Une comédie musicale sur Flaubert, cela semble un pari un peu fou... Et pourtant c’est le défi relevé par Sophie Étienne, professeure d’éducation musicale et de chant choral au lycée de Gisors. Accompagnée par des artistes, elle a choisi de mettre Flaubert à l’honneur dans le cadre du bicentenaire de sa naissance. Impliquant tous ses élèves lycéens, de la seconde à la terminale, elle a monté un spectacle à destination de diverses scènes et qui est l’occasion de travailler sur le patrimoine culturel normand. Mais Sophie ne se limite pas à cette sphère géographique puisqu’elle travaille également avec la Philharmonie de Paris pour enregistrer les titres ainsi qu'un lycée du Connecticut où elle envisage de faire jouer le spectacle...
La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.
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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.
Émission préparée et réalisée par : Fanny Milhe Poutingon
Directrice de publication : Marie-Caroline Missir
Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
Mixage : Myriam Naciri
Secrétariat de rédaction : Nathalie Bidart
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© Réseau Canopé, 2022
Transcription :
Je suis Sophie Étienne, enseignante d’éducation musicale et chant choral au lycée Louise-Michel de Gisors, dans lequel j’ai des élèves de spécialité Musique et des élèves d’option Musique.
Je mène des projets avec les élèves et particulièrement, cette année, la création d’une comédie musicale intitulée « Flaubert flaire le beau », puisque nous fêtons le bicentenaire de la naissance de notre écrivain normand.
Alors, j’enseigne à Gisors dans une démarche de projet parce que je me suis aperçue qu’il y avait une grande hétérogénéité parmi les élèves du lycée, et particulièrement dans ce secteur défavorisé où il n’y a pas de structures culturelles. Je me suis dit qu’il était possible d’ouvrir à l’art et d’éveiller l’intérêt des jeunes par des projets qui soient des projets assez forts, non pas élitistes, mais des projets d’exception. J’ai choisi aussi la comédie musicale parce que c’est le genre musical que je préfère, pour la simple raison qu’il rassemble, d’après moi, tous les arts, à commencer par la musique, la danse, l’art pictural, les costumes, les décors… Et en fait, on peut absolument rallier les élèves à ce projet commun et les intéresser et les émerveiller. Je me vois comme un maître d’œuvre et pour ce faire, j’ai eu l’idée, particulièrement pour ce projet, de faire venir des artistes dans l’établissement. Et donc, une résidence d’artiste m’a permis de prendre contact avec un compositeur, Olivier Vonderscher, avec lequel j’ai travaillé en amont pour la création de répertoire. J’ai également fait appel à une chorégraphe, Lise Donard, et nous avons créé la toile qui servira d’objet d’art, de création d’art, à la présentation de la comédie musicale « Flaubert flaire le beau ». Et puis, autour de tout cela, j’ai des partenariats. Je mène des partenariats avec la costumière de l’opéra de Rouen, par exemple. Et donc, [j’essaie] de montrer qu’un projet peut être un projet d’excellence grâce aux partenaires, sachant qu’on pourrait mener des projets dans la classe sans les professionnels. Mais là, on valorise évidemment tout un territoire de professionnels normands.
[Extrait audio : séance de travail]
« OLIVIER VONDERSCHER [joue un air de musique au piano] : C’est pas le style des années 2022, hein ? C’est pas de la musique pop, c’est pas du rock, c’est pas du rap, c’est pas du funk… C’est une musique qui fait vraiment penser à l’époque de Flaubert, à l’époque d’un compositeur qui s’appelle Offenbach. Vous en avez entendu parler, certainement ?
LES ÉLÈVES : Oui. »
[Fin de l’extrait]
Quand j’étais élève de quatrième, mon professeur de français nous avait donnés « Madame Bovary » à lire. Ça m’avait « barbée » et totalement ennuyée parce qu’en fait, je n’avais aucune connaissance de toute cette vie florissante qui entourait Flaubert. Et effectivement, j’ai choisi de faire entrer nos lycéens dans cette époque-là par le biais d’une comédie musicale parce que… Comment leur faire apprécier mieux Flaubert [autrement qu’en leur faisant] éprouver, [par] eux-mêmes, les textes ? C’est-à-dire que, quand on devient acteur de la pièce, quand on parle le texte, quand on chante les mots de Flaubert, quand on les danse, là, on comprend à quoi correspond l’époque de Flaubert. Et ça, c’est très intéressant et c’est vraiment ce qui m’a motivée dans cette démarche de projet.
[Extrait audio : séance de travail]
« SOPHIE ÉTIENNE : On a compris qu’on a l’ouverture et on a la conclusion de notre comédie musicale. Et tout ça, ça crée un spectacle qui va être bien homogène, dans lequel il va se passer plein d’aventures au milieu. D’accord ? Donc, vous connaissez maintenant le cadre.
OLIVIER VONDERSCHER : Et en fait, le french cancan, c’est vraiment l’esprit musical de l’ouverture et ça se fait très, très souvent, ça, dans les comédies musicales, et notamment les comédies musicales américaines. Le compositeur s’arrange pour avoir une ouverture et une conclusion qui sont un peu dans la même veine. Quelquefois, même, il reprend des idées musicales de l’un et de l’autre et c’est comme si on ouvrait le livre et qu’on le refermait, ou comme si on ouvrait le rideau et qu’on le refermait. »
[Fin de l’extrait]
J’ai remarqué que la démarche de projet avait un impact énorme sur les élèves parce que lorsque nous nous produisons… Par exemple sur scène, ils ont énormément de respect à la fois pour leur rôle, pour la musique, pour leur danse, pour leur costume. Et quand nous allons voir des comédies musicales, je me suis aperçue qu’ils prenaient ça tellement au sérieux qu’ils s’habillaient eux-mêmes de façon assez précieuse. Et pour la petite anecdote, nous nous sommes vus reclassés à l’opéra, en termes de places, parce qu’ils avaient une attitude tellement précieuse et respectueuse que le directeur de l’opéra a décidé de les mettre en avant dans la salle. Et ça, ça a été assez particulier pour nous et un temps fort.
[Extrait audio : les élèves chantent en chœur (en « lalala ») sur la même musique d’Offenbach, dirigés et accompagnés au piano par Olivier Vonderscher]
On est finalement un lycée qui propose la musique en enseignement et en option. On est très peu de lycées en France à proposer cet enseignement-là. Or, on nous a bien expliqué, pendant le confinement notamment, que la musique, c’était très important dans la vie de chacun. Et d’ailleurs, on a vu sur les ondes et à la télévision naître des tas de petits montages virtuels de gens qui faisaient de la musique à distance. Or, il se trouve qu’à l’école, on pense que c’est plutôt facultatif. Et on s’aperçoit que la musique est quand même un vecteur facilitateur, et fédérateur surtout, dans un établissement scolaire. Elle contribue à la sérénité du climat scolaire et voilà pourquoi, moi, je fédère [autour d’]une vie au sein de l’établissement.
L’année dernière, au moment du confinement, on était dans un quotidien qui était très anxiogène, c’est-à-dire qu’il y avait beaucoup de jeunes qui avaient du mal à se rendre dans l’établissement scolaire de peur d’être contaminés ou de contaminer les autres. Or, je n’ai jamais souffert d’un manque d’effectifs ou d’une baisse d’effectifs parce que je me suis aperçue qu’ils venaient au cours de musique aux premières heures. Et ils me disaient, en plus, en face-à-face : « Vraiment, on est contents de venir parce que ça illumine notre journée et ensuite, on a la force pour suivre les autres cours. » Donc ça, c’était vraiment très précieux.
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