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Il y a 10 ans jour pour jour, j’écrivais le premier billet de « Science étonnante » ! Un court texte dans lequel j’annonçais mes intentions, qui étaient à l’époque plutôt modestes. Et dans la foulée je publiais mon premier « vrai » billet consacré à l’ornithorynque ; j’y commentais en particulier une étude toute fraiche sur le séquençage de son génome.

En relisant ces deux billets avec 10 ans de recul, j’ai finalement l’impression d’être resté relativement fidèle à l’ambition, mais aussi à la manière de faire que j’avais imaginée.

Évidemment, à l’époque, jamais je n’aurais pensé en être là aujourd’hui ! Moi qui aurait déjà trouvé génial de toucher quelques dizaines de lecteurs — peut-être qui sait quelques centaines ? — je me retrouve aujourd’hui à la tête d’un nombre vertigineux de vues et d’abonnés. Et tout cela grâce à votre soutien à toutes et tous ! Merci infiniment à vous qui me lisez, m’écoutez et partagez mon travail !

Pour être honnête je ne comprends toujours pas ce succès, et je me demande chaque jour comment ce que je raconte peut intéresser autant de monde. 

La science est réputée être un sujet qui ne passionne pas le grand public. Les médias traditionnels (télé, presse) s’en sont débarrassé au maximum. Et moi par là-dessus, j’en fait un traitement que je considère malgré tout plutôt « aride »  (pour ne pas dire « chiant »). 

Je n’aurais jamais imaginé il y a 10 ans que le public potentiel pour une telle façon de raconter la science soit aussi vaste. C’est pour moi une immense chance, une grande fierté, et aussi bien sûr une immense responsabilité. Je vais m’efforcer de continuer avec autant d’entrain, et d’être à la hauteur !

Quelques mots sur la genèse

Une preuve amusante que jamais je n’aurais imaginé en arriver là (et que je ne n’en avais évidemment pas l’ambition), c’est que … quand même … entre nous … « Science étonnante » c’est franchement un nom merdique ! Eh oui à l’époque, je ne pensais pas trop au « marketing » ni au « branding ». D’ailleurs ce nom a été choisi en environ 30 secondes.

Voici l’histoire : au départ je voulais appeler mon blog « Étonnant, non ? », et terminer chacun de mes billets par cette phrase : « Étonnant, non? ». Référence à Pierre Desproges, bien sûr. Mais comme j’avais décidé de m’installer sur WordPress.com, et que j’ai découvert que le domaine correspondant était déjà pris (par ce site), j’ai dû trouver autre chose. Allez…va pour « Science étonnante » !

Donc je sais, et on me le dit souvent, ça n’est pas du tout accrocheur comme nom … mais il est trop tard pour changer !

Un point que j’aime à rappeler sur la genèse de ce projet, c’est que le passage sur Youtube (et la visibilité qui est allée avec) ne sont arrivés qu’après 4 ans de travail acharné sur ce blog. Quatre années à écrire chaque semaine un billet, et les centaines (un millier ?) d’heures de travail associées. Tout ça pour une visibilité qui, par les standards actuels, serait considérée comme bien faible.

Youtube est maintenant vu comme un endroit où le succès peut être facile et rapide. Les créateurs et créatrices (en vulgarisation comme ailleurs) se lancent maintenant avec la ferme ambition de « réussir », et rapidement. On en est même venus à utiliser le qualificatif de « petite chaîne » pour les chaînes avec moins de 10 000 abonnés. 10 000 quand même ! 

Donc vous qui souhaitez lancer quelque chose : allez-y, mais ne le faites pas « pour le succès »; faites-le parce que ça vous fait plaisir ! (Voir cette vidéo de Scilabus Plus, et de façon générale toute cette chaîne !) Travaillez de façon obstinée et passionnée, soyez patient, ne vous focalisez pas sur le fait d’atteindre une réussite chiffrée. Surtout que tout cela n’est finalement surtout qu’une affaire de chance. Mais le travail et la patience aident.

(Après techniquement la création de la chaine date de Janvier 2011, avec cette vidéo qui était là au départ pour illustrer un article de blog. Il y en a eu ensuite quelques autres comme celle-ci — admirez le style — ou celle-là

Quelques mots sur le style

Comme je le disais, en relisant mes premiers billets, je trouve qu’en 10 ans je n’ai pas tellement changé ma conception de la vulgarisation. Ou plutôt la façon dont moi, j’ambitionne de faire de la vulgarisation. Disons que je pense être resté fidèle au style que je m’étais fixé.

