Nous sommes en 1893, à Alger, alors sous domination française. Germain Nouvel, peintre et poète, âgé de quarante-deux ans, repense à son vieux camarade Arthur. Il décide de lui écrire une lettre : « Mon cher Rimbaud, Ayant entendu dire à Paris que tu habitais Aden depuis pas mal de temps, je t'écris (...) à tout hasard et pour plus de sûreté je me permets de recommander ma lettre au consul de France à Aden. Je serais très heureux d'avoir de tes nouvelles directement, très heureux . Quant à moi, voici : c'est simple, je suis à Alger, en qualité de professeur de dessin en congé, avec un éthique traitement, et en train de soigner (mal) mes rhumatismes. Il m'est venu une idée que je crois bonne. Je vais avoir en ma possession bientôt une certaine somme, et voudrais ouvrir une modeste boutique de peintre décorateur. Il y a peu à faire à Alger, ville tuante ; j'ai pensé à l'Égypte, que j'ai déjà habitée plusieurs mois il y a sept ans ; puis enfin à Aden, comme étant une ville plus neuve, et où il y aurait plus de ressources, à mon point de vue, s'entend. Je te serais reconnaissant de me dire ce que vaut cette idée et de bourrer ta bonne lettre d'une flopée de renseignements. (...) J'attends pour couvrir mon épistole de bavardages plus longs, que tu m'aies fait réponse. Ton vieux copain d'antan bien cordial... » La lettre n'arrivera jamais à son destinataire : Arthur Rimbaud est mort depuis deux ans. Qui est Germain Nouveau que Louis Aragon considérait « non comme un poète mineur mais comme un grand poète. » ? Non comme un épigone de Rimbaud mais comme son égal. Un provincial monté à Paris, ami des grands littérateurs de son temps, un mystique se perdant dans les vapeurs d'absinthe, un vagabond dont l'essentiel de l'œuvre sera publié de manière posthume. Partons sur les traces d'un autre maudit ...

Invité : Martin Mirabel, auteur de « Germain Nouveau, un cœur illuminé » aux éditions . Le Quai/Michel De Maule.