Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, la chercheuse en science de gestion, Sandra Laporte, explique la raison pour laquelle le surpoids et l’obésité touchent surtout les sociétés les plus inégalitaires.

La pandémie actuelle a accentué les risques de santé associés au surpoids. En effet, selon l’OMS, la moitié des patients en réanimation souffrait d’obésité. « Dans les sociétés développées, le surpoids et l’obésité touchent particulièrement les plus pauvres car la nourriture calorique procure un réconfort émotionnel pour faire face au stress », explique Sandra Laporte, chercheuse en science de gestion*. « Les résultats de nos expériences mettent en évidence le fait que le sentiment d’être plus pauvre que son entourage, autrement dit l’insatisfaction financière provoquée par des inégalités sociales évidentes, suffit à déclencher un désir d’aliments très caloriques », peut-on lire dans sa tribune au Monde.

« Ce phénomène psychologique méconnu peut expliquer la prévalence particulièrement élevée de l’obésité dans les sociétés inégalitaires, en particulier celles où l’argent des plus nantis s’expose en permanence aux yeux de tous, notamment par les médias et les médias sociaux », poursuit Sandra Laporte.

La chercheuse en science de gestion a même organisé une expérience sur le sujet. Au cours de celle-ci, un échantillon de participants était mis dans une situation dans laquelle l’argent dont ils disposaient était d’un montant inférieur à leurs pairs. Dans les deux cas, des plats leurs ont été offerts et de manière récurrente, ceux qui étaient en « insatisfaction financière » ont exprimé une préférence pour les options les plus caloriques.

Mais pourquoi ?

Pour Sandra Laporte, il s’agit d’un réflexe issu de l’évolution de l’espèce humaine. « La perception d’avoir moins que les autres pousse à accumuler des réserves pour faire face aux mauvais jours », peut-on lire sur sa tribune au Monde.  Elle prend ainsi pour exemple les Etats-Unis. « Un des pays les plus inégalitaires au monde selon l’index statistique de Gini (…). Des travaux récents menés dans l’Etat de New York ont mis en évidence la prévalence particulièrement forte de l’obésité dans des zones géographiques caractérisées par des inégalités extrêmes », analyse cette dernière.

Dans le pays, « l’explosion des inégalités qui caractérise l’histoire économique américaine des cinquante dernières années, combinée à la comparaison sociale permanente qui sévit sur les réseaux sociaux, a pu contribuer à l’aggravation continue d’un phénomène très alarmant pour la santé publique », souligne également Sandra Laporte avant d’ajouter « L’impact des inégalités sociales sur la santé est considérable de manière générale. Ainsi, l’espérance de vie moyenne d’un américain est aujourd’hui inférieure de quatre ans à celle d’un individu évoluant dans une société plus égalitaire, comme la France ».

Informer les consommateurs des calories est contre-productif

La chercheuse en science de gestion souligne ainsi qu’il est contre-productif de dissuader les individus en insatisfaction financière en les informant des calories excessives. Pour cette dernière « une approche contre-intuitive, mais qui mérite d’être testée, consisterait plutôt à vanter le caractère particulièrement nourrissant d’aliments alternatifs à très haute valeur nutritive, qui pourraient remplacer avec profit la « junk food », trop riche en sucre et en gras ».

* A Wallet Full of Calories : The Effect of Financial Dissatisfaction on the Desire for Food Energy », Sandra Laporte et Barbara Briers, « Journal of Marketing Research » n° 50/6, décembre 2013.

 

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