Quand j’ai commencé à bloguer, je me suis dit qu’il fallait que je me choisisse un type de public cible. Il est indispensable de faire ce choix : cela aide en particulier à fixer quelles sont les connaissances que je suppose pré-exister chez mes lectrices et lecteurs. 

A l’époque j’avais décidé que ma cible serait des personnes ayant des bases scientifiques de niveau lycée.  Donc bien sûr des lycéennes ou lycéens, mais aussi des gens ayant des restes ou un vague vernis scientifique de ce niveau. 

Aujourd’hui je constate évidemment que mon public va souvent au-delà : je reçois régulièrement des messages de gens plus jeunes, ou bien ayant suivi un cursus scolaire ou professionnel parfois très éloigné de la science. Des personnes qui prennent également du plaisir à m’écouter ou me lire.

J’en suis évidemment ravi, et je me demande souvent si je ne devrais pas essayer de faire aussi de la vulgarisation orientée vers un public plus jeune, ou un public n’ayant pas été beaucoup exposé à la science.

Ma fille m’a dit un jour que je devrais renommer ma chaîne « Science incompréhensible » et recréer une chaîne « Science étonnante » qui soit plus accessible, par exemple pour les collégiens. J’adorerais le faire, mais d’une part je manque de temps, et d’autre part je ne pense pas que je sois le meilleur pour faire un tel format. Donc ça n’arrivera probablement pas dans les 10 ans à venir !

Après peut-être qu’il faudrait renommer la chaîne « Science aride » ! Par « aride » je ne veux pas dire que je pense que ce que je raconte est incompréhensible, mais que cela demande un certain effort. Je ne sais pas si on peut dire que regarder une de mes vidéos ce soit « passer un bon moment ». 

Je vois plutôt ça comme une ascension : j’essaye de vraiment partir d’un socle de base qui inclut l’ensemble de mon public cible, ensuite ça grimpe, parfois la pente est forte, j’essaye de perdre le moins possible de mes grimpeurs. Et à la fin, le plaisir est dans le fait d’arriver au sommet, pas dans le « bon moment » qu’on a passé. 

Quelques mots sur les chiffres

Comme vous le savez, le succès est souvent regardé à travers le prisme des chiffres. En particulier sur Youtube, les fameux « abonnés ». Je trouve amusant qu’on se soit focalisés sur ce concept plutôt que sur les vues qui me paraissent bien plus intéressantes. C’est probablement une sorte de vision féodale de la chose, comme si via le système d’abonnement on « possédait » les personnes qui se sont abonnées ?

Comme j’aime à le rappeler, qu’est-ce qu’un(e) abonné(e) ? C’est une personne qui a décidé de vous consacrer environ 2 secondes de sa vie. Le temps qu’il faut pour cliquer sur le bouton rouge « S’abonner ». A côté de ça, qu’est-ce qu’une vue ? C’est le signe que quelqu’un a décidé de vous confier 10 ou 15 minutes de sa vie. De précieuses minutes de son temps de cerveau. Cela a à mon sens bien plus de valeur qu’un abonnement !

Quand moi je fais de la vulgarisation, ce qui m’intéresse n’est pas le succès pour lui-même, c’est l’impact que je peux avoir. Et les vues (et le temps de visionnage) sont une manière (imparfaite) de mesurer cet impact, bien mieux à mon sens que les fameux abonnés.

A ce jour, le temps de visionnage cumulé sur la chaîne est de 9,6 millions d’heures. J’en reste fasciné mais aussi terrorisé d’avoir la responsabilité de toutes ces heures de temps de cerveau que vous me confiez. J’essaye d’en faire bon usage ! (Bon après il faut aussi relativiser un tel chiffre, 10 millions d’heures ça doit correspondre en gros au temps de cerveau cumulé exposé à Camping 3.)

Sinon dans la case autocongratulation, je reste aussi très fier d’avoir su gagner au cours de cette décennie la reconnaissance du monde académique. Beaucoup de chercheurs connaissent mon travail, et je reçois régulièrement des messages de félicitations sur les sujets que je traite, parfois par des spécialistes de la question ! Quand je contacte des chercheurs sur un sujet donné pour leur poser une question, je reçois presque systématiquement une réponse.

