coloniale.

Dans la grande famille des explorateurs du XIXè siècle, si l’on connaît déjà Dumont Durville, Admunsen, Livingstone, Caillé, Rasmussen ou Stanley, les noms de David Boilat le métis, Eugénie Coudreau, Apatou, El Hadj Ahmed ben Mohammed El Fellati, Nain Singh, Matthew Henson ou encore Mohammed ibn-Omar El Tounsy dit le Tunisien auront enfin un visage.

Un reportage de Céline Develay-Mazurelle.

 

En savoir plus :

  • Sur l’exposition « Visages de l’exploration au 19e siècle. Du mythe à l’histoire » qui se tient à la BNF jusqu’au 24 août 2022.

- Sur la Société de Géographie, société savante fondée en 1821 et plus ancienne société de géographie au monde.

  • Sur la thématique, la BNF a publié en ligne un dossier très complet. Elle a, par ailleurs, édité un catalogue d’exposition richement documenté et illustré. Sous la direction de l’historienne spécialiste des voyages Hélène Blais et d’Olivier Loiseaux, conservateur général au Département des cartes et des plans de la BNF en charge des collections de la Société de Géographie. Ils sont les deux commissaires de l’exposition.

  • Sur le travail de Camille Lefebvre, historienne spécialiste du Sahel et du Sahara au XIXè siècle et membre du Comité scientifique de l’exposition. Un article sur son livre publié aux Éditions de la Sorbonne en 2015 « Frontières de sable, frontières de papier. Histoire de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la colonisation française du Niger (xixe-xxe siècles) ».