Il y a deux ans, Laurent et Laurence décident de changer de vie, pour la rendre plus « utile » aux autres. Ensemble, ils font le choix de créer Avencod, une entreprise d’informatique qui n’emploie (presque) que des Autistes Asperger.

 

Julie Galeski : Pourquoi un jour, on se dit qu’on a envie de lancer une entreprise qui emploie des Autistes Asperger, ça cache quelque-chose de personnel ?

Laurent Delannoy : Avec mon épouse Laurence, on s’est retrouvés dans le Sud, avec nos enfants et on a eu envie de donner un sens à notre vie en montant une société à l’impact social fort. Dans ma famille, il y a 3 personnes en situation de handicap. À force d’échanger avec eux, ils ont mis en évidence des faits qui nous ont choqués. Par exemple, on ignore souvent que le taux de chômage chez les personnes en situation de handicap est deux fois plus élevé que le taux normal. Ou bien, qu’il est quasiment impossible de se voir proposer un poste à forte valeur ajoutée…

Julie Galeski : Et pourquoi spécifiquement une entreprise d’informatique avec des Autistes Asperger?

L.D : Ça fait 30 ans que je travaille dans l’informatique. Je n’ai jamais rencontré de personnes en situation de handicap dans ce secteur. En me renseignant, j’ai appris que les Autistes Asperger avaient d’excellentes capacités en informatique. Avec ma femme, nous avons rencontré l’association « Atypiq », et en participant à leurs ateliers, on s’est rendu compte que ces personnes avaient des capacités intellectuelles intéressantes et une motivation à s’intégrer socialement et professionnellement extrêmement forte.

« Sur 650 000 Autistes sans aucune déficience intellectuelle, 80% sont sans emploi. »

J.G : Avec Avencod, qu’espérez-vous ?

L.D : Avant tout, que les mentalités vont évoluer. Souvent, les gens imaginent que les personnes en situation de handicap travaillent moins que les autres, ont moins de capacités.  C’est de l’ordre du fantasme ! J’espère aussi réussir à convaincre de grandes entreprises d’embaucher des Autistes Asperger. C’est effrayant de constater que sur 650 000 Autistes sans aucune déficience intellectuelle, 80% sont sans emploi.

J.G : Vous pensez que c’est possible ?

L.D : On est sur la bonne voie en tout cas. On a eu le plaisir de présenter notre projet à un parterre de DRH chez Amadeus. Ils nous ont dit « On vous laisse 12 mois pour nous proposer un projet informatique. Si au bout de 12 mois la qualité est là, on deviendra votre partenaire. » Au bout de 5 mois, ils ont été satisfaits de nos solutions et sont devenus nos partenaires. Aujourd’hui, on est fiers de travailler avec de grands noms comme Thalès, Dassault System…

J.G : Quand un chef d’entreprise comme vous emploie 80% de personnes autistes, c’est à lui de s’adapter, et non l’inverse ?

L.D : Notre agrément « Entreprise Adaptée » nous oblige à travailler avec 80% de collaborateurs en situation de handicap. Mais si on ne travaillait qu’avec des autistes, ils auraient toujours des problèmes de compréhension et d’intégration dans la société. Il faut que les uns et les autres puissent apprendre.

Un matin, je suis arrivé au bureau et j’ai demandé à l’un de mes employé « Ça va ?! ». Il m’a demandé si j’en avais quelque-chose à faire. Il m’a expliqué que généralement, les neurotypiques – c’est comme cela qu’ils nous appellent – n’attendent jamais la réponse à cette question. Il a poursuivi en me disant « Quand vous me demandez si ça va devant mes collègues, je réfléchis trois minutes à ma réponse. J’ai calculé, cela représente 1h par mois, soit une heure pendant laquelle je ne travaille pas. Est-ce que ça vous dérangerait de ne plus me demander si ça va ? ». Les Autistes font de l’hyper-traitement intellectuel. Ils ont toujours besoin d’avoir tous les détails, à un point maladif.

« Un matin, je suis arrivé au bureau et j’ai demandé à l’un de mes employé « Ça va ?! ». Il m’a demandé si j’en avais quelque-chose à faire. »

J.G : Au delà de votre impact social, vous restez une entreprise. Elle est rentable ?

L.D : On reste une entreprise certes, mais une entreprise sociale ! Notre objectif n’est pas d’entrer en bourse. Nous avons trouvé un équilibre financier en 2 ans, ce qui est très satisfaisant. Et on compte bien poursuivre notre développement !

J.G : Votre engagement vous a valu un Prix EY, celui de l’Engagement Sociétal d’ailleurs, pour la région Provence-Alpes Côte d’Azur…

L.D : C’est vrai. Ce sont nos actions concrètes, qui aident la société à évoluer, qui ont été récompensées à travers ce Prix. D’ailleurs, suite à ça, on a pris contact avec deux entreprises, Pellenc ST et Klanik, avec lesquelles nous allons sûrement travailler. Je pense sincèrement que de plus en plus d’entreprises vont se décider à embaucher des personnes handicapées. Ce sera une belle avancée…

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