Le Tea Time sur le Volcan
Comme le souligne brillamment Jérôme Denariez, nous assistons à une fascinante convergence des brutalités. D’un côté, le Tsar qui réécrit l’Histoire à la plume d’oie pour justifier ses chars ; de l’autre, le Tycoon qui transforme la doctrine Monroe en « Donroe », traitant l’hémisphère sud non plus comme un voisinage, mais comme une saisie immobilière gérée par un shérif sous stéroïdes. Shocking ? Peut-être, mais d’une efficacité redoutable.
Ce que jérôme Denariez met en lumière avec une cruauté nécessaire, c’est que le droit international est devenu, pour Washington comme pour Moscou, l’équivalent d’un napperon en dentelle sous une hache de guerre : purement décoratif. Poutine veut la terre (le continent), Trump veut les flux (la mer), mais tous deux parlent la même grammaire : celle où l’économie n’est plus la conséquence de la paix, mais le butin de la guerre.
Et nous, Européens ? Nous sommes, pour reprendre l’image du papier, « au balcon ». Nous continuons de citer le règlement de copropriété avec indignation pendant que nos voisins déménagent les meubles à la dynamite. La perspective nouvelle qui s’ouvre est celle d’une solitude glaciale : si nous persistons à croire que la politesse juridique suffit à arrêter les prédateurs, nous finirons non pas acteurs de l’Histoire, mais simples commentateurs sportifs d’un match dont nous sommes le ballon. Il est peut-être temps de poser la tasse de thé et d’apprendre, nous aussi, à parler le langage de la puissance sans bégayer.
Emissions