Quand Stan Lee revient d’entre les morts pour promouvoir un business douteux, les fans de Marvel Comics s’indignent. Le père de Spider-Man et des Avengers serait-il aussi immortel que ses héros ?

Le Retour de la Momie

Décédé en 2018 à l’âge de 95 ans, Stanley Lieber, alias Stan Lee, est une figure incontournable de la bande dessinée américaine. Co-créateur des Quatre Fantastiques, des X-Men, de Spider-Man, de Hulk, ou encore des Avengers, il a tout au long de sa vie été le visage de Marvel Comics pour le grand public.

Seulement, les derniers jours du gentil papy des comics n’ont pas été de tout repos, bien au contraire.Après le décès de sa femme Joan en 2017, dont il a partagé la vie durant 70 ans, Stan s’est vu mêlé a plusieurs affaires dignes d’un mauvais film. D’abord accusé d’agressions et de harcèlement sexuel par plusieurs infirmières qui s’occupaient de lui, il a ensuite été victime de l’un de ses anciens agents, Jerry Olivarez, qui lui a tout simplement volé du sang !

Armé de faux documents, ce dernier aurait réussi à convaincre une infirmière qu’il était en droit de prélever du sang de Stan Lee. Sang qui a ensuite été mêlé à de l’encre pour imprimer la signature de l’auteur sur différents comics, notamment le premier numéro de “Rise of the Black Panther”. Vendus en quantité extrêmement limitée et accompagnés d’un certificat d’authenticité, ces comic books rejoignent sans difficulté les objets les plus bizarres de l’histoire de la Pop Culture.

Dans l’entourage de The Man, on peut aussi citer le directeur commercial Keya Morgan, carrément accusé d’avoir kidnappé Stan Lee pendant 3 jours, d’avoir détourné des sommes colossales, ou encore de s’être accaparé différentes œuvres d’art en profitant de l’âge avancé de son employeur. Tout un programme…

Ces mésaventures on poussé Stan Lee à se rapprocher de sa fille JC, qui avait pourtant été accusée d’avoir agressé ses propres parents quelques années auparavant. Ayant visiblement tendance à s’en mettre plein le nez, JC exercera clairement un contrôle sur les activités de son père vieillissant, ce dernier paraissant plus ou moins guidé et manipulé lors des dernières interviews qu’il a pu donner.

Pour résumer, sur la fin de sa vie, Stan Lee a été entouré de gens qui s’intéressaient bien plus à son héritage financier que culturel. Et être passé de vie à trépas n’aura visiblement pas assuré le repos éternel de celui qui était considéré comme une légende vivante…

The Walking Dead

S’il devait y avoir un débat sur la vie numérique après la mort, le cas de Stan Lee serait sans doute cité comme exemple. En effet, le décès de celui qui s’est toujours imposé comme le père fondateur de Marvel Comics n’a pas mis fin à son activité sur les réseaux sociaux, loin de là ! Si pour ma part j’ai trouvé assez malsain le fait que les comptes Twitter ou Instagram de Lee continuent à être actifs un peu comme si de rien n’était, je n’étais pas au bout de mes surprises.

Car bien au-delà de messages à caractère commémoratif sur l’œuvre de Stan Lee, ces comptes sont peu à peu devenus de véritables vitrines commerciales, servant à vendre des projets liés, plus de loin que de près, aux créations du défunt. POW! Entertainment, société co-fondée par Stan Lee en 2001, et à l’origine de différents combats en justice pour ce dernier, possède actuellement les droits d’utilisation des réseaux sociaux de feu Stanley Lieber. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce qui en est fait est sujet à débat, notamment depuis quelques jours, lorsque le fantôme de Stan Lee s’est changé en vendeur de NFT.

Si vous ignorez ce qu’est un NFT, je vous renvoie vers ce très bon article de Numerama qui vous permettra d’y vois plus clair. Le 14 décembre 2021, on a pu voir les comptes Instagram et Twitter de Stan Lee faire la promotion d’une collection de NFT dédiée à Chakra The Invincible, super-héros créé par Stan Lee en 2013 et personnage principal d’une série animée diffusée en Inde.

La situation peut prêter à rire, mais elle soulève de nombreuses questions éthiques, bien évidemment balayées d’un revers de la main par un système économique peu porté sur l’aspect humain de la problématique.

Si le tweet met en avant le côté avant-gardiste et progressiste de Stan Lee, rien ne peut nous dire s’il aurait été favorable à une telle méthode, et de toute évidence, personne ne peut parler pour lui. Les fans, eux, crient au blasphème et à une utilisation abusive de l’image d’un artiste décédé, mais au-delà de l’évident aspect économique de la démarche, c’est aussi cette image que Stan Lee a construite tout au long de sa vie qu’il est bon de questionner.

