C dans l'air du 7 mai 2024 - Bernard Pivot : la fin des livres... l'ère des écrans ?

Bernard Pivot est mort. À 89 ans, l'écrivain, animateur de télévision d'"Ouvrez les guillemets" puis d'"Apostrophes", s'est éteint hier à Neuilly-sur-Seine. L'ex-patron du magazine "Lire", auteur d'une vingtaine de livres, aura grandement contribué à la démocratisation de la littérature, lui qui obtint pourtant son bac de justesse avant de découvrir les plaisirs de la lecture lors de son embauche comme journaliste littéraire au Figaro. En janvier 1975, il lance "Apostrophes" sur Antenne 2, sorte de salon littéraire sur petit écran. Le succès est immédiat. Dans les années 1980, l'émission rassemble entre 2,5 millions et 6 millions de téléspectateurs. Les éditeurs s'arrachent l'accès à l'émission. En 1983, une enquête Ipsos établira qu’un tiers des achats de livres en France sont dus à "Apostrophes". Face à cette influence énorme, l'émission sera même un temps dans le viseur du gouvernement : "Nous avons des projets : enlever à une émission le monopole du choix des titres et des auteurs, accordé à l’arbitraire d’un seul homme qui exerce une véritable dictature sur le marché du livre", déclarera le conseiller culturel de François Mitterrand, Régis Debray.

Cinquante ans après le lancement d'"Apostrophes", les livres n'ont plus la même popularité qu'avant. Certes, avec 4,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, le secteur du livre a encore bien résisté en 2023, mais le temps de lecture s'érode considérablement. Les jeunes Français lisent en moyenne 19 minutes par jour pour leurs loisirs, soit 4 minutes en moins qu'en 2022, selon le Centre national du livre. En parallèle, le temps passé sur les écrans explose : 3h11 par jour chez les 7-19 ans, soit dix fois que le temps de lecture. Depuis que la Commission écrans a rendu son rapport au gouvernement, le Premier ministre Gabriel Attal tire la sonnette d'alarme : "L'addiction aux écrans chez les jeunes et les enfants est une catastrophe sanitaire et éducative en puissance", a déclaré à l'Assemblée nationale celui qui réfléchit à bloquer les réseaux sociaux pour les moins de 13 ans à l'aide d'un "verrou numérique". À l'étranger, plusieurs pays ont déjà pris des mesures radicales. En Chine, le gouvernement a voté une loi pour bloquer les téléphones portables pour tous les mineurs de 22h à 6h du matin.

Derrière cette peur des écrans, c'est notre rapport à la technologie qui est questionné. Selon un rapport rendu au gouvernement en mars dernier, l’intelligence artificielle (IA) devrait avoir un impact positif sur l’emploi, mais il faut se préparer à la disparition de certains métiers. Les métiers de secrétaires, de comptables et de télévendeurs, seraient les plus menacés. En France, certaines société ont déjà remplacé une partie de leurs salariés par l'intelligence artificielle. C'est le cas d'Onclusive, une société de veille média qui a présenté un plan social prévoyant la suppression de 217 postes, soit plus de la moitié de ses effectifs, pour 52 nouveaux créés. En janvier, les syndicats du groupe ont engagé un cabinet d'avocat spécialisé en intelligence artificielle pour prouver qu'une telle suppression d'emplois affecterait nécessairement la qualité de service.  

Quel héritage laissera Bernard Pivot à la littérature ? Face aux écrans, les livres sont-ils amenés à disparaître ? Comment lutter contre l'envahissement de la technologie ?

LES EXPERTS :
- Christophe BARBIER - Éditorialiste politique, conseiller de la rédaction de Franc-Tireur
- Éric FOTTORINO - Écrivain, co-fondateur des revues Zadig et Le 1 Hebdo
- Audrey GOUTARD - Grand reporter à France Télévisions, spécialiste des faits de société
- Patrice DUHAMEL - Éditorialiste et ancien directeur général de France Télévisions, auteur de Le Chat et le renard
- Fabrice LUCHINI - Acteur, en duplex