Le prix Jean Perrin que j’ai reçu en 2016 m’a surtout fait plaisir car je pense qu’il a montré que le monde académique était prêt à reconnaître et accepter Youtube comme un média respectable pour diffuser la connaissance scientifique. 

Et cerise sur le gâteau, j’ai reçu également plusieurs fois de chauds compliments de chercheurs qui sont des références mondiales dans leur domaine, et qui étaient des légendes pour moi…ça fait toujours quelque chose !

Quelques mots sur la suite

J’imagine que dans un billet de ce genre, il faut parler un peu de ce qu’il va se passer par la suite…mais j’avoue que je n’en sais rien ! J’ai de belles idées de sujets pour les 4-5 prochaines vidéos, mais je ne réfléchis pas forcément plus loin. 

Donc pas de grande annonce ! Je continuerai à faire ce que je fais, sans pression et avec passion, et probablement avec le même style. Les prochaines vidéos seront assez riches, mais je me fais très plaisir en les créant, j’espère que cela vous intéressera tout autant que moi !

Une chose que j’aimerais essayer de faire tout de même, c’est de bloguer plus. Je ne me sers pas assez de cet outil au-delà de ce que je fais pour les vidéos, et je pense que je devrais m’y remettre. 

J’ai souvent des idées de choses à partager, pour lesquelles je me dis que ça ne justifie probablement pas une vidéo, mais que j’aimerais quand même raconter. Ou bien que la forme écrite est plus adaptée. Ou encore que je n’y vois pas moi-même assez clair et que ce serait utile de me forcer à éclaircir la compréhension que j’en ai. Et peut-être, qui sait, avoir un débat constructif dans l’espace commentaires, oui ça existe encore !

J’espère que j’arriverai à tenir cette ambition d’écrire plus ici. Je pense que ça va aussi passer par une refonte de ce blog. Et d’ailleurs une chose qui devrait m’aider et m’inciter à plus bloguer, c’est que  j’ai décidé il y a déjà quelques temps d’arrêter au maximum d’utiliser Twitter. D’ailleurs il faut qu’on en parle.

Quelques mots sur Twitter

Je suis de moins en moins à l’aise avec ce que Twitter est devenu, et à partir de maintenant je n’y viendrai plus que de façon exceptionnelle, pour venir annoncer la sortie d’un billet ou d’une vidéo (car j’imagine que certains me suivent pour cette raison.)

En tant que lecteur, Twitter m’a déjà pris bien trop de temps pour un résultat qui n’est plus du tout proportionné à ce que j’en retire. J’ai comme beaucoup une forme d’addiction (légère ?) à Twitter, et je le regrette. Je le vois maintenant comme une perte de temps. J’ai envie de passer plus de temps à lire des billets de blogs, des articles de journaux.

Et en tant que « créateur de contenu », Twitter ne m’apparait plus comme un moyen de communication efficace et pertinent. Je crois que je n’ai finalement rien à y dire qui soit à la fois intéressant et adapté à ce mode de communication. Si j’estime avoir quelque chose de pertinent à raconter, je le raconterai ici, sur ce blog; pas dans un de ces maudits « threads ».

J’ai ma petite théorie (en partie empiriquement testable) sur ce qui explique la dérive de Twitter vers ce havre de haine et de toxicité qu’il est devenu. 

Si je me souviens bien, j’ai dû commencer à l’utiliser vers fin 2010, quand j’ai lancé le blog. A l’époque la limite était à 140 caractères, le RT était « manuel » et les threads n’existaient pas.

En conséquence, Twitter était un outil qui servait quasi-exclusivement à partager des liens. En 140 caractères, tu ne peux rien dire. Donc tu partages un lien vers un truc qui t’a plu, interpellé, fait réfléchir. Twitter était pour moi une sorte de « hub de curation », un bon moyen pour m’informer et m’ouvrir à plein de contenu.

J’ai le sentiment qu’à l’époque, probablement 90% des tweets comportaient un lien. (On doit pouvoir retrouver une base de tweets représentatifs de l’époque pour tester cette hypothèse). Je crois d’ailleurs que c’est un usage qui avait surpris les créateurs de Twitter. Ces derniers n’avaient pas anticipé que leur réseau social serait dans l’immense majorité utilisé comme un outil de partage de liens.