Je suis une Légende

Sans Stan Lee, Marvel Comics ne serait pas ce que nous connaissons aujourd’hui. VRP de génie, jouissant d’une aura et d’un charisme évidents, Stanley Lieber a rapidement compris qu’en personnifiant Marvel et en créant un lien amical et presque intime avec les fans de comics, il aurait toujours une longueur d’avance sur la concurrence. Le tweet polémique n’oublie d’ailleurs pas d’insister sur son statut de prétendu précurseur, qui mériterait également d’être éclairci : si Lee a longtemps su flairer l’air du temps et s’en inspirer pour ses histoires, il est plus un auteur nourri de l‘actualité et des luttes sociales de son époque qu’un véritable progressiste en avance sur son temps. Mais ce qui est sûr c’est qu’il a toujours été très doué pour persuader les gens de son rôle indispensable.

Alors que l’une de ses dernières créations pour la Maison des Idées est She-Hulk, en 1980, et en mettant de côté le plutôt dispensable Ravage 2099, apparu en 1992, j’ai pourtant régulièrement fait face à des gens qui pensaient que jusqu’aux dernières heures de sa vie, Stan Lee avait écrit chacune des séries publiées par Marvel. D’ailleurs, il n’y a encore pas si longtemps, les comics Marvel commençaient par la formule “Stan Lee présente…”, ce qui a grandement participé à renforcer cette impression.

En fait, à partir des années 1980, le rôle de ce dernier sera principalement d’être producteur exécutif des films ou des séries d’animation adaptées de l’univers Marvel, c’est à dire d’aller chercher les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.

Côté comics, les travaux tardifs de Stan Lee sont assez anecdotiques. Si en 2001, il réinterprète les origines des super-héros de DC Comics dans la collection Just Imagine, ses créations originales se limitent bien souvent à des partenariats commerciaux avec de grandes marques ou à des héros peu inspirés dont la popularité n’atteindra jamais celle de ses travaux pour Marvel.

La vérité, c’est que Stan Lee s’est efforcé de devenir une marque et d’ancrer son image de sympathique papy à l’origine de l’univers Marvel auprès de plusieurs générations de fans, et notamment des plus jeunes, par le biais de ses caméos dans les adaptations au cinéma.

À l’annonce de sa mort, on a même pu voir des articles le créditer comme dessinateur de Spider-Man. C’est dire s’il avait réussi à implanter dans l’inconscient collectif son rôle central chez Marvel Comics, au détriment évident de ses collaborateurs. Jack Kirby, Steve Ditko, Don Heck ou encore Bill Everett, ont clairement souffert d’une forme d’invisibilisation auprès du grand public, cachés dans l’ombre d’un Stan Lee présenté comme un créateur génial et omnipotent. Pourtant, nul fan de comic book averti ne peut nier le talent de ces artistes et de tous ceux avec qui Stanley Lieber a pu collaborer chez Marvel.

Marvel Zombies

Bien sûr, il ne s’agit pas de minimiser le travail de Stan Lee ou de nier le rôle qu’il a pu jouer toutes ces années en tant qu’ambassadeur de Marvel dans les médias ou les conventions.Mais en entretenant cette illusion d’être le seul et l’unique homme aux commandes de Marvel, d’y avoir créé toute chose et d’en être le seul inspirateur, même bien longtemps après s’être éloigné de la Maison des Idées, peut-être a-t-il participé à sa propre déshumanisation.

À l’image de ses super-héros défiant la mort et revenant de l’au-delà pour continuer à propager leur message, Stan Lee est devenu un personnage utilisé à des fins mercantiles. D’une certaine façon, Stan Lee est la plus grande création de Stanley Lieber. Loin devant Spider-Man ou Hulk qui finissent imprimés sur des mugs ou des caleçons, le souriant grand-père à lunettes qui incarne le créateur de l’univers Marvel a rejoint le panthéon des icones de la Pop Culture au point de voir son image utilisée pour vendre tout et n’importe quoi.

Ce dernier rebondissement aussi obscur qu’improbable résume plutôt bien comment l’image de Stan Lee aura été utilisée durant ses derniers jours, mais aussi après sa mort. Et si chacun reste libre d’y voir ou non une bonne chose, ce qui est sûr, c’est que nul ne peut nier que la légende Stan Lee a encore de beaux jours devant elle…

Jusqu’à la prochaine fois, n’hésitez pas à me suivre sur Twitter et à partager cet article sur les réseaux sociaux s’il vous a plu !

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