Du haut de ses 5 165 mètres, le mont Ararat s’élève souverain, dominant Erevan, la capitale arménienne. Dans le pays, on le retrouve un peu partout, représenté en peinture ou en photo sur les murs des maisons, des écoles ou des musées, sur les paquets de cigarettes, les bouteilles de cognac. Surtout, le Mont Ararat figure sur les armoiries de la petite République du Caucase qui en a fait de longue date un emblème national, le symbole de sa renaissance et de la résilience de son peuple à travers les siècles et la valse des empires.

Or, depuis 1923, cette montagne sacrée pour les chrétiens d’Arménie -l’arche de Noé s’y serait échouée- est située côté turc et demeure particulièrement difficile d’accès. La frontière entre l’Arménie et la Turquie, toute proche d’Ararat, est en effet fermée à double tour et surveillée par les Russes. Pour rejoindre ce volcan, il faut alors passer par la Géorgie et faire un détour de 800 kilomètres, alors qu’à vol d’oiseau, il n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres à peine.

Ainsi, le Mont Ararat est devenu une vision pour les Arméniens, le reflet de leur identité tourmentée et de leurs espoirs, un horizon indépassable mais bel et bien tangible, sauf quand ses deux sommets ne disparaissent pas dans les nuages. En octobre 2020, il y a un an, éclatait entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan une seconde guerre du Haut-Karabagh, à l’est de l’Arménie cette fois. Et ce conflit qui aura duré quarante-quatre jours, résonne encore jusqu’au pied de la montagne mythique.

Un reportage de Constance Léon.