Et puis j’ai l’impression que plusieurs changements structurels ont complètement modifié l’usage de Twitter. Aujourd’hui, ça n’est qu’une très faible proportion de ma tweetline qui sert à partager des liens. (A nouveau, on doit pouvoir mesurer ça)

Je pense qu’on peut assez précisément dater la transition : avec le passage à 280 caractères. En 280 caractères, tu peux commencer à articuler un embryon de pensée, et essayer de dire quelque chose, exprimer une opinion sans besoin de référencer un texte externe. A cela s’est ajoutée la diabolique habitude des threads : maintenant Twitter est un outil de partage direct d’opinion saucissonnée, plutôt qu’un endroit pour lier du contenu externe (blogs, articles…)

Pourquoi lire des threads à coup de 280 caractères quand j’aurais pu lire un billet ? Un truc qui aurait été probablement bien mieux articulé, cohérent, lisible.

En plus cette compartimentalisation forcée en tweets de 280 caractères facilite le fait, pour les mauvais esprits, d’isoler et brocarder un passage qui ne plait pas en le coupant de ce qui l’entoure. C’est devenu bien plus facile de partir dans des échanges haineux en isolant des bouts d’arguments, plutôt que de considérer l’argumentation dans son ensemble. Twitter, c’est maintenant le règne de la punch line. De la forme sur le fond.

Tout cela est rendu encore plus toxique par une autre fonction diabolique : le RT avec commentaire. Dans le temps, si @A répondait à un tweet de @B, seuls les personnes qui suivaient les deux comptes voyaient cette réponse. Plus tard (je ne sais plus quand) tous les followers de @B ont eu la possibilité de voir la réponse de @A, ce qui n’est pas absurde.

Mais depuis plus récemment, même si vous suivez seulement @A et pas @B, Twitter peut vous dire « eh regardez, @A a répondu à @B ! ». Tout ça choisi aléatoirement par sa sainteté l’algorithme. 

Et maintenant c’est encore pire, grâce à la fonction « RT avec commentaire » : cela permet d’extraire et de brocarder un truc isolé en l’affichant à ses followers (mais pas à ceux du compte initial) de façon à ce que vos semblables viennent bien sûr abonder dans votre sens. Une vraie incitation au harcèlement, et un formidable catalyseur de bulle de filtre. J’en vois d’ailleurs qui utilisent systématiquement le « RT avec commentaire» en lieu de place d’une simple réponse, surtout quand cette réponse est une critique.

Bref, il me semble que derrière la dérive de Twitter, il y a des changements structurels opérés sur la plateforme (280 caractères, threads, RT avec commentaire). A nouveau pour confirmer ou infirmer ce sentiment, il me semble que l’on doit pouvoir facilement quantifier certaines choses, comme l’évolution au cours des années du % des tweets qui contiennent un lien.

Twitter, qui pour moi était au départ un outil d’ouverture formidable, est devenu aujourd’hui tout son contraire. Un endroit toxique, qui pousse à la fermeture et à la bulle de filtre.

Je lisais il y a quelques jours quelqu’un (pas sur Twitter) qui partageait un lien vers un article avec le commentaire suivant « Je ne suis pas forcément d’accord mais le point de vue est intéressant à entendre. » 

Ca m’a marqué : sur Twitter, plus jamais on ne lit une déclaration de ce genre ! Jamais personne ne partagerait un truc avec lequel il n’est pas d’accord, en soulignant que le point de vue est intéressant à entendre. Ce serait un appel à se faire défoncer ! Fini l’époque où on pouvait faire un « RT qui ne veut pas dire approbation ». (D’ailleurs même le fait de simplement « suivre » un compte peut nous être reproché, ou utilisé pour tirer des inférences et faire des procès d’intention.)

Bref, conclusion et bonne résolution de cette rentrée : j’arrête Twitter, du moins dans mon usage actuel. Je ne m’en servirai que pour signaler quand je sors quelque chose ailleurs (idéalement même, ce sera un bot qui fera le travail). Je me désabonnerai peut-être de tous les comptes que je suis, n’en prenez pas ombrage si vous êtes dedans ! Et si à votre tour vous voulez vous désabonner, cela me semblerait tout à fait légitime !

Mais à part ce petit changement, c’est reparti pour 10 ans !